Récits érotiques - Slygame
Une femme ordinaire (hétéro) - Terminé - Version imprimable

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Re : Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 26-08-2020

(26-08-2020, 09:32 AM)emmanolife link a écrit :Tiens, un nouveau personnage, Camille, qui n'a pas l'air d'avoir la langue dans sa proche. Une sorte de dialogue intérieur entre deux parties de lui-même ? Camille, c'est la partie qui observe et prend un peu de recul. L'autre, c'est celle qui bande !
Hello Emmanolife,
Bien vu.
Camille a déjà fait plusieurs apparition dans ce roman. C'est d'ailleurs sur elle que repose le premier chapitre.
A+
JKF


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 26-08-2020

CHAPITRE XII (Suite)


Arrivé au bureau, je passe saluer mes collaborateurs. L’ambiance est moins véhémente que d’habitude. Je n’y prête pas trop attention. Jean semble préoccupé. Sarah plutôt assez distante et Marion égale à elle-même. Sarah passe me voir.

- Pascal, c’est possible qu’on se voit tout à l’heure. Je voudrai te parler.
- Oui pas de problème Sarah. Maintenant si tu veux ?
- Non, ce midi ou ce soir. Je préfère un endroit neutre si possible.
- Alors je t’invite déjeuner à l’extérieur. Je passe te prendre à onze heures trente. Un restaurant fruits de mer, ça te va ?
- Oui merci Pascal. Ça ira très bien.

Je me demande ce que Sarah a à me dire de si particulier. A l’heure dite, je passe la tête dans entrebâillement de sa porte.

- On y va ?
- On y va me répond Sarah avec un sourire un peu crispé.

En voiture, Sarah ne dit mot. Elle est jolie avec une petite robe blanche courte qui moule à la perfection ses seins que je devine entièrement libres sous le tissu distendu. Ses jambes toutes bronzées tranchent avec la couleur de sa robe. Ses chaussures à talon sont de bon goût. C’est une très belle femme. Je n’avais pas remarqué mais cette tenue ressemble comme deux gouttes d’eau à celle que porterait Marion.

- C’est en rapport avec Marion ?
- Oui et … jean aussi.

Je me gare sur le parking du port, près des étais où les pécheurs vendent le poisson capturé la nuit précédente. Le restaurant domine la piste de l’aéroport et l’estuaire de la Canche. J’invite Sarah à prendre place sur une table en terrasse face à moi.

- Alors ?
- Pascal. Je pense quitter mon poste. J’ai beaucoup discuté avec Marion et un peu avec Jean aussi. En fait, je suis perdue. Je ne sais plus comment faire ni même vers qui me tourner. J’aime bien la fonction que tu m’as confiée. Je m’y sens à l’aise, j’aime l’ambiance de l’équipe mais ce week-end avec Marion, tout a basculé. Ce n’est pas évident à dire et encore moins à un homme qui est de surcroît mon employeur.

Sarah reprend son souffle et continue.

- Voilà. Je suis sortie avec Jean lors du premier pique-nique. Lorsqu’on vous a quittés au bord de la piscine, nous nous sommes retrouvés chez moi. On a beaucoup discuté, beaucoup bu aussi et Jean est resté dormir. Après cette première nuit, il s’est fait plus insistant. Pour moi c’était plus une aventure d’un soir. Il était gentil, attentionné et je n’ai pas voulu l’éconduire de suite. Lui est tombé amoureux. Au début c’était agréable mais je me suis vite rendu compte qu’il faudrait tôt au tard mettre un terme à cette relation.

Sarah s’arrête. Elle me fixe des yeux, presque gênée. Elle poursuit.

