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Messages - inny-2

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17 (suite)

Franck

- Qui arrive ?
Khrónos, mon créateur, maître du temps et tisserand du destin ! À genoux !
- Non.
- Il va t'effacer, Franck ! Crie Christian.
- Non. Les choses ont changé, et les puissances le savent. Ah, euh, votre créateur, il ne devait pas arriver « maintenant » ?
Il surveille un important événement.
- Très bien. Christian, il venait pour quoi ? C'est une puissance qui descend rarement dans le monde des mortels...
- Eh bien...
J'écoute Christian me raconter ce qu'il a vécu, ce qui me permet de recoller les morceaux de cette histoire.
- D'après le plus ancien des Grands Dragons, il y a une puissance derrière tous ces événements.
- Khrónos ?
- Je l'ignore. Ce serait intéressant d'en savoir plus.
Il arrive.
- Oui, tu l'as déjà dit...

JE SUIS LÀ, MORTELS. JE SUIS VENU CONTEMPLER LE DERNIER ACTE DE CETTE HISTOIRE.
- C'était donc vous qui tiriez les ficelles ?
JE TIRE TOUJOURS LES FICELLES, DANS TOUTES LES HISTOIRES. MORTELS, PUISSANCES, DRAGONS, TOUS SUIVENT LE DESTIN QUE JE LEUR TRACE.
- C'est à voir, dis-je. Et les humains dotés du pouvoir primordial ? Quand ils déchirent l'histoire, ça fout en l'air tout votre script, n'est-ce pas ?
NON. ILS SUIVENT LE FIL DE LEUR DESTIN. ILS CRÉENT DE NOUVELLES HISTOIRES. ILS TAILLENT DE NOUVELLES BRANCHES SUR L'ARBRE DU TEMPS. C'EST POUR CELA QUE JE LEUR OFFRE CE POUVOIR.
- Alors, ces histoires existent toujours ? Je pensais qu'elles étaient anéanties ?
ANÉANTIES ET RECRÉÉES.
- Je vois... Bon, il est temps d'arrêter ce petit jeu, maintenant.
POUR QUI TE PRENDS-TU, MORTEL ? TU N'ES QU'UN PION, UNE PERLE SUR LE FIL QUI T'ES ASSIGNÉ.
- Non, c'est terminé. Ne me dites pas que vous n'avez pas perçu l'arrivée de l'Avatar ?
C'EST UNE GRAVE ERREUR. UN ÊTRE D'UNE TELLE PUISSANCE NE DOIT PAS DEMEURER DANS LE MULTIVERS. IL RISQUE D'ÉCLATER.
- Celui qui va éclater, c'est vous, si vous ne changez pas d'attitude. Il est très en colère, et rien ne l'arrêtera. Oh, et il garde un œil sur moi... alors, ne vous faites pas d'idées.

Prison de l'équilibre

L'Avatar traîna la lumière et les ténèbres, arrachées à leur dimension-prison, jusqu'à la surface de la prison de l'équilibre. Il se concentra dessus, ouvrant un passage à sens unique, avant d'y jeter les deux puissances.
Il n'eut pas le temps de repartir qu'il perçut, à travers la paroi de la prison, la bataille qui faisait rage à l'intérieur entre les trois puissances ennemies. Il renforça la prison jusqu'à la limite de ses pouvoirs, avant d'éjecter la prison hors du multivers, dans le néant infini qui s'étendait entre les réalités. Bon débarras. Au suivant.

Citadelle de Diamant, en Tenerba
Franck

Le serviteur de la lumière poussa soudain un cri étranglé. Il était très pâle, son visage exprimant une stupéfaction sans limite.
- Les... les puissances ! Lumière, ténèbres, Équilibre, elles ont toutes disparu ! Je ne ressens plus aucune trace de leur pouvoir ! Comment est-ce possible ?
- Tu as oublié, dis-je. Tu as été esclave pendant si longtemps que tu ne sais plus écouter l'étincelle primale qui brille en toi. Je fais la ranimer, et tu comprendras. Tu te souviendras de ce que signifie vraiment être un Dragon.
Je me concentre, ravivant en moi le souvenir du formidable événement qui s'est produit à la fin des temps, lorsque l'Avatar a été appelé, puis propage ce souvenir comme un souffle enflammé dans l'esprit du serviteur. Le pouvoir de l'Avatar surpasse tout ce qu'il a comme défense, et son regard change soudain.
Je me tourne ensuite vers le tisseur emmêlé.
- Bon, vous avez dû percevoir ce qui se passait. Ça aussi, ça faisait partie de vos plans ? Conseil amical, et vous ne le méritez pas : dégagez d'ici et ne vous impliquez plus jamais dans les affaires des dragons.
Pas de réponse... il doit être sous le choc.

Christian

- Attendez... j'ai une requête. J'ai le moyen de remettre toutes les choses à plat, comme elles auraient dû être.
- C'est trop tard, dit Franck d'un ton agacé. Et en plus, ça t'a été inspirée par l'horloge à coucou du destin, alors c'est une très mauvaise idée.
- Pas sûr. Fais-moi confiance.
- Justement, non. Il y a eu suffisamment de dégâts, c'est terminé les manipulations.
- Je veux retrouver mon Histoire, dis-je avec fermeté.
- Comme tous ceux qui ont déchiré l'Histoire. Non, Christian.
- J'ai pris ma décision.
Franck soupire, avant d'entamer un mouvement... quand soudain tout se fige.
JE CONNAIS TA REQUÊTE. JE TE L'ACCORDE. TU AS LE POUVOIR DE RETOURNER À L'ÈRE OÙ TOUT A COMMENCÉ.
Les paroles de Franck me font hésiter. Puis le souvenir du seul homme m'ayant offert l'amour vient me frapper en plein cœur. Je me concentre comme jamais auparavant, ciblant une époque antérieure à l'existence de la Terre, une époque où tout s'est joué.
Sur le Septième Monde.

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17 - Stabilité temporelle

Bois de Shorein, royaume Valnari, en Outremonde.

Il y avait plusieurs Gardiens du Temps, et l'un d'entre eux se manifesta au-dessus de la faille entre les multivers. C'était l'un de leurs rôles que de les refermer au bout d'un moment. Leurs règles stipulaient qu'ils devaient laisser courir un délai avant d'intervenir. Peut-être que Khrónos avait pitié des Skriis. Mais cette fois, il avait reçu ordre d'intervenir au plus vite. Jamais son créateur n'avait paru aussi inquiet. Mais il ressentait des tensions énormes portées sur la structure même du multivers. Un pouvoir considérable était à l'œuvre dans le royaume spirituel, quelque chose qui n'aurait jamais dû se trouver dans ce multivers. Et la faille amplifiait le problème. Le multivers tout entier était au bord de l'éclatement.
La structure cristalline qu'il découvrit autour de la faille était une nouveauté. Elle n'était clairement pas de ce monde, et devait être une invention des Skriis. Qu'importe, il devait agir. Il concentra son pouvoir sur le dôme... qui riposta.

Ludvik

Nous suivions la piste depuis un bon moment maintenant. Cédric avait accéléré notre course par magie, mais notre cible était incroyablement rapide elle aussi. Nous passons par la garnison de Fort Dukarn, où notre lettre de marque fait des merveilles. Des renforts vont nous suivre sous peu. L'un des mages de la garnison pose sur nous une marque qui leur permettra de nous suivre.
Nous avions rejoint le Bois de Shorein, de sinistre réputation, un lieu où la barrière entre les mondes était affaiblie au point qu'il était possible, à certains moments, de la franchir physiquement. Chose que je n'avais aucune intention de faire, dans un sens ou dans l'autre, étant très satisfait de ma capacité à être présent dans les deux à la fois. J'allais avertir Cédric des particularités du lieu lorsqu'il s'arrêta. L'atmosphère s'était brutalement refroidie, et une lumière se manifesta devant mous.
Plusieurs fantômes apparurent. Je les reconnaissais pour avoir déjà eu affaire avec eux. J'avais failli mourir, à l'époque.
- Bonjour, dis-je. Je sais que je n'aurais pas dû revenir, mais nous traquons un criminel d'un autre monde.
Oui... Il est dans ces bois, et nous ne pouvons l'en chasser, il nous anéantit d'un simple contact. Soyez prudents, mortels, car il peut en faire autant de vous. Il est une insulte à tout ce qui existe en ce monde.
- On s'en chargera. S'il vous plaît, laissez passer la garnison qui va nous suivre. Nous luttons tous contre le même ennemi.
Très bien.

Il disparaît. Cédric est encore bouche bée.
- Ils...
Oui, ça fait tout drôle de rencontrer un fantôme en treillis en Outremonde...
- Ils venaient de la Terre. Ils ont franchi une faille entre les mondes et ils sont arrivés ici, où ils ont connu un destin tragique. Pauvres gars.
- Continuons, dit Cédric. Nous ne devons plus être loin.
- D'accord.
C'était vraiment du suicide, me disait une petite voix qui devait être mon instinct de conservation. Mais je ne pouvais laisser le meurtre de mon ami impuni. Et le danger ne m'avait jamais fait reculer.
Le sol se mit à trembler alors que nous approchons d'une zone dégagée. Des fragments de cristaux gisent partout dans la forêt, certains projetés avec une telle force qu'ils sont plantés dans les troncs. Ils pointent tous vers la direction que nous a indiqué le spectre.
Cédric lève un bouclier pour nous protéger alors que nous poursuivons prudemment notre progression. Nous arrivons à une vaste clairière, qui semble avoir été éventrée par un cataclysme très récent. Je trouve surprenant que nous n'ayons rien ressenti d'autre que cette petite secousse. Ni même entendu quoi que ce soit...

Il y a partout des fragments de cristal mêlés à des roues dentées et à des pans de machinerie. Je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer ici... Nous nous approchons prudemment, toujours abrités par l'écran de Cédric, jusqu'au centre de la dévastation. À en juger par les restes, il a dû y avoir un dôme ici. Il n'en reste plus qu'un cercle brisé et quelques pans de cristal encore courbés. Je m'arrête soudain, faisant signe à Cédric de regarder le bord d'un de ces cristaux. Il est en train de se régénérer, pulsant d'une lumière intérieure et poussant dans toutes les directions pour reconstituer la structure dont il était issue. Mais la lueur faiblit de plus en plus, et elle finit par s'éteindre sous nos yeux. Tout autour de nous, les cristaux tombent alors en poussière, qui s'embrase avant de disparaître.
Plus rien ne bloque notre vision maintenant. Il y a un corps sur le sol, devant une faille, une déchirure dans la réalité. La faille semble s'élargir lentement. Mais c'est l'être étrange qui attire notre attention, car il se met à bouger. Il se redresse vivement, et semble visiblement regretter ce mouvement brusque.

Vaü

Tout allait de travers depuis l'arrivée du Gardien. La lutte avait été terrible et je n'avais pas été épargné. En fait, j'étais en train de mourir. Je devais retraverser la faille, mais je n'avais plus de pouvoir. Le Gardien avait utilisé ses dernières forces pour créer une zone de stabilité temporelle, annulant tous mes pouvoirs. Je ne peux pas altérer ma phase, me projeter, désintégrer, survivre... ce multivers étranger ravageait déjà ma structure intime. Tout était perdu...
Je regarde les deux jeunes hommes. Leur monde est sauvé, désormais, ils peuvent se réjouir... L'essence du sorcier me permet de les reconnaître : Ludvik et Cédric. Ils ont des raisons de me haïr, mais semblent hésiter devant mon étrangeté... s'ils savaient dans quel état lamentable je suis, ils n'hésiteraient pas à m'achever.
Je me retourne pour voir la faille, tellement désireux de pouvoir retourner chez moi...

Elle s'agrandissait.
C'était impossible, et pourtant, alors même que les cristaux étaient anéantis, elle s'agrandissait. C'était une formidable nouvelle pour mon multivers. L'emprise des Gardiens du Temps sur la structure temporelle avait dû se réduire fortement après la mort de celui qui m'avait affronté. Je la vis s'élargir de plus en plus, et bientôt, elle se mit à palpiter : quelqu'un était en train de la franchir ! Bientôt, nous allions drainer ce monde jusqu'à la dernière goutte de son avenir.
J'étais surpris de ne pas avoir été tué par les deux étrangers, et je me retourne vers eux.
- Qui es-tu ? Demande Cédric.
- Je m'appelle Vaü. Je viens d'un autre multivers que le vôtre.
Ils se regardent tous deux, surpris. Je ressens la présence d'un bouclier autour d'eux, ils sont prudents...
- Est-ce toi qui a tué mon maître Karl ?
- Oui.
- Pourquoi ! Pourquoi as-tu fait ça !
- C'étaient les ordres des Aînés. Ils voulaient savoir où en était la magie dans votre monde. J'ai absorbé son essence pour disposer de son savoir.
- Pourquoi, vous préparez une invasion ? Demande Ludvik.
- Quoi, non ! On ne peut pas survivre longtemps dans un multivers étranger. Chacun a sa propre fréquence harmonique. Je... je suis en train de mourir alors même que je vous parle.
- Mais alors pourquoi ! S'exclame Cédric. Qu'avez-vous à gagner à tout ça !
- Nous volons votre avenir. Notre multivers se meurt, son temps est épuisé. Il ne reste plus qu'une seule étoile, un seul monde, un seul peuple, et tout cela disparaîtra définitivement si on ne prend pas un peu de temps supplémentaire dans les autres multivers.