- Samedi dernier, lorsque je suis allée chez Marion. J’étais soulagée à l’idée que Jean ne pouvait pas venir. Mais je n’avais pas prévu de me retrouver en tête à tête avec Marion. Je pensais que tu serais là. Et tu as tardé à arriver. Marion est surprenante. Et lorsqu’elle s’est déshabillée pour se baigner toute nue dans la piscine, j’ai relevé le défi. A la sortie de la piscine, on a commencé à s’enduire de crème solaire et de crème solaire en crème solaire elle s’est rapprochée de mes seins, de mes cuisses, de mes fesses, de mon sexe. Je n’ai jamais eu de penchant lesbien hormis pendant mon adolescence où je voulais surtout m’assurer que le plaisir que je ressentais quand je me caressais était bien normal. Mais là, avec Marion, c’était si bon, si doux, si agréable que je me suis laissée faire. J’étais comme sur un nuage de volupté. Cette après-midi-là, avant que tu n’arrives, j’ai jouis trois fois d’affilées, des jouissances immenses, royales, de celles qui te laissent pantoises, le corps en feu, le sexe toujours avide de caresses avec l’envie irrésistible de revivre au plus vite ce plaisir incommensurable. Jamais auparavant la langue d’un homme, ses doigts ou même son sexe ne m’avaient procuré pareil plaisir. Je suis restée dormir chez Marion et pour la première fois, je me suis abandonnée à son propre plaisir. Elle m’a accompagnée dans sa jouissance. J’étais maladroite. Elle m’a guidée. Je voulais qu’elle éprouve autant de plaisir qu’elle avait su me donner.

Sarah continue.

- Si je te raconte tout ça, c’est parce que je suis tombée amoureuse de Marion. Quand je l’ai quittée au petit matin, mon sexe en redemandait encore, pour te dire. Le problème c’est que Marion considère cet épisode comme un simple flirt sans lendemain. Elle n’a pas de sentiment amoureux envers moi. Alors je ne sais plus quoi faire. Je ne veux pas créer de mal-être au sein de l’équipe donc je préfère partir.

- Sarah, c'est surprenant. Je ne m'attendais pas à des confidences de cette nature et avec autant de naturel. Je pense qu’il t’a fallu beaucoup de courage pour te décider à m'en parler. Je comprends que c’est loin d’être évident. En revanche, ce que je ne saisis pas, c’est ce que tu attends de moi ?
- Je … Je voudrais savoir si tu es d’accord pour que je parte.
- Sarah, si tu veux démissionner je ne suis pas en droit de m’y opposer. Ce choix t’appartient. Maintenant, si tu me demandes si je cautionne le fait que tu veuilles démissionner, la réponse est évidente de mon côté. C’est non. Tu es trop précieuse pour le projet et si on a pris de l’avance c’est en partie grâce à toi. Je te l’ai déjà dit. Tu es quelqu’un que j’apprécie énormément sur le plan professionnel et personnel aussi. Je comprends tes motivations. Elles sont honorables. Mais au-delà de tout cela, arrêter un job comme celui-là, pour les raisons que tu me donnes, c’est juste déraisonnable. Enfin, c'est mon avis personnel. Je suis sûr que tu as le potentiel pour tirer le meilleur parti de ces expériences. Donc pour résumer, moi je te demande de rester avec nous. J’ai trop besoin de toi.

Sarah est perdue dans ses pensées. Ses yeux sont brouillés. Elle est au bord des larmes. Je lui prends sa main.

- Sèche-moi ces vilaines larmes avant qu’elles ne ravagent ton joli visage. Alors tu restes ?
- Je ne sais pas. Il faut que je réfléchisse encore.
- Si tu veux, je te mets en congés exceptionnel d’ici la fin de la semaine. Ça te permettra de faire le point avec toi même et de prendre le recul nécessaire. Ça te va ? Tu as mon téléphone perso. Tu m’appelles quand tu veux.
- Merci. Merci beaucoup Pascal.

Le reste du repas fut beaucoup plus détendu.

- Et toi avec Marion ?
- Oh il n’y a pas grand-chose à dire. Lorsque vous êtes partis, Marion m’a entrepris selon un scénario proche du tiens mais sans crème solaire puisqu’il faisait nuit. Moi aussi je me suis laissé prendre à son jeu et j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié. Elle ne m’a pas caché son côté bisexuel et de fait, je n’ai pas été surpris lorsque je vous ai vu toutes les deux au bord de la piscine. Marion recherche le plaisir. Après, que ce plaisir lui soit donné par un homme ou une femme n’a pas réellement d’importance à ses yeux. Marion ne cherche pas d’attache. C’est une femme libre qui veut rester libre. Il faut prendre ce qu’elle donne et ne rien demander de plus.
- Tu veux dire que tu continues à la voir ?
- Non. Peu de temps après cette expérience, j’ai rencontré une femme d’exception. Une femme comme on a très peu l’occasion de rencontrer.
- Le grand amour tu veux dire ?
- Oui et non. J’ai le sentiment que c’est encore plus fort que ça. C’est surprenant, dantesque. Je ne trouve pas les mots pour décrire ce que je ressens.
- Tu as beaucoup de chance Pascal. Moi j’aurai aimé avec Marion mais ce n’est pas réciproque.
- Avec Marion, d’après ce que tu me dis, il n’y a eu que du plaisir physique. Elle t’a fait connaître l’autre versant de la jouissance, celui que peu de femmes connaissent. Enfin, je ne sais pas exactement. C’est difficile à dire. Nous les hommes, lorsque nous faisons l’amour on pense vous amener au plaisir suprême et tu es en train de me dire qu’il existe un niveau de jouissance supérieure encore plus puissant. Ça laisse songeur.
- Peut-être que vous vous débrouillez mal tout simplement ?
- Ah c’est effectivement une possibilité mais mon esprit macho écarte cette hypothèse. C’est d’ailleurs rigolo parce que Marion m’a avoué que pour le cunnilingus, je n’étais pas encore à la hauteur d’une femme et évidemment ça interroge. Tu en penses quoi toi ?
- Je pense que vous arrivez un peu trop souvent comme des gros lourdauds. Le cunni n’est pas obligatoirement un préliminaire à la pénétration. C’est un acte sexuel à part entière. Beaucoup d’hommes n’ont pas intégré cela. L’envie de pénétrer, de dominer est trop ancrée en eux. Entre femmes, il n’y a pas de pénétration au sens propre du terme. C’est la conjonction du mental, de la langue et des doigts qui procure le plaisir. Marion m’a fait redécouvrir l'immensité du potentiel de mon sexe. C’était puissant, énorme, gigantesque. Cette vague qui submerge tout, ce plongeon dans l’infini tant le plaisir est immense. Cette sérénité juste après la jouissance. Un espace de vie où l’esprit et le corps vibrent au diapason, en parfaite harmonie.
- Ça donne envie. Je n’ai pas le sentiment que nous les hommes nous sommes capables d’atteindre ces sommets mais je peux me tromper.
- Les hommes sont souvent aussi trop pressés. Le cunnilingus demande de prendre son temps. C’est aussi ce que Marion m’a révélé. Passer la langue au bon endroit au bon moment et lorsque le corps se langui, continuer à titiller la zone érogène jusqu’à la jouissance. Le plus important, c’est d’être à l’écoute de l’autre. Je t’apprendrai si tu veux.

Sarah rit de bon cœur. Je comprends que sa proposition est juste amicale et qu’elle n’a rien d’une véritable demande.

- Ah ben voyons. Tu es quand même gonflée comme nana toi !!!

On quitte la table. Sur la route du retour, Sarah se tourne vers moi avec un sourire empreint de gentillesse.