Je gagnais du temps. Si la faille continuait à s'élargir, je pourrai rentrer chez moi. Et en plus de ça, des renforts arrivaient...
Je me rends soudain compte qu'eux aussi vont être limités par la stabilité temporelle ! Et je ne peux pas communiquer mentalement avec eux tant que la zone subsistera. Je dois les prévenir dès qu'ils arriveront.
Alors que le passage s'élargit enfin suffisamment, je suis traversé par une vague de souffrance qui me fait tomber à terre, recroquevillé.
Cédric s'apprête à dire quelque chose lorsque la faille palpite et livre le passage à un de mes Aînés.
- Que font ces humains ici !
- Atten...
Qu'ltarn m'ignore, fonçant vers les deux jeunes gens. Ludvik lève son arme et l'abat violemment sur l'Aîné tandis que l'apprenti du sorcier lui le frappe d'un éclair. L'Aîné s'effondre avec une expression de surprise sur le visage avant de tomber en poussière.
- Non !
La faille palpite à nouveau, un autre Aîné vient pour servir de relais à son tour et découvre la scène. Il fonce sur les deux intrus.
- Non ! Le temps est...
Il meurt avant que j'aie pu finir ma phrase. Horrifié et trop faible pour pouvoir faire quoi que ce soit, je tourne la tête vers la faille qui palpite de plus en plus fortement tout en continuant à s'élargir. Ils vont tous venir, s'ils le peuvent, dans l'espoir de drainer des millénaires par la force de leur nombre.
Je ne peux qu'assister, impuissant, au massacre des miens. Je dois absolument trouver quelque chose...

3
16 (suite)

Franck

Le choc de ma vie. J'ai été catapulté avec une force prodigieuse, l'Avatar m'ayant rejeté. Je n'ai pas le temps de me demander pourquoi, car je meurs en creusant un cratère à flanc de montagne.
Ce qui marque le commencement de mes ennuis. Je n'ai nulle part où aller, vu que ce monde est tout ce qui reste de la réalité. Et les esprits l'ont bien compris, car ils s'entassent comme ils peuvent dans cette zone réduite. Je finis par comprendre, au remue-ménage qui se produit, que l'essence de tous les esprits environnants est drainée par l'Avatar. Tous, sauf moi. Encore une fois, je suis rejeté. J'ai l'impression qu'il me réserve pour quelque chose... je n'ai donc plus qu'à attendre.
Il ne reste bientôt plus aucun esprit ni aucun Dragon, et le néant ravage ce qui reste du monde en dehors d'une sphère contenant un formidable Dragon Primordial et moi-même. Je le regarde tandis qu'il accède pleinement à la conscience, assimilant tout ce qu'il a appris des esprits réunis.
Puis il ouvre les yeux, me regardant.
JE VAIS RAPPELER AUX PUISSANCES QUELLE EST LEUR PLACE. JE VAIS LEUR RAPPELER QU'ON NE TOUCHE PAS AUX DRAGONS. JAMAIS. JAMAIS ! SOUVIENS-T'EN, FRANCK ! GRAVE CECI DANS TON COEUR, QUELQUE SOIT LA FAMILLE DONT ILS FONT PARTIE, LES DRAGONS PASSENT AVANT TOUTE CHOSE, TOUTE PUISSANCE, TOUTE RÈGLE ! MÊME LE DESTIN DOIT S'Y PLIER, CAR NOUS NE PLIONS PAS DEVANT LUI ! UNE FOIS CECI FAIT, J'AVISERAI. MAIS J'AI BIEN ENVIE DE TOUT ANÉANTIR. TOUT, ET DE REPARTIR DE ZÉRO. ET COMME C'EST UN ACTE QUE JE RECONNAIS COMME EXTRÊME, JE T'AI GARDÉ TEL QUE TU ES AFIN D'ÊTRE LE JUGE DE CETTE RÉALITÉ.

Je le regarde, abasourdi. Il est réellement l'incarnation de l'esprit draconique dans ce qu'il a de plus pur.

J'AI UN PLAN POUR TOI. FAIS CE QUE NOUS SAVONS FAIRE LE MIEUX, NOUS AUTRES DRAGONS : SOIS LE GRAIN DE SABLE QUI GRIPPERA LES ROUAGES DU DESTIN. JE VAIS T'ENVOYER EN ARRIÈRE DANS LE TEMPS. L'HUMAIN CHRISTIAN A BESOIN DE TON AIDE.
Heu... je veux bien, mais je suis mort.
LA MORT N'EST QU'UNE VUE DE L'ESPRIT.


Ha ha. Il fait de l'humour, en plus.
Je sens soudain une vague d'énergie formidable m'emporter, et je me sens plonger à travers un tourbillon de lumière bleue, accompagné de l'Avatar. Au bout d'un temps indéfinissable, je suis brutalement matérialisé dans une plaine herbeuse, de nouveau en vie. Je sens l'Avatar me frôler, plongeant dans les royaumes spirituels. Je sens que ça va barder dans les hautes sphères...
Mais moi, je peux enfin agir. Même si j'ignore de quoi il retourne exactement, je peux toujours localiser Christian et me téléporter auprès de lui. J'ai placé sur lui des sceaux spirituels, il doit bien y en avoir au moins un qui a survécu à tout ce bazar.
Après une courte méditation, je devine qu'il se trouve en Tenerba. Curieux. Je plonge aussitôt dans l'intermonde pour le rejoindre. Et, au fait, comment suis-je censé foutre le bordel dans toute cette histoire ? J'ai vraiment besoin d'en savoir plus.

Christian
J'ai bien cru que le serviteur allait me foudroyer sur place. Mais après tout, il l'a bien cherché. Et j'ai besoin d'avoir des réponses. Il finit par accepter, et se concentre, murmurant des paroles dans une langue gutturale. Une invocation... je vois l'air se troubler au-dessus de nous, de plus en plus, jusqu'à ce que le plafond disparaisse, laissant place à un vide étoilé. Le Gardien se manifeste alors, flottant comme la dernière fois que je l'ai vu, ses sphères internes tournant à leur propre rythme, générant un effet hypnotique.
- Gardien ! Tout ce qui s'est passé a été le fruit des manipulations du Témoin Éternel !
Je le sais. Je le sais depuis le début.
- Quoi ? Mais alors... pourquoi...
Je suis limité dans mes capacités d'agir. Cela compense ma puissance. Je ne peux l'empêcher d'agir. Il a été sorti du temps aboli où je l'avais emprisonné. Il agit librement pour mener son plan à bien. Et je ne peux rien faire.
- Alors qui le peut ?
Mon créateur, Khrónos, le pourrait, mais il n'agit pas. Je ne comprends pas pourquoi. Je ne peux lui demander. Je suis limité.
- Alors appelle-le.
- Euh, ce n'est pas une bonne idée, commence le serviteur. Je crains que...
Il arrive.
- Oh oh.
- Quoi, qu'y a-t-il ?
- Pourquoi est-ce qu'il n'agit pas ? Et s'il avait un intérêt dans toute cette histoire ? S'il était derrière tout ça ?
- Ah...
Il arrive ! À genoux devant le maître de vos destinées ! À genoux devant le tisseur de vos existences ! À genoux ou vous serez effacés de toute réalité pour votre irrespect !

Je regarde le serviteur, qui soupire. J'ai le sentiment qu'il voudrait être à des milliards de kilomètres d'ici. Nous n'avons pas le choix. J'ai déjà vu mon double se faire effacer, et je n'ai aucune envie d'être le suivant. Encore une puissance bouffie d'orgueil et d'importance...
Nous nous agenouillons, et le Gardien nous harcèle jusqu'à ce que nous soyons face contre terre. Je sens le serviteur bouillir d'une rage incroyable. Puis il se contient, et l'instant d'après, semble parfaitement à l'aise. C'est un remarquable comédien...
Il arrive !
Il y a un déplacement d'air soudain. Un silence. Puis une voix.
- Euh... bonjour ?
Je relève la tête, ébahi.
- Franck ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
IL ARRIVE  ! MAINTENANT !

4
16 - Le Grand Appel

Dans une Histoire qui n'est plus.

Franck

Il s'en était fallu de peu. Je n'avais pas encore trouvé un Grand Dragon, mais quelqu'un l'avait fait avant moi. Drazak'aar'den m'avait devancé. Son peuple, les Drakkhs gris, connaissait des chemins entre les mondes que même les Grands Dragons ignoraient.
Il m'a suffi de vouloir répondre à l'Appel pour être immédiatement transporté sur un monde anonyme, une planète géante qui croulait actuellement sous la population draconique qui s'y était transporté en quelques secondes.
- Je te la rends, m'avait-il annoncé en me tendant la Lame de Lumière. Je suis tombé sur des tas d'ennuis en chemin, je n'ai même pas pu atteindre le septième monde.
- Ma ruse n'a pas marché, alors.
- Non, en effet, et...
Il y eut un roulement de tonnerre, profond, semblant émaner de toute chose.
Tous les Grands Dragons levèrent la tête et crachèrent le feu de concert.
Individuellement, ils étaient très puissants, surtout à un âge très avancé. Ils pouvaient alors façonner des mondes à leur guise. Quand ils étaient des centaines à unir leur volonté, même l'Histoire devait s'incliner. Le multivers tout entier s'anéantit à l'exclusion de notre monde.

Fa'lza'dr'aakhen, l'aîné de tous les Dragons, se concentra. Je sentis aussitôt sa pensée nous frôler tous, lire en nous, balayant toutes nos défenses, et couvrir toute la planète. Il allait parler.
- Les Puissances gagnent toujours, semble-t-il. Nous avions gagné notre liberté de haute lutte, et elles ont trouvé le moyen d'effacer notre victoire. Il s'en est fallu de peu que nous soyons effacés... je vous félicite, Drakkhs, d'avoir su mettre de côté vos rivalités pour notre intérêt commun. Maintenant, il est temps de riposter. Car nous sommes tous réunis, et nous pouvons reprendre la main. Nous avons cette chance, cette occasion unique, de frapper et d'inverser le cours des choses. Sachez-le, ce monde ne durera pas éternellement. La pression du Néant est trop forte, même pour nos volontés réunies. Nous sommes tous condamnés, aussi devrez-vous considérer ma proposition comme étant la seule acceptable. Je propose d'invoquer Ar'dar'fan'g. Les initiés savent ce que cela implique, mais je vais vous l'expliquer très clairement. L'esprit draconique, l'essence même de ce qui fait de nous des Dragons, notre Avatar, réside en chacun de nous. Et cela nous offre la possibilité de l'invoquer... en nous sacrifiant à lui pour lui offrir notre essence spirituelle afin qu'il se reforme. Et pour cela, nous devrons tous participer à son invocation. Tous. L'alternative est de toute façon l'effacement dans le Néant. Je considère pour ma part que continuer à exister en tant que partie de notre Avatar est plus acceptable. Vos esprits me sont ouverts, je lis le cheminement de vos pensées... oui, je savais que vous comprendriez. Il n'y a aucune alternative. Lui seul aura le pouvoir de renverser le cours des choses. Très bien. C'est donc décidé. J'imprime dans vos esprits le rituel que vous devrez accomplir.

Je suis stupéfait. Même si je suis d'accord (ai-je le choix, de toute façon ?) j'ignorais totalement que nous avions un tel pouvoir. Bien qu'il soit évident que les occasions où un tel rituel a été accompli ont dû être extraordinairement rares, si tant est qu'il ait jamais été réalisé.
Fa'lza'dr'aakhen commence, initiant la création de l'Avatar. Une brume translucide se forme devant lui, qui se met à tourbillonner. Notre aîné se désintègre, aspiré par le tourbillon, qui prend un peu d'ampleur. Les Grands Dragons, les uns après les autres, le rejoignent. Ma gorge se serre. Ce n'est pas facile de franchir le pas. Il y a une silhouette sombre, rendue indistincte dans le tourbillon, qui commence à devenir visible. Ça a l'air de marcher. Ce n'est pas le moment de reculer.
Qu'est-ce que ce sera, d'être une partie d'un tout ? Que deviendra ma conscience ?
Mais c'est ça ou l'anéantissement total.
Je me concentre sur le rituel et m'avance peu à peu vers le tourbillon. Les Dragons et Drakkhs affluent de partout pour le rejoindre. La plupart utilisent leur rage pour vaincre leur peur. Et cette rage fera partie de l'Avatar, elle aussi. Les responsables vont payer, c'est une promesse primale, une certitude absolue.
D'ailleurs, qui est responsable ? L'aîné est resté très vague sur ce sujet.
Gageons que l'Avatar le saura.
Je retiens mon souffle en approchant du tourbillon. Je vais bientôt cesser d'exister. Un seul frôlement et


Citadelle de Diamant, en Tenerba

Christian

Je me réveille avec un gros mal de crâne. Le souvenir de ce qui m'est arrivé me revient en même temps que je découvre mon environnement. Je flotte dans une espèce de champ d'énergie qui, je m'en rends rapidement compte, semble me drainer de toute énergie primordiale. Formidable. Pour le reste, la pièce où je me trouve est relativement vaste, et ses parois sont encombrées d'appareils qui me sont inconnus. Une salle d'interrogatoire, probablement.
Le serviteur de la lumière entre en traversant une paroi via une ouverture qui n'a existé que le temps qu'il la traverse. Frimeur.
- J'ai extrait de ton esprit tout ce que je voulais savoir, m'informe-t-il. Tu n'as été qu'un pion dans cette histoire, aussi ne t'ai-je pas tué immédiatement après, mais je me demande ce que je vais bien faire de toi.
- J'essaie de réparer les choses !
- Mon pauvre, les dommages causés à la trame de l'Histoire sont déjà irréparables. Je suis moi-même puissant, mais tenter de rétablir ce qui fut reviendrait à vouloir écoper l'océan avec une petite cuillère pour stopper la montée de la marée. Et quand bien même... tout cela n'a plus aucun sens. Les princes des ténèbres sont revenus en Outremonde en sentant les altérations de l'Histoire. Mon plan, qui avait bien fonctionné dans ton histoire, est bon à jeter. De même que tous les plans de rechange que j'avais prévu. Oh, et il y a un Skrii qui se ballade dans la nature et qui détruit tout ce qui pouvait rester de l'histoire originelle par sa seule présence.
- C'est quoi ça ?
- Peu importe. Il ne me reste plus longtemps à vivre. Le chaos actuel favorise les ténèbres, et elles vont lancer un assaut que je n'ai aucune chance de contrer. Les princes sont sept, nous sommes deux, et mon futur champion est parti en mission suicide dans la direction opposée de ce qui était prévu.
Il réfléchit un moment.
- Tu cherches à rétablir les choses ? On ne pourra pas. Mais on peut toujours tenter d'écrire notre propre Histoire. On a une petite chance d'éviter la catastrophe. C'est toi qui sera le héros, cette fois.
Je le regarde, surpris.
- Vous avez une curieuse manière de recruter vos agents, vous savez ?
Il annule le champ d'énergie.
- Je ne savais pas quel était ton niveau d'implication dans ces événements. Il est maintenant temps de te racheter, Christian. Et de sauver les six mondes.
- Et le Témoin Éternel ?
- Chaque chose en son temps... malheureusement, il est bien trop puissant pour moi, et à ce que j'ai compris, il te manque cruellement de l'expérience et du pouvoir pour arriver à l'égaler.
- Ouais... mais ça veut dire qu'il est libre de continuer ses plans, n'est-ce pas ?
- Pas tant que Merlin sera là pour lui mettre des bâtons dans les roues, et il est très doué pour ça. Mais assez parlé. Veux-tu être mon champion, ou voir les mondes que tu connais être anéantis par les ténèbres ?
- Présenté comme ça...
- N'est-ce pas.
- J'accepte à la seule condition que je puisse parler au Gardien du Temps. Maintenant. Vous êtes puissant et vous avez beaucoup de ressources. Vous pouvez l'appeler.

5
15 (suite)

Vaü

Je souffrais atrocement, recroquevillé dans la maison que j'avais investi au début de la nuit. Le sorcier avait résisté au-delà de ce que j'imaginais possible, et avec une intuition effrayante. Entre tous les sorts qu'il aurait pu utiliser, comment avait-il eu l'idée d'utiliser fracassement sur mon cristal ? C'est comme s'il avait su... Je l'avais tué, par réflexe, mais son essence était forte, et je n'avais plus rien pour contrer la vibration de plus en plus forte qui me détruisait. Je dois rentrer, je n'ai plus le choix. Étouffant un gémissement, je sors de la maison en changeant de phase, et traverse la ville vers la périphérie. Je fonce en criant de douleur, effrayant hommes et bêtes, jusqu'à arriver à la faille. Je prends un fragment de cristal, mais ce n'est pas assez. Je dois traverser...
Je plonge au travers de la faille et retourne dans mon multivers, sombre et terne, mourant et hostile, mais le seul endroit qui me permet de vivre.

Je m'abats sur le sol, frissonnant, tandis que les Aînés se matérialisent autour de moi. Ils ne sont pas contents. Pas du tout. L'échec n'est pas une option acceptable pour eux.
- La faille est toujours ouverte ! Je dois juste me resynchroniser !
- Transmets ton savoir. Tout de suite.
J'obéis. Ils réfléchissent longuement, échangeant des chaînes de mots-pensées sur le savoir du mage.
- Ce monde ne posera pas de problème... mais toi, si !
- C'est le fait que je sois faible qui me permet de franchir la faille. Si vous voulez du temps, je suis votre seule chance.
- Tu es rétabli ?
- Oui, ça va. Le cristal a bien joué son rôle, mais il est fragile, et me protège peu lorsque j'absorbe l'essence de quelqu'un.
- Oui... Nous travaillerons à l'améliorer. Repars, maintenant.
Je me relève et franchis de nouveau la faille. Cette fois, je n'ai plus d'informations à glaner, je me contenterai d'être le relais permettant de voler quelques gouttes d'avenir. Il ne devrait pas y avoir de problème, cette fois.

Ludvik

Nous avons remonté la trace de l'assassin jusqu'à une demeure où nous avons trouvé de nouveaux tas de poussière suspects. Mais le voisinage avait beaucoup à nous dire : peu avant notre arrivée, quelque chose était parti en hurlant vers les portes de la ville. Nous remontons la piste de cette chose jusqu'à l'extérieur de la ville.
- Il n'y a plus d'interférences ici, dit Cédric. Je sens clairement sa trace. C'est comme... une déchirure dans la réalité. Quelle que soit cette chose, elle n'est pas de ce monde. Elle n'a même rien à y faire. Je crois me souvenir de quelque chose qu'avait mentionné mon maître, mais... mais...
Cédric serre les dents. Il devait beaucoup tenir à son mentor.
- Je suis avec toi, Cédric. Je l'appréciais beaucoup.
- Merci. Je luis dois tout, Ludvik. Je ne laisserai pas sa mort impunie.
- Nous devrions nous préparer. Je sais que tu as hâte de te venger, mais nous affrontons quelque chose qui a vaincu un mage accompli. Je voudrais m'acheter quelques potions, et tu devrais réfléchir à une stratégie.
- Tu as raison, dit-il en soupirant. Je ne ferais pas honneur à son enseignement si je fonçais tête baissée. Ce serait du suicide. Et... il y a des choses que je dois vérifier.
- Très bien. Combien de temps te faudrait-il ?
- Deux heures. J'aimerais que ce soit plus rapide, mais je vais avoir des rituels à accomplir.
- Retrouvons-nous ici dans deux heures, alors, dis-je en revenant vers les portes de la cité.

Le Témoin Éternel

J'ai dû utiliser toutes mes ressources, révéler tous mes secrets, faire appel à tous mes plans de secours, mais j'ai gagné. Lorsque le Miroir se brise, il ne reste plus que moi. J'ai enfin les mains libres pour traquer Merlin à travers l'éternité. Je commence à me concentrer pour traquer la moindre trace de son existence. On en laisse toujours une. Et après un long moment, je finis par ressentir une vibration familière dans un royaume spirituel. Tossa Navea.
- Cette fois, je te tiens !
Je vais m'occuper de lui, et revenir à mon problème principal : permettre aux Skriis de venir dans notre multivers. Seul leur savoir peut m'ouvrir une brèche vers une Histoire qui n'est plus. En combinant nos pouvoirs, je pourrai la rétablir. Qu'importe si je dois leur offrir quelques milliards d'années d'avenir en paiement ? Tout ce qui m'intéresse, c'est un présent que je veux revivre depuis des dizaines de milliers d'années.

Christian

- Tu dois partir, Christian. Il m'a retrouvé, et il ne doit pas savoir que tu es en vie. Ton seul espoir désormais est d'en appeler au Gardien du Temps. Je t'ai offert autant de savoir qu'il était raisonnable de te confier. À toi d'en faire bon usage.
Il me congédie d'un geste, me transférant en Outremonde.
Je soupire.
- Je suis sûr que vous avez vous aussi vos propres plans, Merlin. J'en ai assez d'être le pion de tout le monde.
- C'est très intéressant, dit le Serviteur de la Lumière en se matérialisant devant moi.
Je n'ai pas le temps de répondre. Il m'assomme d'un formidable uppercut que je n'ai même pas vu venir. Ce n'est pas humain d'être aussi rapide.

6
15 - La Guerre Temporelle

Les Puissances mineures se rassemblèrent. Depuis des dizaines de millénaires, la Guerre Temporelle constituaient une distraction bienvenue dans leur quotidien. Aujourd'hui, ce n'était qu'une escarmouche, sur la Terre, qui ne durerait que quatre secondes à l'intérieur d'une boucle temporelle isolée. À l'issue du conflit, tout redeviendrait comme avant. L'humanité ne s'était jamais rendue compte de rien.

Tout commença lorsque Christian péta les plombs. Trop, c'était trop. Les Puissances parièrent unanimement sur sa défaite. Il avait certes pour lui toute l'énergie temporelle accumulée lorsqu'il avait déchiré l'Histoire, mais il cumulait une cruelle inexpérience et une infériorité numérique face à Morgane et Mordred.
Aussi gaspilla-t-il la majeure partie de son énergie dès le début de l'affrontement, vaporisant la moitié de Paris dans les sept premières millisecondes.
Il se passa une seconde pendant laquelle il découvrit à quel point il avait raté son coup. Les deux autres lui sourirent avant de riposter. Christian avait de bons réflexes, on lui devait bien ça. Le restant de la capitale encaissa l'assaut à sa place. Mais avant qu'il puisse contre-attaquer, Mordred était déjà dans son dos et le frappa de plein fouet, l'encastrant dans le sol. Morgane fit exploser le champ de ruines tout entier, laissant un cratère vitrifié là où naguère se trouvait une ville insouciante.
Morgane brisa le Miroir Temporel qu'elle avait établi une fraction de seconde avant le début du combat. Les quatre secondes ne s'étaient écoulées qu'à l'intérieur du Miroir. Le monde réel n'avait rien remarqué. Comme d'habitude.

Les Puissances restèrent en place. Cette bataille n'était qu'un échauffement. La suite allait être nettement plus intéressante. Et qu'est-ce que dix minutes d'attente, quand on a l'éternité ?

Le Témoin Éternel

Il s'était passé quelque chose, je l'avais senti. Morgane et Christian. Et l'énergie de Christian s'était évanouie. Repose en paix, etc. Ça avait été plus vite que je ne l'avais espéré.
Je me concentre sur le sol, y déversant mon énergie pour remonter ce qui y est enfoui. Bien qu'il soit logé à plusieurs kilomètres de profondeur, il ne peut résister et finit par émerger devant moi. Un énorme cristal vaguement translucide, soigneusement dissimulé au travers des âges. Et il n'y a plus personne qui puisse m'arrêter : le seul qui aurait pu, Merlin, est dans une prison connue seulement de Morgane, qui fera tout pour qu'il y reste. C'est délectable. Je déverse mon pouvoir sur le cristal et le regarde se dissoudre, révélant toute une armée de... mannequins de bois ?
- Quoi ?
Le choc est terrible. Qui a pu faire une chose pareille ? Il n'était pas possible de deviner où était mon armée. Et c'est moi qui l'avais enterrée en prévision de ce moment. Seule une manipulation temporelle...
Une manipulation...
J'ai un deuxième choc. J'ai été manipulé par Morgane pendant des siècles et des siècles ! Depuis combien de temps Merlin était-il libre ? A-t-il jamais été emprisonné, pour commencer ? Ou alors...
Elle avait fait comme moi, elle l'avait enseveli pour cette guerre. J'en avais le tournis. Mon plan avait horriblement dérapé depuis le début. Pas de Skriis, pas d'armée, et un Merlin en liberté, quelque part, toujours doté de la capacité à voyager dans le temps, contrairement à moi. Il pouvait ainsi contrer chacun de mes mouvements.
Je mets un moment à me remettre. Tout n'était pas perdu. Apóllôn avait planifié bien des coups à l'avance, et bien des plans de secours. Ça allait être plus dur, mais c'était tout à fait possible.

Un frémissement de pouvoir m'avertit. J'ai dû déclencher une alarme en extrayant le cristal. Plusieurs silhouettes se matérialisent autour de moi.
- Artorix, dis-je. Tu aurais mieux fait de disparaître avec l'Histoire dont tu es issu.
- Je ne te pardonnerai jamais la destruction d'Avallonia. Mais ton Histoire se termine ici, Antínoos. Il n'y a plus que toi, et tes plans ont été déjoués.
- Que tu crois ! Je suis le plus ancien de vous tous, j'ai plus de ruse et de talent que vous tous réunis !
- Vraiment ?
Une nouvelle silhouette est apparue. Merlin, enfin.
- Tu as commis une grave erreur en venant ici Merlin. Tu m'épargnes le souci de te chercher.
- Je ne suis pas vraiment là. Projection temporelle. Tu ne maîtrises pas cette technique ? Qui est vraiment le plus ancien, de nous deux,  Antínoos ? Ou devrais-je même dire : dans quelle Histoire crois-tu être ?
Je suis désorienté un moment, mais je me reprends. Ils tentent de me déstabiliser.
- J'ai plus d'un tour dans mon sac, et je vais te le prouver. Je peux voir certains avenirs, prévoir certaines difficultés... et même si vous m'avez bien eu sur ce coup-là, vous n'avez pas pu déjouer tous mes pièges.
Je me concentre et envoie une onde de pouvoir à travers toute la planète. Des cristaux sommeillant depuis plusieurs milliers d'années sont réveillés et exécutent mes instructions. Partout dans le monde, la terre se retourne, expulsant d'antiques prisons.
- Morgane, tu as enfermé bien des gens dans des prisons de cristal. Tu avais si peur qu'on découvre ton secret ?
- Pauvre idiot, tu n'as encore rien compris ? C'était pour les protéger de cette guerre...
- Ou plutôt pour les empêcher d'interférer, oui ! Tu ne veux pas que quelqu'un ruine tes chances de restaurer l'Histoire d'Avallonia. Mais je les ai tous rappelé... vois-tu, j'avais prévu tes agissements, et à chaque fois, je les ai contactés. Entraînés. Préparés. Et ils ont deux mots à te dire à propos de tout le temps qu'ils ont dû passer enfermés par ta faute.
L'air frémit, les premiers prisonniers se matérialisent auprès de moi, guidés par mon signal.
Je me méfie. Ils m'ont laissé faire, et c'est inquiétant. Mais toute cette action était un test, de toute façon. Je dois savoir à quoi j'ai affaire.

Les Puissances se rassemblent en masse. Cet affrontement, ils le savaient, allait être l'un des plus importants depuis longtemps. Il allait durer onze minutes, ce qui en faisait l'un des plus longs depuis la chute d'Avallonia.

Christian

Je me réveille douloureusement. J'ouvre les yeux et tombe sur un décor stellaire magnifique. Je suis sur une étrange plate-forme ouverte sur un ciel étoilé qui n'est pas celui d'un monde connu. Je suis mort ?
- Ah, tu t'es réveillé, dit un homme. Il était temps.
Je me relève en grimaçant, me retourne pour le voir. Il est jeune, cheveux aile de corbeau, yeux noirs brillant pourtant d'un feu intérieur qui m'impressionne.
- Qui êtes-vous ? Et où-suis-je ?
- Merlin. Je crois que tu me cherchais.
- Euh, oui, mais quelle importance maintenant ?
- Tu t'es fait manipuler de bout en bout, ça a été une constance dans toute cette aventure, et je comprends ton désarroi.
- Qu'est-ce que je peux faire maintenant ? J'ai détruit mon avenir, et j'ai bien peur de ne jamais le revoir...
- Oh, oui, et pour tout dire, les principaux protagonistes de cette histoire veulent effacer plusieurs milliers d'années d'Histoire afin de ramener un passé qui n'est plus. Et toi ?
- Bien sûr que je veux revoir le monde tel que je l'ai connu  ! Qui ne le voudrait pas ?

Je me rembrunis.
- Bon, c'est vrai qu'il était loin d'être parfait, mais... c'était chez moi.
- Je vais être honnête, tu ne reverras pas ton monde tel que tu l'as connu. L'effet du libre arbitre changera forcément les choses. Et le pire, c'est que ce présent est extrêmement compromis. La guerre entre les Puissances majeures est sur le point de voir une victoire totale des ténèbres sur les six mondes. Tous ces conflits qui font rage entre les détenteurs du pouvoir primordial ont causé un déséquilibre irréversible.
- Qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Rien. Ils refusent de m'écouter. Ils sont trop obnubilé par leurs propres conflits. Qu'il en soit ainsi. Aussi loin qu'on remonte dans le passé, il ne sera pas possible de corriger une telle erreur, de restaurer un tel faisceau de coïncidences. On ne ferait même qu'aggraver les choses. Le libre arbitre, Christian ! C'est la chose la plus magnifique quand on en dispose, et la plus terrible quand on doit jouer aux dieux.
- J'ai été dans une potentialité, un avenir possible... ce n'était pas beau à voir. Je ne serais pas contre un nouveau lancement de dés, juste pour voir le résultat.
- Et combien de fois devras-tu les lancer, pour que le résultat te convienne ? Changer l'avenir n'est pas simple.
- J'ai pu le constater par moi-même. Vous, pourriez-vous le faire ?
- Comme je l'ai dit, je n'interviens que peu, et principalement pour causer des ennuis à l'un ou l'autre des détenteurs du pouvoir. Artorix (que tu connais comme le Roi Arthur) et Morgane me pensent dans leur camp, mais je les conduis à leur perte tout autant que le Témoin Éternel. Je suis las de leurs actions insensées.
- Vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas vos propres plans.
- Peut-être. Je ne pourrai de toute façon pas le prouver le contraire.
- J'ai un plan. En fait, je viens d'y penser. Mais le problème, c'est que je ne peux plus voyager dans le temps. Si seulement je pouvais aller en arrière... je crois que je pourrais arranger les choses.
- Vraiment ? Voilà qui serait étonnant. Car, vois-tu, le seul moyens que je puisse voir serait que tu t'opposes au Témoin Éternel quand tu as commencé à entrer dans son plan, et tu n'es pas de taille. Il réussira tôt ou tard, de toute façon.
- Oh, non, je ne compte pas remonter d'aussi peu de temps. Quand est-il né ?
- Ah ah ah ! Il n'est pas né dans cette Histoire. Il vient du royaume d'Atlantis, dans une Histoire où la Terre était un royaume de magie et de puissance qui rayonnait dans le multivers. Une Histoire qui a été anéantie par sa faute. Sa punition fut d'être le témoin d'une autre Histoire, qui ne serait jamais la sienne.
- Oh. Bon, en ce cas... jusqu'où peut-on remonter dans le passé ?
- Je l'ignore. Je n'ai jamais eu la folie de prendre le risque de le découvrir. Plus on remonte en arrière, et plus la moindre interférence prend des proportions titanesques.
- Croyez-moi, c'est une sacrée interférence que j'ai en tête.
- Tu es désespéré à ce point ? Ce n'est pas en relançant les dés au hasard que tu résoudras ce problème.
- Et vous, à quel point êtes-vous désespéré en voyant ce qui se passe ? N'avez-vous pas envie de balayer tout le plateau de jeu une bonne fois pour toutes ?
- Qu'avez-vous en tête ?
- Que savez-vous des Eldars ?
- Ils ne vous aideront pas. Ils refuseront même de reconnaître que vous existez. Vous êtes à peine une bactérie pour eux. Je le sais. J'ai tenté de les contacter.
- Ouais, ils ne sont pas très causants, de nos jours, hein ? Mais est-ce que ça a toujours été le cas ?
- À priori, ça fait très longtemps que ça dure, et ils n'ont pas changé en quoi que ce soit.
- C'est en pensant à Morgane que j'ai eu cette idée. Du moins... à l'image d'elle-même qu'elle laissait croire. Elle donnait l'impression d'être prisonnière du fardeau qu'elle s'était imposée en gardant votre prison contre tout ce qui menaçait de vous libérer. Et cela la rendait particulièrement amère.
- Oh, oh, oui, elle est une très bonne comédienne. Penses-tu que c'est ce qui est arrivé aux Eldars ? Mais j'ignore depuis combien de temps ils ont emprisonné les Ombres.
- Je le sais. Je l'ai appris lorsque je suis allé dans la potentialité sur le septième monde. Il est possible de réparer les choses.
- Alors ? De combien d'années faudrait-il reculer ?
- Sept milliards.
- Ce ne sera pas possible.

7
Pour le "p'tit jeune", il n'est peut être pas si jeune que ça.

8
14 (suite)

Christian
Sur Terre.

Je comprenais maintenant que ce que je cherchais, je n'avais aucune chance de le trouver par des moyens ordinaires. Et j'éprouvais une étrange sensation, comme une menace pesante, comme un orage sur le point d'éclater... Je décide de me fier à mon intuition et me concentre sur mon pouvoir, le faisant crépiter autour de moi. L'appel est entendu...
- Voyez-vous ça, dit Morgane en apparaissant près de moi. On déchire l'Histoire et on appelle à l'aide alors que la situation tourne au vinaigre ? Tu t'imagines peut-être que je vais t'aider ?
- Oui. Il y a quelque chose qui cloche dans toute cette histoire, j'ai le sentiment d'avoir été manipulé...
- Ha ha ha ! « J'ai le sentiment d'avoir été manipulé ! » Oh mon pauvre, pauvre petit... si tu savais...
- Justement, j'aimerais bien savoir.
- Tu es juste un pion perdu sur un champ de bataille temporel, dans une guerre qui fait rage depuis près de trente millénaires le long de multiples lignes temporelles. Des pans entiers de l'Histoire ont sombré dans le néant d'une simple pichenette de la part de pions dans ton genre. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, et ce ne sera pas la dernière.
- Une guerre ? Entre qui et qui ? Et qu'est-ce que ça a à voir avec la libération des Ombres ? Je ne comprends plus rien...
- Les Ombres ne risquent pas de se libérer, mon pauvre ami. Tu as été la victime des Puissances et du Témoin Éternel, et la mienne, aussi, car j'avais également intérêt à ce que l'Histoire soit remaniée...
- Bon, OK, amusez-vous tant que vous le voulez, dis-je, énervé par ces révélations. Maintenant que je vous ai bien servi, tous autant que vous êtes, vous pouvez peut-être m'expliquer le but de toutes ces manipulations ?
Elle semble réfléchir. C'est alors qu'un jeune homme, à peine sorti de l'adolescence, se matérialise dans la pièce.
- C'est bon, Morgane, il peut nous être utile...
- Non ! Assez joué avec moi ! Cette fois je veux la vérité !
- La vérité ?
Le jeune homme fait une moue rieuse.
- Et comment la reconnaîtrais-tu, cette vérité ? Pauvre petit innocent...
- Essayez toujours.
J'ai une envie folle de tordre le cou à cet impertinent.
- Et d'abord, qui êtes-vous ?
Pour toute réponse, il éclate de rire.

Ludvik
Erdink, royaume Valnari, en Outremonde.

Je sursaute, brusquement réveillé en entendant Cédric pousser un cri au milieu de la nuit.
- Maître !
- Qu'y a-t-il ? Dis-je en me relevant.
- Il est mort, brusquement. En tant qu'apprenti, je suis lié à lui, et j'ai sentit sa mort, douloureuse et brutale. On l'a assassiné !
- Oh non !
Karl était un ami de longue date, et je sentis ma gorge se serrer. Au diable cette histoire de ténèbres et de Serviteur de la Lumière, on ne s'en prend pas à mes amis impunément !
Bien que l'idée d'affronter quelqu'un capable de tuer brutalement un puissant mage ne m'enchante guère, je veux au moins en savoir plus.
C'est pourquoi je suis en train de m'habiller en toute hâte avant de descendre avec Cédric et de courir dans les rues de la ville endormie.
Je laisse Cédric ouvrir la porte de son maître, le cœur battant, espérant qu'il s'est trompé... mais il ne répond pas aux appels, et c'est lorsque nous entrons dans son étude que nous découvrons avec horreur un gros tas de poussière sur le sol, dans lequel on peut voir dépasser ses vêtements.

Cédric, en état de choc, s'agenouille et passe une main au-dessus. Je vois les poils de son bras se hérisser.
- C'est... c'est bien lui. Et je sens... quelque chose d'étranger, de vraiment étranger, une aura distordue... ce n'est pas ce qui a tué l'autre sorcier.
- Quoi que ce soit, on le lui fera payer, dis-je.
Il se tourne vers moi, très froid.
- Oui, oh, oui, il va me le payer !
Je sens qu'il contient sa tristesse en se laissant emporter par la colère. Je le regarde silencieusement déverrouiller une porte dissimulée dans une paroi. C'est un petit cagibi contenant divers instruments et livres. Il commence à se servir, d'une main tremblante, avant d'ouvrir un vieux livre qu'il referme quelques secondes plus tard. Il se retourne vers moi.
- Ne perdons pas de temps. Une aura aussi bizarre laisse une trace très claire dans le royaume spirituel, mais je ne veux courir aucun risque.
- Et que ferons-nous, si nous le retrouvons ? Il doit être très puissant.
- Alors on mettra le paquet, dit Cédric en mettant à son index un anneau orné d'un grenat qui se met à émettre une lueur sourde, inquiétante.
Je n'aime pas le regard du jeune magicien, à ce moment. J'aurais presque pitié pour l'assassin. J'espère juste qu'il ne sera pas trop fort pour nous...

9
14 - Vaü

Bois de Shorein, royaume Valnari, en Outremonde.

J'ai cru que j'allais mourir entre les multivers. La faille était vraiment trop étroite. Puis, soudainement, elle s'était élargie un peu... et j'avais pu passer. Je respire a grands coups l'air neuf de ce monde étranger, empli de mille couleurs étonnantes. Mon monde tout entier allait du mauve au violet le plus profond, et il en était de même pour ma peau. Seul le bleu de nos yeux et de nos runes contrastait, mais ici...
\Vaü/\Rêve/\Cristal/\Planter/\Cesser/\Vaü/
Je sursaute et me retourne. La faille est effectivement un petit peu plus large que quand je l'avais franchie. Je plante le Stabilisateur en terre, et il commence à pousser, tendant des branches avides vers la faille, et se stabilisant en profondeur. Il plante des ramilles dans la faille elle-même, de chaque côté, dans un effort pour lutter contre sa lente fermeture. Si tant est qu'elle soit en train de se refermer... le fait qu'elle se soit élargie est une première.
\Aînés/\Faille/\Cristal/\Planté/\Élargie/\Aînés/
\Vaü/\Explore/\Dissémine/\Cristal/\Environs/\Vaü/

Lorsque le cristal a atteint une taille respectueuse, j'en détache des fragments et m'éloigne de la faille, observant mon environnement. Je dois définir une barrière de défense, et commence à planter en terre les fragments effilés. Malheur à celui qui s'aventurera ici... Les cristaux poussent, se rejoignent, érigent des défenses, des piques, courent sous le sol pour former des pièges enterrés, créent un dôme pour empêcher un accès par le ciel... mais pour le moment, il n'y a personne. C'est une grande clairière au milieu d'une forêt silencieuse.
\Aînés/\Périmètre/\Pars/\Explorer/\Défendu/\Aînés/
\Vaü/\Pars/\Prudence/\Vaü/


Les anciens sont frustrés de ne pouvoir agir par eux-mêmes. Je me rends compte que je suis libre (pour un temps, du moins). Car rester ici au-delà du temps qui m'est permis ne peut mener qu'à ma mort. Je décide de chercher les habitants de ce monde afin d'en savoir plus sur eux. Au cas où ils représenteraient une menace...
Il me faut moins d'un déra pour rencontrer le premier être évolué de ce monde. La faune est inintéressante à mes yeux, mais un être immatériel, irradiant le froid, c'est autre chose. Celui-ci fonce sur moi, et me traverse, laissant une impression de froid glacial derrière lui. Mais cela ne peut m'affecter. Lui, par contre, a très fortement ressenti mon étrangeté et se distord avant de se dissiper. Je me concentre sur les bribes d'essence qu'il a laissé derrière lui. Elles me laissent perplexe pendant un moment, avant que je finisse par réaliser. Il ne faut pas que je regarde ce multivers comme le mien. Celui-ci est jeune, il a de nombreux mondes.
L'homme était un fantôme, un soldat venu par accident d'un autre monde et qui a connu une fin tragique sous un ciel inconnu. J'espère avoir plus de chances que lui...

Je me concentre et transmets la fréquence de ce multivers, que je commence à ressentir légèrement. Les Aînés la reconnaissent : nous sommes déjà venus dans ce monde, il y a fort longtemps. Ils sont intéressés un moment par la Terre, mais sont rapidement déçus : la technologie y est trop primitive pour avoir un quelconque intérêt. Je reçois ordre de me concentrer sur Outremonde et sa magie, très forte, qui pourrait peut-être fournir une piste. Le fait que la faille se soit élargie l'indique : il y a ici une puissance qui excite énormément les Aînés ! Si on peut élargir les failles, alors, notre rêve d'assécher l'avenir entier d'un multivers devient potentiellement réalisable. Je regarde le monde multicolore qui m'entoure et frémis à l'idée d'être celui qui l'anéantira, lui et tous les autres, mais je n'ai pas le choix : il m'est impossible d'échapper aux Aînés, tôt ou tard, je reviendrai vers eux. Je dois leur obéir, ou ce qui m'arrivera sera extrêmement déplaisant.
Je finis par sortir de la forêt pour découvrir une plaine descendant doucement vers une rivière. De l'autre côté du cours d'eau, je vois des champs et des fermes. Je vais pouvoir prendre contact, enfin, avec les humains.
Je me concentre et me déphase, devenant intangible et invisible aux yeux de toute créature matérielle. Le monde, de son côté, semble acquérir une solidité peu naturelle. Je marche sur la rivière qui donne l'air de s'être vitrifiée, de mon point de vue, et remonte vers le plus proche des champs, où je vois de l'activité. Il y a un homme ici, qui s'active. Ma vision est troublée par l'effet de phase, je vois mal ce qu'il fait, mais peu importe, je ne suis plus qu'à trois pas, deux, un... je le touche enfin, revenant dans la phase de ce monde.

Le fermier sursaute, poussant un gémissement étouffé, tandis que mes énergies perturbent sa structure. Il n'a jamais été fait pour supporter la résonance d'un autre multivers, et tombe en poussière sous mes yeux. Qu'ils sont fragiles ! J'absorbe son essence pour connaître tous les détails de sa vie, et reste longuement méditatif.
- Ils appellent ça vivre ? C'est une existence vide de sens... Hum... il y a des villes, où se trouvent des gens aux vies plus intéressantes... j'y trouverai certainement ce que je cherche, même si je dois interroger tous ses habitants les uns après les autres.
Je jette un nouveau regard autour de moi, contemplant le coucher du soleil, et soupire.
- C'est un joli monde, tout de même.
Je me concentre et fonce dans la direction indiquée par les souvenirs du fermier. Je vais bien plus vite qu'un cheval au galop, et il ne me faut que peu de temps avant d'apercevoir ce qu'il appelait « ville ».
J'entre à l'intérieur, invisible, et regarde autour de moi.
- Bon, j'ai ordre de rester discret... Il suffira d'entrer dans ces « maisons » et personne ne verra ce qu'il s'y passe.
J'en choisis une petite, pour commencer : elle doit forcément contenir moins de monde que les grandes. Deux humains s'y trouvent. Pour éviter qu'ils ne donnent l'alerte, je profite de leur proximité pour les toucher en même temps. Je grimace tandis qu'une sensation douloureuse me traverse : je perds de ma stabilité à force de déranger la leur. Mon cristal absorbe lentement leur résonance, mais combien de temps est-ce qu'il tiendra le coup ? Mystère...
Hum. Il y a des gens qui maîtrisent la magie ici. Je transmets l'information à mes Aînés, qui m'ordonnent d'en absorber un pour connaître l'état d'avancement de leurs connaissances en ce domaine. Le plus puissant de cette ville semble s'appeler Karl...

10
13 (suite)

Dans un autre multivers, sur le monde d'Oräna, à la fin des temps.

Vaü

J'étais le plus jeune Skrii de l'univers. J'avais vingt cycles aujourd'hui, et nul autre Skrii n'avait été conçu depuis ma naissance. Pourquoi faire, pour quel avenir ? Notre monde se meurt, notre univers se meurt, notre multivers se meurt, car il n'y a plus d'avenir, plus de temps. La Source Infinie s'est tarie, elle qu'on pensait éternelle. Depuis des milliards de cycles, plus aucun nouveau monde n'a été créé. Les étoiles se sont éteintes, les unes après les autres, et seul le temps volé permet au nôtre de briller encore, dernier soleil éclairant le dernier monde.
Nous aurions dû mourir depuis très longtemps, mais nous sommes une race ancienne et désespérée, savante et dénuée de tout scrupule. Nous volons l'avenir des autres multivers pour prolonger le nôtre. Combien de temps cela pourra-t-il durer ? Nous l'ignorons... Nous nous contentons de survivre. Nous sommes des champions dans ce domaine. Nous avons survécu aux dieux, aux Puissances, même les Dragons se sont éteints, et nous sommes toujours là.
Cette pensée ranime un peu de fierté en moi. Je voudrais juste que... les choses changent. L'obsession de survivre nous a rendu cruels. Si nous pouvions arracher tout l'avenir d'un multivers, le laissant telle une coquille vide et morte, nous le ferions sans hésiter. Mais ces peuples qui vivent sur les autres mondes ont eux aussi la volonté de survivre... ils luttent contre nous, quand ils ont conscience de ce que nous faisons. Les Puissances ont érigé des Gardiens pour veiller sur le Temps, et les failles sont devenues rares, décuplant notre inquiétude.

Oui, je me désole de la cruauté de mon peuple... mais moi-même, je suis trop jeune pour accepter l'idée de la mort. Je me lève soudain lorsqu'une conscience touche la mienne. Un Aîné m'appelle !
\Vaü/\Désigné/\Faille/\Appel/\Urgence/\Étroite/\Faible/\Vaü/
Une faille s'est ouverte ! Mais une petite faille, trop petite pour mon peuple, pour les Aînés, qui sont trop puissants pour la franchir. Il leur faut un moins que rien pour cette mission, un faible, et c'est à contrecœur qu'ils ont dû faire appel à moi.
Je réalise soudain ce que cela implique. Je vais aller pour la première fois sur un autre monde, découvrir un univers jeune (j'espère) et je pourrai procurer à mon monde un peu de répit. Un peu. Une aussi petite faille, et le fait que je risque d'être seul, n'apportera pas grand-chose, peut-être seulement quelques semaines de répit, un grain de sable, mais pour mon peuple au bord de l'extinction finale, chaque seconde arrachée au Destin compte.

Mon excitation se lit dans les fines runes qui parent ma peau d'une douce lueur bleue : elles se mettent à briller plus vivement, tandis que je me mets à courir en me concentrant sur ma destination. L'essence même de l'Espace est tellement élimée que la notion de distance a peu de sens pour nous, et je me projette bientôt dans le Hall du Temps. C'est l'un des vestiges de notre glorieux passé le mieux conservé, grâce aux fuites temporelles issues des multivers voisins. Les scènes de conquêtes de galaxies entières détaillent comment nos ancêtres ont asservi ou exterminé tous ceux qui se mettaient en travers de notre chemin, ce qui, dans l'esprit Skrii, voulait dire qu'ils avaient le tort d'exister.
Il n'est montré ici que nos réussites, nulle fresque ne montre notre déchéance, comment nous avons dû abandonner tous ces mondes alors que notre univers se mourait et plongeait dans l'obscurité, et que les mondes s'effondraient dans le Néant. Il y avait trop de Skriis et un seul monde qui pouvait être sauvé. Nulle part on ne raconte ce qui s'est passé, mais ça a dû être abominable. Seuls les plus vicieux, les plus terribles d'entre nous ont survécu... et aujourd'hui, il ne reste plus que l'ombre de notre gloire passée.

- Vaü ! Cesse de rêvasser ! Il n'y a pas une seconde à perdre !
Je sursaute, soudain entouré de mes Aînés.
- Oui, je suis là, dis-je bien inutilement.
Je reçois en réponse un lourd regard de mépris et de colère contenue. J'aurais dû recevoir des coups jusqu'à ce que les murs soient éclaboussés de mon sang... mais aujourd'hui, je suis bien trop important pour eux !
- Je suis prêt, voulais-je dire.
Ils m'emmènent par translation dans la Salle de la Faille, dans laquelle s'ouvre une déchirure violacée, fine, si fine que moi-même je doute de parvenir à la franchir.
- Oh, dis-je, ça va être dur...
Je n'ai jamais franchi de faille, on ne me l'a jamais permis, et maintenant, je dois faire une traversée très difficile ! Est-ce que cela en vaut la peine ? Oui, bien sûr, et je suis sacrifiable, non ?

On me tend un cristal violet, long comme ma main et large comme deux pouces.
- Qu'est-ce...
- Un Altérateur Temporel. Nous ne l'avons jamais testé, mais c'est l'occasion ou jamais. Il a deux fonctions principales : stabiliser la faille afin de la prolonger, et te maintenir en vie dans les autres mondes pendant ce temps. Ne le perd pas ! Nous n'en avons pas d'autre pour le moment.
C'était le gros problème avec les expéditions. Chaque multivers avait sa propre fréquence, et chaque chose qui la compose y est accordée. Quand on va dans un autre multivers, on entre en résonance avec sa fréquence, et cette résonance s'amplifie au fil du temps, jusqu'à nous tuer si nous ne rentrons pas à temps.
- Combien de temps cela va me donner ?
- Je l'ignore. Allez, vas-y, et offre un avenir à notre monde. Pour les Skriis !
- Pour les Skriis !
Je me dirige, les cœurs battants, vers la faille, serrant le cristal dans ma main. J'absorbe son fonctionnement avant de me projeter dans le passage entre les multivers.
Un nouveau monde. Un peu d'espoir pour mon peuple.
Et ensuite ? Pourrait-il nous apporter quelque chose d'autre ?

Le Témoin Éternel

Ces mortels étaient si facilement manipulables... Le mage Karl avait fait ce que je lui avais ordonné. Les jeunes gens avaient l'air plutôt déboussolés, et c'était compréhensible, mais l'appel de l'aventure avait été le plus fort. Je me projette auprès du Serviteur de la Lumière, qui me lance un regard haineux.
- Ça suffit, dis-je, je travaille à rétablir l'Histoire autant que possible. Aucun d'entre nous n'a envie de voir les six mondes réclamés par les ténèbres... ni par la lumière, n'est-ce pas ?
- À quel jeu jouez-vous ? Quel est votre but ?
- Je corrige ce qui doit l'être. Maintenant, c'est à vous de voir si vous voulez ou non que les princes des ténèbres soient anéantis ou non. L'avantage avec cette version de l'Histoire, c'est que nous allons vers un statu quo : le prince des ténèbres emprisonné par les Protecteurs est toujours dans sa prison, de même que vous avez une servante qui tourne en rond dans votre forteresse. Aucune puissance ne pourra envoyer de renfort tant que ces deux-là seront en vie.
Il me regarde longuement.
- C'est vrai... soit, pour le moment, je considère que nos intérêts convergent... mais je vous ai à l'œil.
- Je n'en doute pas, mais vous aussi êtes surveillé... votre servante a des doutes, et elle a mis des sorts d'écoute dans la forteresse, au cas où une parole vous échapperait.
- Oh... je crois qu'il est temps que je la reprenne en mains, à ce que je vois.
Je le regarde disparaître. J'ai gagné un répit... pour le moment. Les Skriis, maintenant. Ils auraient dû être là depuis un moment, qu'est-ce qui les retient ?
Je me concentre pour repérer la faille et m'y téléporte. Ce que je vois m'anéantit.
- Elle est trop étroite ! Ce maudit incapable de Christian ! Elle n'est pas plus épaisse qu'un cheveu !
Je déploie tout mon pouvoir pour tenter de l'élargir, mais le résultat est ridicule, et je tombe en arrière, épuisé.
- Il va me falloir de l'aide... et je sais où en trouver.
Je me téléporte sur Terre, bien décidé à remuer ciel et terre pour parvenir à mes fins. Surtout la terre, d'ailleurs...

En Outremonde, la faille commença à crépiter...

11
Livre II - Les Skriis

13 - Retour en Scène

Outremonde
L'homme qui apparut après le départ de Christian était divinement beau. Il faut dire qu''il avait de quoi l'être. Il se mit à fouiller l'air devant lui, comme s'il ouvrait délicatement un objet invisible fait de multiples couches. Il laissa échapper une exclamation de satisfaction et tira un autre homme du néant.

Le Témoin Éternel

- Apóllôn ! Je suis vraiment heureux de te revoir ! Dis-je en découvrant le visage inoubliable de la Puissance que je connais depuis bien longtemps.
- Allons, pensais-tu vraiment que j'allais te laisser tomber, Antínoos ? Ne t'avais-je pas dit que j'avais tout prévu ?
- Si. Après que tu m'aies appris à voir dans l'avenir et que j'ai compris quel avenir se préparait.
- Christian ne se doute de rien, n'est-ce pas ?
- Non, absolument pas.
- Il finira par découvrir à quel point il a été manipulé dans cette affaire.
- Je sais... mais ce sera trop tard. Je l'ai envoyé chercher Merlin... il risque de chercher longtemps. Bon... les Skriis vont bientôt venir dans ce monde, comme prévu.
- Oui, la partie la plus délicate de notre plan va commencer. Il va falloir traiter avec eux. Si tu n'y parviens pas, c'est tout le multivers que tu condamnes.
- Je sais. Mais de toute façon, nos actions vont le condamner... à notre manière. Mais, dis-moi... comment étais-tu aussi sûr que le Gardien du Temps allait leur permettre de venir ?
- Il n'avait pas vraiment le choix, à cause de la boucle temporelle que j'ai contribué à créer, et en même temps, je savais qu'il voudrait donner une leçon à Christian en lui montrant les conséquences de ses actes, sans se douter qu'il faisait notre jeu. Et maintenant, aucune autre possibilité n'existe dans le flux du temps... que celle que nous allons écrire.
- C'était vraiment bien joué de te faire passer pour une Ombre auprès de ce Drakkh. Il y a cru dur comme fer. Le seul obstacle reste les autres Puissances : lumière, ténèbres et équilibre.
- Je ne peux pas t'aider plus, Antínoos. Mais tu as des alliés à cette époque. Ils ont déjà géré ce genre de problème dans l'Histoire que Christian a effacé.
- Je vais encore devoir faire preuve d'ubiquité... gérer les Skriis et rétablir un semblant d'histoire pour remettre Ludvik sur la route de l'aventure.
- La bonne histoire sera bientôt rétablie, Antínoos.
- Oui, la bonne. Celle que nous réécrirons ensemble, Apóllôn.
Il sourit, de ce sourire auquel aucun mortel ne peut résister. Je plonge dans ses bras, cela faisait si longtemps...
- Je t'aime, Apóllôn ! Tu me manques tellement.
- Moi aussi. Mais les chemins mystiques qui nous relient au royaume spirituel d'Ólympos sont de plus en plus ténus... Il me reste une chance de demeurer avec toi, Antínoos, et cette chance c'est toi.
- Je ferai tout ce qu'il faudra, n'aie crainte. Il n'y a de toute façon plus de retour en arrière possible.

Apóllôn disparaît soudain, le lien s'est rompu. Je soupire. Je suis si près de rétablir l'histoire que j'ai connu. Toute l'histoire de l'humanité, cette histoire officielle que j'ai vu s'écrire depuis mon bannissement dans le passé est un mensonge insupportable. Je veux revoir le lumineux royaume d'Atlantis, les plaines d'Hyperborée, les landes et vallées de Mu ! Je veux revoir un monde où la magie et les Puissances régnaient sur Terre, où mon amour, Apóllôn, en foulait le sol... J'ai commis une erreur effroyable, mais je me suis juré que quel que soit le prix à payer, je rétablirai mon monde, mon Histoire. Et, enfin, c'est en train de se réaliser !
Il me reste toutefois beaucoup de travail à accomplir...

Ludvik

Je me présente devant l'officier commandant la garde de la ville, qui se nomme Hankel. Il lit ma lettre de créance, et l'influence de mon vieil ami magicien se fait sentir : il accepte notre requête.
- Je dois bien avouer qu'un peu d'aide ne serait pas de trop, soupire-t-il. Je n'ai jamais vu ça, et le magicien que nous avons consulté est assez perplexe. Une magie très puissante a été utilisée pour tuer ce mage. Il était entouré de défenses très efficaces, qui ont été balayées en un instant. Mais le problème, c'est que la magie utilisée, quelle qu'elle soit, n'a laissé absolument aucune trace.
- Ça alors ! S'exclame Cédric. Pourrais-je examiner le corps ?
- Oui, bien sûr.
Sous le poste de garde se trouve une salle dotée d'enchantements de conservation. La médecine légale est plutôt avancée en Outremonde, pour un monde médiéval, même si ses principes n'ont absolument rien à voir avec les nôtres. Ici, la magie joue un rôle crucial.
Cédric pâlit un peu à la vue du corps, et je dois moi-même serrer les dents. Ce n'est pas le premier mort que je vois, mais celui-ci est en piteux état. Mon nouvel ami se concentre et secoue bientôt la tête.
- Incompréhensible. Quel genre de pouvoir...

Il s'interrompt, réfléchit, et fait la moue.
- Qu'y a-t-il ? Demande Hankel.
- Le pouvoir primordial... ça correspondrait.
- Jamais entendu parler.
- C'est très rare. Il y a au plus un homme tous les demi-millénaires qui naît avec un tel pouvoir, du peu que j'en sache de par mes études. Ce n'est pas de la magie, c'est beaucoup plus élevé comme pouvoir... et il n'existe rien qui puisse s'y opposer. Ils sont immortels, je veux dire, véritablement immortels. Ils ne peuvent même pas se tuer entre eux tant leur pouvoir est grand. Je n'en sais hélas guère plus, et je ne peux affirmer avec certitude que c'est le cas ici, mais c'est ma piste la plus probable. Je vais étudier l'autre décès, sur la route de Valsein, et je vous tiendrai au courant.
- Merci, bien que ce genre de nouvelle ne m'enchante guère. Valnar n'avait pas besoin d'une telle chose.
Nous retournons dans la rue, maussades. Comment lutter contre une telle puissance ?
Nous retournons voir le mage Karl, dans l'espoir qu'il aura une idée. Celui-ci fait la moue, et nous demande d'attendre, avant de s'enfermer dans son laboratoire. Il en revient au bout d'un moment.

- J'ai... des choses à vous dire, dit-il en s'asseyant. Je suis un agent du Serviteur de la Lumière, dernier rempart de ce monde contre les ténèbres. J'ai pris contact avec lui. Et ce qu'il m'a annoncé est extrêmement inquiétant. Ceux (car ils sont plusieurs) qui ont agi viennent de l'avenir, et ils sont venus pour changer l'Histoire. Celle-ci a déjà pris un tournant différent, peut-être irrémédiable.
- Quoi ? S'exclame Cédric, surpris. Mais... qu'est-ce qui a été changé ?
- Votre histoire à tous les deux, m'a-t-il dit. Vous étiez destinés à accomplir de grandes choses. À barrer la route aux ténèbres. Outremonde (et la Terrre) courent un très grave danger. Les ténèbres pourraient bien gagner, en vérité... Mais il reste peut-être une chance. Vous devez prendre le bateau à destination du royaume Sandrosi, aller au-delà du Pays sans Ciel, et vous mettre en quête des autres rêveurs : Finnadan et Marc. Oui, ton Marc, Ludvik.
- Que... quoi ?!
Je suis déboussolé par ce flot de révélations.
- Pourquoi devrions-nous aller là-bas, demande Cédric, totalement perdu. Quelle aide pourraient nous apporter ces autres Rêveurs ?
Il soupire.
- Je n'en sais guère plus. L'Histoire a été tellement altérée qu'il est possible que vous ne parveniez pas à sauver le monde...
- Mais, euh... pourquoi nous ? Qu'est-ce qu'on a de si spécial ?
- Je l'ignore, mais d'après ce que m'a dit le Serviteur, c'est vous qui êtes en mesure de vaincre les ténèbres. Vous avez... le genre de force de volonté, de détermination qui peut déplacer des montagnes. Croyez en vos capacités, car le monde tel que nous le connaissons disparaîtra si la Lumière est vaincue.

Je suis très songeur en quittant la demeure de Karl une bonne heure plus tard. Il y a quelque chose qui me trouble dans cette histoire, j'ai vraiment le sentiment qu'on me force la main... et d'un autre côté, l'idée même que Marc est également un Rêveur est incroyable ! Il faut vraiment que je lui parle.
- J'avais très envie de partir à l'aventure, dit Cédric, mais je ne pensais pas que ce serait dans de telles circonstances.
- Oui, ça me trouble profondément. Il y a des gens bien mieux qualifiés que nous pour faire ce boulot, non ?
- C'est vrai... mais je ne resterai pas sans rien faire si les ténèbres menacent nos mondes.
- Moi non plus, c'est clair.
Nous payons nos places sur un navire et nous nous installons, le départ ayant lieu à l'aube.
- Tu peux me donner ton numéro de tel ? Demande Cédric.
- Tu vas arriver à le retenir une fois réveillé sur Terre ?
- Crois-moi, pour être magicien, on doit retenir des choses bien pires qu'un simple numéro de téléphone.

12
Je ne vois pas qui serait cette 3ème personne. J'ai relu le paragraphe des hurleurs et Cédric et Ludvick ont fait la quasi totalité de travail comme des grands.

13
12 - Oppositions

Les informations données par le mystérieux Témoin Éternel défilent dans mon esprit à mesure que j'agis. Je dois bien avouer qu'il a méticuleusement préparé les altérations qui devaient être faites pour rectifier l'avenir, et je me demande bien qui il peut être.
De nouvelles informations se débloquent alors que je détruis une base des Protecteurs.

Fais vite. Ne reste pas longtemps au même endroit. Tu t'es fait plusieurs ennemis mortels depuis que tu as altéré le cours du temps.
Le premier est le Gardien du Temps. C'est une entité qui punit ceux qui commettent le crime de déchirer la Grande Tapisserie. Il finira par t'avoir, c'est inévitable, mais tu as encore un délai.
Le second est le serviteur de la lumière. J'aurais beaucoup à en dire sur lui, trop pour ce message. Mais il y a une chose que tu dois absolument respecter : il ne doit absolument pas mourir ! Cela condamnerait toute vie dans les six mondes. Je suis sérieux !


Je me téléporte vers une nouvelle série de coordonnées. Le savoir que le Témoin m'a conféré, allié à l'énergie qui est mienne depuis que j'ai déchiré le temps, me confèrent une puissance inimaginable. Je déverse une partie de cette puissance sur une base des Destructeurs avant de partir ailleurs.

Tu dois fuir toute adversité. Souviens-toi qu'il n'y a plus d'avenir. En outre, le passé t'es désormais interdit depuis que tu as déchiré la Tapisserie : c'est le prix à payer pour avoir bouleversé l'ordre des choses. Et si tu te poses la question, oui, je l'ai fait. Le Gardien du Temps m'a attrapé et m'a banni dans un passé très lointain, avec interdiction sous peine de mort immédiate d'altérer l'avenir. J'ai eu une éternité pour contempler l'histoire du monde... mais je n'ai pas oublié pourquoi je l'avais fait. Maintenant, c'est à ton tour... mais je t'aiderai de mon mieux, car grâce à toi, l'avenir a été anéanti : je ne risque plus rien. Mon moi de l'époque où tu te trouves a détecté ton arrivée et la destruction de l'avenir, il s'est déjà lancé dans la même action que toi, sur la Terre.
L'avenir que nous avons connu ne doit pas exister.


Je n'ai rencontré pour le moment aucune résistance valable, l'effet de surprise et la soudaineté de la destruction ne leur laissant pas le temps de réagir. Ce qui m'inquiète, ce sont les fameux ennemis que je me suis fait...
Alors que j'arrive à ma nouvelle destination, je suis brutalement plaqué contre un mur par un homme qui soit a d'excellents réflexes, soit m'attendait. Je tente de me téléporter mais découvre avec surprise que cela m'est impossible.
- Qui es-tu ? S'exclame-t-il. Qu'es-tu en train de faire ? Je sais que tu as détruit l'avenir, tu laisses une énorme trace d'énergie temporelle partout où tu passes ! Et tu as spécifiquement anéanti tous mes plans soigneusement préparés... parle, ou je t'arracherais les mots de tes tripes !
- Euh...
- Et ne joue pas avec moi. Je sais comment tuer définitivement un homme doué du pouvoir primordial, et tu n'auras même pas le temps de ciller que ce sera fait. Alors parle !
- Euh... c'est une longue histoire, et le Gardien du Temps me traque déjà. Je suis vraiment désolé, mais j'ai beaucoup à faire pour que l'avenir ne soit pas une répétition de l'horreur qu'il a été.
- Quelle horreur ?
- Une Ombre s'est libérée du septième monde. Elle a détruit la Terre.
- Une Ombre... alors c'est enfin arrivé ?
- Comment ça, enfin ?

Il me regarde avec mépris.
- Tu ne sais pas à quoi tu t'opposes. Les Ombres sont la manifestation d'une force universelle, la contrepartie de la Création. Ils font partie de l'équilibre des choses.
- Et pourtant, les Eldars les ont emprisonnés.
- Ils ont une puissance qui leur permet de narguer la volonté de l'Équilibre. C'est absolument contre-nature.
- Bah non. Il faut bien un contre-pouvoir à l'Équilibre lui-même, non ?
Je vois à son regard qu'il n'a pas apprécié ma blague. Je cherche en moi les choses que j'ai pu apprendre au fil du temps sur les Puissances, mais ça ne m'aide pas beaucoup.
- Continue à parler. Qui es-tu ?
- Juste un homme qui a eu le don qu'il fallait au bon moment.

Il y a soudain un brusque déplacement d'air qui catapulte mon adversaire contre le mur opposé.
- Désolé, dit une voix curieusement familière. J'ai eu du mal à me libérer.
Celui qui s'avance alors dans la pièce... c'est moi.
- Mais...
- Oui, je suis toi. Du moins, un « toi » qui a déchiré la Tapisserie mais qui a échoué à cause du serviteur de la lumière, dit-il en désignant mon adversaire qui se retrouve soudain emprisonné dans un cristal.
- Oh... je dois y aller alors, avant que le Gardien ne m'attrape ! Merci.
- Oui, fonce ! Je m'occupe du serviteur. Je ne lui ferai pas de mal, j'attendrai juste que tu en aies fini avant de le libérer.
- Mais... comment peut-on être présents deux fois ?
- Quand on déchire la Tapisserie, on se coupe de l'histoire. C'est pourquoi on ne peut plus voyager dans le temps. Si on échoue, peut-être qu'un troisième Christian va débarquer. Ou qu'on ne naîtra pas, et qu'un autre arrivera.
- Il y en a toujours un alors ?
- Comme on l'a dit, un homme naît avec le don au bon endroit et au bon moment. Allez, file. Je vais sur le monde des Protecteurs pour leur flanquer la raclée qu'ils méritent. La Terre restera ignorante des autres mondes.
- Ça ne durera qu'un temps. Le septième monde finira un jour ou l'autre par être visité par des hommes.
Mon autre moi secoue la tête sans rien dire et disparaît. Je me dis que dans un certain sens, on en revient à l'histoire initiale : les Protecteurs et Destructeurs ont effectivement été anéantis. Y a-t-il quelque chose de plus à faire ?

Un peu plus tard, je m'arrête en haletant. Il n'y a plus de Protecteurs ou de Destructeurs en Outremonde. Le Témoin Éternel apparaît bientôt devant moi.
- Bonjour, qui que tu sois, je suis heureux de te connaître. Je t'ai attendu pendant des milliers d'années.
- Je m'appelle Christian. Votre moi de l'avenir m'a transmis des instructions détaillées, je les ai suivi à la lettre.
- Formidable ! J'ai fait le ménage sur Terre, il n'y a plus trace de Protecteurs, de Destructeurs ou de leur technologie. Il reste leur monde natal...
- C'est bon, mon autre moi s'en charge.
- Vous êtes deux ?
- Oui, visiblement, j'ai déjà échoué une fois à cause du serviteur de la lumière. Cette fois, il est apparu et m'a sauvé. Mais...
- Quoi ?
- Le serviteur a dit que les Ombres faisaient partie de l'Équilibre, qu'elles contrebalancent la Création.
- Le serviteur est un agent de l'Équilibre. Il défend son business. Il va bien au moins ?
- Oui, il est emprisonné dans un cristal, là. Mais, une minute ! Il y a quelque chose qui cloche...

Le deuxième Christian apparaît alors à nos côtés.
- Justement, j'avais une question. Si tu as aussi déchiré la Tapisserie, comment se fait-il que le Témoin Éternel ne te connaisse pas ?
- Je n'allais pas passer des milliers d'années à périr d'ennui. J'ai utilisé la technique d'emprisonnement de Morgane sur moi-même, en réglant le cristal pour qu'il disparaisse en présence d'énergie temporelle. Ce qui s'est passé quand tu as déchiré la Tapisserie. Je savais que cela se reproduirait tôt ou tard. Enfin, plutôt très tard.
- Je n'avais pas vu cela, dit le Témoin... mais ce n'est pas étonnant. Je ne peux percevoir que les avenirs les plus probables, et une déchirure est tout le contraire de cela. J'y suis totalement aveugle. De plus, maintenant, c'est encore le chaos complet, ma vision de l'avenir est brouillée.

- Bon, reste-t-il quelque chose à faire ?
Ton Jugement.
Une grande sphère métallique, faite d'une infinité de sphères incomplètes qui tournent continuellement, formant des motifs toujours changeants, s'est matérialisée au-dessus de nous. Je me retrouve paralysé, mon pouvoir neutralisé. Je ne peux que parler et respirer.
Tu as déchiré la Grande Tapisserie. Tu as commis un crime envers le Temps.
- C'était nécessaire ! Il fallait sauver mon monde de la destruction !
La destruction de ton monde n'est rien comparé à l'immensité du Temps. Même pas une poussière. C'est l'histoire de tous les mondes que tu as anéanti sur des siècles !
- C'est l'histoire de tous les mondes qui était menacée par la libération des Ombres !
Les Ombres ont leur place dans l'Histoire. Elles ne menacent pas le multivers, mais lui permettent de continuer à se renouveler sans saturation.
- Pourtant, elles ont été emprisonnées pendant sept milliards d'années et il n'y a eu aucune saturation !
Crois-tu ? Vois-tu le multivers dans son ensemble ? Vois-tu les univers se rassembler, attirés par leurs mondes respectifs, formant des liens, des groupes de plus en plus nombreux, au lieu de se disperser dans l'infini ?
- Alors c'est ça ! S'exclame l'autre Christian. Les Ombres détruisent les mondes qui font que les univers se lient entre eux ? C'est tout ce que l'Équilibre a trouvé pour résoudre le problème ? Si problème il y a vraiment...
Cela n'a rien à voir avec votre crime, de toute façon. À plusieurs reprises, l'avenir a été anéanti au 23ième siècle de votre monde.
- Et cela continuera d'arriver encore et encore, et par votre faute ! Dis-je alors, ayant finalement compris toutes les implications de ces événements. Il y aura toujours quelqu'un, au bon endroit et au bon moment, pour déchirer la Tapisserie ! Et cela se reproduira encore et encore, car vous intervenez et vous nous empêchez de rectifier les choses. Et l'Ombre est de nouveau libérée, et le cycle reprend encore une fois. À cause de votre intervention, l'Histoire cesse d'exister au 23ème siècle dans tout le multivers !

Il y a un long silence. La sphère reprend alors.
Vous vous proposez de rectifier le cours des choses pour empêcher cela ?
- Oui ! Je veux autant que vous qu'il y ait un futur.
Qu'il en soit ainsi, dans ce cas. Mais sachez que vous allez devoir marcher sur un chemin très étroit. Si la libération des Ombres déclenche systématiquement la déchirure de la Tapisserie, alors... vous devrez l'empêcher par tous les moyens. Et vos actes sont pour le moment insuffisants. Si vous échouez, vous serez condamné. Si vous réussissez, vous serez pardonné. Sachez également que votre non-condamnation - pour le moment - ouvre la porte aux Skriis. Vous devrez résoudre ce problème par vous-même.
- Les Skriis ? Qu'est-ce que c'est ?
Un peuple existant dans un autre flux temporel et qui va profiter des failles laissées par la déchirure pour entrer dans le vôtre.
- Comme si je n'avais pas assez de soucis...
C'est votre problème, désormais. Pour les autres, par contre... Nous ne sommes pas dupes. Vous avez activement pris part à cette nouvelle altération du temps. Bien qu'il y ait... des raisons valables pour vos actes, vous avez déjà été jugés, et nos jugements sont sans appel ni révision.
- Attendez ! Nous n'avons pas altéré l'avenir, il n'y a plus d'avenir ! Nous sommes dans un nouveau présent !
Vous ne faites que jouer sur les mots. Notre justice est implacable. Votre existence s'arrête ici.
Le Témoin Éternel et l'autre Christian disparaissent soudainement.
Justice est faite. Ils ne sont plus tissés par la Grande Tapisserie.

- Non ! Ce n'est pas vrai ! Mais bordel, ce sont les Ombres qu'il faudrait faire disparaître !
Mais la sphère s'efface du ciel, sourde à mes insultes. Je viens de me voir mourir, et ça me fait un sacré choc. Je reste longtemps à regarder le néant, avant de me reprendre. Ils savaient certainement ce qu'ils risquaient. Ils ont sacrifié leur vie pour que je puisse avoir une chance de réussir.
Mais que faire ? Je n'ai aucune idée des événements que je dois altérer.
- J'ai besoin d'aide. Mais qui pourrait m'aider ? Qui en aurait le pouvoir ?
Morgane ? Non, aucune chance. mais par contre...
- Merlin ! Il faut que je le trouve ! Mais... où ? Ce n'est certainement pas Morgane qui va m'aider !
Je m'ouvre tout de même un passage vers la Terre, démoralisé. Je suis au tout début du 21ème siècle, une époque à la technologie primitive, ce qui ne va pas m'aider. Franck n'est pas encore né, personne que je connaisse ne l'est... je suis seul.
- Je dois m'en sortir. Il le faut !
Je me mets à chercher une bibliothèque. Il faut bien commencer quelque part.

Ludvik

Nous avons discuté pendant une bonne heure, Cédric et moi. Je suis épaté de savoir que je ne suis pas le seul à me projeter dans cet autre monde ! Je suis par contre extrêmement frustré de découvrir qu'il y a des informations qu'il ne peut pas me communiquer, à cause d'une magie protégeant un maudit bouquin...
- Bon, il est temps de voir ce qui se passe avec ces meurtres étranges.
- Oui, dit Cédric. Mon maître a rédigé une lettre de créance qui nous donnera une certaine autorité. Il a beaucoup d'influence dans la région.
- D'accord. Voyons où en est l'enquête sur la mort du mage. Puis, nous retournerons sur la route de Valsein pour enquêter sur le second meurtre.
- Pourquoi est-ce que ça te préoccupe autant ?
- Il y a peu de crimes violents en Valnar. Les brigands détroussent les gens, mais il les gardent en vie quand ils se soumettent, et les gens le savent ! C'est bénéfique pour tout le monde, les voleurs pourront tomber sur la même personne plus tard, quand elle aura refait le plein de pièces, et les victimes s'en tirent certes plus pauvres, mais indemnes.
- Tu t'es déjà fait détrousser ?
- Ça m'est arrivé. Quand je jugeais que je pouvais lutter, je me défendais, mais sinon, je leur jetais ma bourse. Je ne suis pas suicidaire.
- Et si l'autre victime avait tenté de se défendre et avait été surclassée ?
- En général, si le sang n'a pas encore coulé chez eux, les brigands font vite comprendre qu'il vaut mieux arrêter là les frais... Hum... on verra bien ce qu'il en est. Tu sais, je voudrais vraiment que ce ne soit rien, mais j'ai un mauvais pressentiment... Je crains qu'il y ait un nouveau sembleur dans les environs, voire plusieurs. Ou...
- Ou quoi ?
- Je ne saurais l'expliquer, mais j'ai le sentiment que quelque chose cloche. J'ignore quoi, mais je suis bien décidé à le découvrir.
Cédric sourit.
- Ça me plaît. J'ai passé toutes ces dernières années à étudier comme jamais, et c'est vraiment ma première occasion de renouer contact avec le monde.
- Allons au port. Je voudrais me renseigner un peu dans la ville avant d'interroger la garde.
Nous saluons Karl et sortons. Je sens frémir en moi, alors que nous descendons vers le port, l'excitation de l'aventure. Ça m'avait bien manqué.

14
Effectivement, ca fait quelques changements. En particulier, on peut deviner qui est le fermier qui s'est fait assassiner.

15
11 (suite)

Année 2275, dans l'intermonde, à bord du vaisseau VSX-01

- Le scanner indique l'approche d'un monde, je dois arriver en Aliantiel d'ici une petite heure. Je pousse sa résolution pour voir les autres... voilà, il affiche les noms au fur et à mesure. Outremonde, Æstys, Tenerba, Aldania, et ma destination, Aliantiel. Et... euh... il y en a un septième, beaucoup plus loin, et non identifié. Il est à la limite de portée du scanner.
Eh bien, voilà qui est intéressant. Les crânes d'œuf des labos seront contents.
Il y a des masses de choses à faire, on n'a pas voulu me laisser le temps de m'ennuyer. Mais au bout d'une demi-heure, le radar indique quelque chose qui approche de moi. Et c'est gros. Très gros.
- Oh-oh... Un truc est sur une trajectoire de collision, je modifie ma route.
Mais la chose a changé de trajectoire, elle aussi.
- Je suis poursuivi ! Je lance un flash radar pour identification... si ça peut être identifié.
Une puissante émission radar vient se refléter sur l'objet et renvoie des informations détaillées sur ce qui me suit. J'ai du mal à croire ce qui s'affiche sur mon écran.
- Euh... c'est... un dragon ?
Aucun doute à avoir sur l'image que j'ai.
- Oh, bon sang, je suis censé faire quoi, là ? Il est absolument gigantesque, je ne crois pas que mes armes feront autre chose que de le mettre en colère. Et je suis à mi-chemin de la Terre... et il est rapide. Il se rapproche même très vite...
Un choc violent secoue le vaisseau, tandis que de multiples alarmes résonnent. La coque se déchire, et le pilote hurle avant de mourir sous la fureur d'un dragon déchaîné.

Année 2274, en Outremonde

- Franck ! Tu me connais ? Tu es censé surveiller ma vie depuis ma naissance, d'après ce que tu m'as dit.
- C'est le cas, qu'y a-t-il Christian ?
- Dans un an, un vaisseau terrien utilisera une technologie des Protecteurs pour franchir l'espace entre les mondes. Cela ne doit pas arriver. Lors de son premier essai, le vaisseau a croisé ton père, qui ne lui a rien fait... mais si ça pouvait changer, ça sauvera le multivers.
- D'accord, je lui ferai passer le message.

Année 2274, à Paris

- Christian, je voudrais que tu rejoignes les forces spéciales. Tu es un excellent élément, et je sais que tu feras des étincelles là-bas.
- Désolé, mon commandant, mais j'ai réfléchi à tout ça. Je vais revenir à la vie civile. J'en ai trop vu, mon commandant, j'aspire maintenant à une vie simple.
- C'est... regrettable... je te laisse y réfléchir un peu plus...
- C'est tout réfléchi, mon commandant. Je ne resignerai pas.
J'entends un grondement au loin. Je repars en arrière.

Année 2269, Italie, dans les ruines de Rome

Nous attendons un moment à l'abri du pan de mur, attendant une couverture permettant de passer
- Qu'est-ce qu'ils foutent ?
- Ils ne viendront pas, dit le sergent. On vient de me dire qu'on leur a donné une mission prioritaire. À nous de nous démerder pour passer.
Les autres râlent, nous savons que les panafs tiennent bien les grandes avenues et nous bloquent efficacement le chemin.
- J'ai une idée, dis-je. On peut emprunter un autre chemin. Ils n'imagineront jamais qu'on va oser le faire.
- Faire quoi ?
- C'est à nos pieds.
J'indique la bouche d'égout devant nous.
- T'es frappé, Chris ? Tu sais ce qu'il y a, là-dessous ?
- Nos combis ont été spécialement faites pour ça, dis-je. Et j'ai déjà fait la traversée.
- Quand ça ?
- De nuit, lors d'une mission... top secret. Désolé.
Ils me regardent, assez surpris. Moi, un jeune appelé embarqué dans cette guerre, choisi pour une mission top secret ?
- J'étais sacrifiable, dis-je. Vous saisissez ?
- Comme nous tous, soupire Marc.
- OK, on y va. Christian, tu ouvres la voie.
- Oui, sergent !
Nous soulevons la bouche d'égout et je regarde l'incandescence causée par cette arme d'un autre monde.
- Allez-y, je vous couvre.
Lorsqu'ils sont tous descendus, je fais exprès de glisser et de tomber dans la poussière radioactive et de disparaître à leurs yeux. Je me concentre comme le Témoin m'a appris, et me déplace physiquement à travers le temps, laissant derrière moi une combinaison vide que, de toute façon, ils n'iront pas chercher. Il y a un fort roulement de tonnerre.

Année 2260, à Paris

Mon jeune moi adolescent dort paisiblement dans sa chambre. Je prends la capsule et la presse contre son cou, déclenchant l'injection de l'antidote. Voilà qui aurait radicalement changé mon existence ! J'ai la forte tentation de vivre sa vie, mais je sais que ça ne mènera qu'à la destruction de la Terre.
L'enfant sursaute et se réveille, mais je suis déjà reparti en arrière.

Année 2245, dans une base militaire de l'union asiatique

Drazak'aar'den est le premier à réagir à mon arrivée soudaine. Il se tourne vers moi et sourit fugacement.
- C'est Franck qui t'envoie ?
- Oh, moi, je me contente de revenir en arrière dans le temps pour changer certaines choses.
L'un des militaires crie, demandant des explications. Je l'ignore.
- Tu veux l'épée de lumière ? Tue-les et je te dirai comment l'obtenir.
- Je ne lis aucun mensonge sur ton visage... Très bien.
Le haut commandement de l'union asiatique est promptement éliminé par le Drakkh, bien trop fort et trop rapide pour eux.
- Fais-lui savoir que tu es là, et que tu veux l'épée. Dis-lui qu'une Ombre s'est libérée. Les événements le forceront à te la donner. À l'époque d'où je suis parti, elle le traque dans tout le multivers.
- Je n'aurai pas à me fatiguer, à ce que je vois. Et quand me la donnera-t-il ?
- En 2280.
- C'est bien loin...
- L'Ombre ne l'aura pas, c'est ce qui compte.
- Pourquoi es-tu revenu en arrière ? Tu changes le cours des choses ?
- Sur ordre de Franck, après qu'il vous ait remis l'épée. L'Ombre doit être arrêtée, et j'ai besoin de ça, dis-je en désignant l'objet de la transaction : la bombe de technologie Drakkh.
- Ça ne l'effleurera même pas.
- Je le sais très bien. Ce n'est pas pour l'utiliser directement. On a un plan.
- Fort bien, amuse-toi avec celle-là. J'en ai beaucoup d'autres, si besoin est.
Je touche la bombe, froidement métallique, tout en me concentrant. Le tonnerre gronde violemment.
- Oh non, j'y crois pas ! Dit le Drakkh avant de se précipiter sur moi. Sa main fend l'air une seconde après mon départ.
- Il déchire la tapisserie ! Le fou !

Année 2153, dans une ancienne base secrète des Protecteurs

J'active la bombe, lui laissant une minute avant d'exploser. Je jette un regard sur la tonne de matériel dimensionnel des protecteurs avant de repartir. Les terriens ne sont pas prêts d'explorer les chemins conduisant à la Porte des Mondes.
Je remarque que mon pouvoir semble augmenter à mesure que je déchire la tapisserie. Il crépite littéralement au bout de mes mains. Tant mieux, car j'ai beaucoup à faire.

Année 2017, en Æstys

Tout le monde s'émut de la nouvelle dans la capitale, et on en parla dans tout le pays pendant longtemps. Un étranger était apparu dans le palais, dénonçant une trahison préparée par certains membres de la famille de l'Empereur, avant de les tuer. Rien n'avait pu l'arrêter. L'Empereur était sain et sauf, mais l'étranger avait disparu.
En Outremonde, on n'écrivit aucune Chronique. Ludvik et les siens continuèrent à mener une existence paisible.

Année 2012, en Outremonde

Ludvik
- Bonjour, Ludvik !
- Bonjour, Anna !
- Tu as passé une bonne nuit ?
- Je dors toujours très bien ici. Et ce, depuis le jour où tu m'as recueilli.
- Tu es comme un fils, pour moi. Tu as tellement grandi.
- C'est ta bonne nourriture. D'ailleurs...
- Je te sers ça tout de suite.
L'auberge de Valsein est comme une deuxième maison pour moi. Depuis que j'ai entrepris nombre de voyages, je n'y suis plus très souvent, mais je reviens toujours ici. Même après toutes ces années, je regarde toujours les boiseries avec plaisir. Et cette cheminée qui est liée à tant de souvenirs, tant de soirées, de fêtes... Assez grande pour y cuire un bœuf entier, vous pouvez m'en croire, je l'ai vu de mes yeux. Mais cela n'arrive pas souvent, à vrai dire.
La salle est plutôt calme à cette heure, les gens partent tôt pour travailler. Seuls quelques voyageurs sont présents. Après m'être restauré, je sors de ma sacoche un tube de cuir protégeant un précieux parchemin : la carte de Valnar, grande île sur laquelle le village de Valsein se perd totalement. J'ai beaucoup voyagé à la découverte de ces terres, villes et bourgs, merveilles et dangers... Mais l'envie me prend d'aller plus loin maintenant. Au sud, un détroit sépare l'île du continent. Je me sens déjà excité à l'idée de découvrir à quoi ressemble le monde, là-bas.
- Je vais partir pour un grand voyage, Anna. Je veux découvrir les terres de Sandros.
- Pourquoi faut-il que tu partes sans cesse ?
- Parce que j'aime voyager, découvrir de nouveaux lieux. Je suis fait ainsi.
- Tu as trop écouté les récits de voyageurs, Ludvik. Le monde n'est pas merveilleux, il est malsain et dangereux.
- Il n'est pas aussi malsain que tu l'imagines. Et pour ce qui est du danger, je suis une fine lame.
- Une épée ne protégera pas d'une flèche.
C'est un dicton du pays... Et je dois bien avouer qu'il me remet les pieds sur terre à chaque fois que je l'entends.

- Je ne me sens pas à l'aise avec un bouclier.
- Tu serais moins à l'aise encore avec une flèche dans le corps.
- Touché. Mais de toute façon, le pays est bien moins dangereux que ne le racontent les voyageurs. Les histoires ont
tendance à s'amplifier au fil du temps.
- Vraiment ? Et ce loup-garou qui a terrorisé le village de Belk, le mois dernier ?
- Qu'est-ce que je disais ? C'était un chien enragé.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- J'y étais. C'est moi qui l'ai tué. Tu verras que dans dix ans, ce chien sera devenu un dragon.
Je reviens à ma carte.
- Bon. Je vais marcher jusqu'à Erdink, ce qui me prendra la journée. De là, je prendrai un bateau jusqu'à Dazir, puis...
Un autre bateau me fera traverser le détroit.
- Je te prépare des provisions pour le voyage, alors.
- Merci, Anna.

Je monte dans ma chambre pour prendre mes affaires, un sac de voyage, une bourse pendue à mon cou, et une bonne épée en acier Daskarienne, à la lame fine et légère, qui me permet des attaques toutes en finesse et rapidité. Le fourreau est accroché à mon ceinturon, à gauche, et un autre, à droite, contient une simple dague.
Il y a cinq jours, cette lame a percé le cœur d'un sembleur. Mon troisième en deux mois. J'espère ne plus en rencontrer. Leur cœur est leur seul point faible. Et ces créatures des ténèbres le défendent bien. J'ai eu beau rassurer Anna, les routes sont devenues moins sûres cette année, mais heureusement, le petit bout de chemin que je dois faire se situe dans la partie la plus civilisée du royaume.
Mon épée ne devrait pas sortir de son fourreau avant plusieurs semaines, au moins.
Je redescends et fais la bise à Anna, ma deuxième mère, depuis dix ans, déjà.
- Sois prudent, surtout.
- Toujours. Je te ramènerai un souvenir.
- Ramène-toi toi-même en bonne santé, ce sera le plus beau des cadeaux.
Je lui souris.
- Que la Lumière éclaire tes pas, Ludvik.
- Qu'Elle brille sur ton destin, Anna.
Je sors de l'auberge et commence mon voyage, un de plus, même si ce sera là le plus long que j'aie fait jusqu'à présent.

Le village de Valsein s'éloigne derrière moi, tandis que je marche d'un bon pas dans la douceur matinale. La route est fréquentée, et j'obtiens rapidement d'un paysan qu'il me prenne à bord de la charrette qu'il conduit jusqu'à Brunelys. Vers midi, je le laisse pour me restaurer à Lusdar et me régale d'un bon ragoût.
Restauré, je ressors de l'auberge pour reprendre ma rouge. C'est un peu plus loin que je vois un attroupement. Des gardes sont en train de mettre un corps sur une carriole.
- Bien le bonjour, messieurs. Que se passe-t-il ?
La garde du coin me connaît, pour la plupart d'entre eux, et nos relations sont cordiales.
- Un fermier qui a été tué. Il y a de plus en plus d'attaques de brigands en ce moment, dit-il en secouant la tête.
- Je vois. Je ferai attention, dis-je. Moi qui pensais que cette route était sûre, je commence à m'inquiéter pour la sécurité de Valsein.
- On les aura, ne vous en faites pas. Le Roi a décidé d'envoyer des renforts de l'armée pour les traquer.
Je les salue avant de reprendre ma route, un peu anxieux tout de même. Mais c'est à Erdink que m'attend une autre nouvelle : un mage a été assassiné sur un navire à quai, le Vélune. Le mage était étranger, il venait du royaume Sandrosi, et était apparemment puissant, d'après les mages enquêteurs de la garde.
Je me demande s'il n'y a pas un lien entre les deux affaires. Je reporte mon voyage un moment, tentant d'en savoir plus. Peut-être y a-t-il un nouveau sembleur dans les parages ?

Je décide d'aller voir mon ami Karl. Le sorcier a plus d'un tour dans son sac, et il pourrait peut-être m'aider. Il m'écoute raconter mes craintes, et réfléchit un moment.
- Je respecte ton intuition, Ludvik. Je vais t'aider. Mon apprenti Cédric t'apportera sa magie.
- Cédric ? Mais...

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