- Ma proposition, c’était de l’humour.
- T’inquiète. J’avais compris. Mais quand même tu es trop espiègle toi. J'aime beaucoup.
- Je suis contente d’avoir pu discuter librement de tout cela avec toi. C’est rare d’avoir ce genre de discussion, et encore plus rare avec un homme. J’ai beaucoup apprécié. Je pense que tu es un mec formidable, le genre de mec qu’on aimerait avoir plus souvent auprès de soi.
- Je te retourne le compliment Sarah. Je pense aussi que tu es une femme géniale et me séparer d’une femme de ta trempe, c’est toujours un grand déchirement. Alors si tu pouvais rester avec nous …
- Merci Pascal. Je vais terminer cette après-midi ce que j’ai commencé ce matin et je veux bien prendre quelques jours pour faire le point avec moi-même. Je te recontacte dès que j’ai remis un peu d’ordre dans ma tête. Mais c’est déjà beaucoup plus clair dans mon esprit.


- °° -



Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 26-08-2020

CHAPITRE XII (Suite)


Dans l’après-midi, Marion profite d’une pause-café pour aborder le sujet.

- Tu as vu Sarah ?
- Oui. Elle m’a parlée. Tu en penses quoi toi de ton côté ?
- J’allais te poser la même question. Sache que je suis confuse d’avoir provoqué cette situation. Je n’avais pas tous les tenants et les aboutissants. Ce qui est fait est fait, difficile de revenir en arrière. Il faut maintenant arriver à recoller les morceaux. Vu ce qu’elle m’a dit cette après-midi, je pense que tu ne t’en es pas trop mal sorti. Je suis vraiment désolée de t’avoir impliqué même indirectement dans cette situation pour le moins embarrassante.
- Tu ne pouvais pas savoir Marion. Les réactions des uns et des autres sont parfois surprenantes. A priori tu l’as bouleversée sexuellement. J’ai bien vu que tu faisais dans le haut de gamme mais à ce point ...
- Si tu as des regrets, … n’hésite pas me dit-elle avec un large sourire complice.
- Oui je sais Marion. Tu me l'as déjà proposé. J’ai décidé d’arrêter de batifoler à droite et à gauche pour me stabiliser sentimentalement.
- Ok, comme tu veux. Pour revenir à Sarah, on a trouvé un compromis toutes les deux. On continuera à se voir de temps en temps juste pour l’entretien. Elle fera un effort pour tenter d’écarter les sentiments qu’elle me dit éprouver pour moi. Je crois que passé quelques jours, elle reprendra pieds. En revanche, je suis plus inquiète pour Jean qui a du mal à accepter la rupture.
- C’est aussi mon inquiétude. Et comme ils travaillent ensemble, il faudra veiller à ce que les relations ne se dégradent pas. La vie privée ne doit pas impacter les intérêts professionnels. J’ai confiance en Sarah pour cela, un peu moins en Jean. A voir.
- Passe ce soir à la maison. On rediscutera de tout cela autour d’une coupe.
- Impossible ce soir Marion, je suis pris. Demain si tu veux.
- Ok pour demain Pascal. Sarah sera avec nous. Passe une bonne fin de journée.
- Merci Marion. A demain alors.


- °° -



Re : Une femme ordinaire (hétéro) - grostimido - 26-08-2020

Bonsoir jkf,

Tes deux chapitres sont super merci

Je vois que Pascal appris une petite leçon de cunni de la pars de Sarah? il n'y a plus cas le faire à Alice  Smile Smile Smile

merci


Re : Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 26-08-2020

(26-08-2020, 08:45 PM)grostimido link a écrit :Bonsoir jkf,

Tes deux chapitres sont super merci

Je vois que Pascal appris une petite leçon de cunni de la pars de Sarah? il n'y a plus cas le faire à Alice  Smile Smile Smile

merci
Hello GrosTimido,
Toute expérience est bonne à prendre.  Wink
A+
JKF


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - takethelongwayhome - 27-08-2020

Suites géniales.
Mais ça sent le traquenard la soirée avec Marion et Sarah!


Re : Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 27-08-2020

(27-08-2020, 01:12 AM)takethelongwayhome link a écrit :Suites géniales.
Mais ça sent le traquenard la soirée avec Marion et Sarah!
Hello Takethelongwayhome,
Effectivement. Il faudra être vigilant.
Prises une à une elles sont super coquine mais à deux ...
A+
JKF


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - bech - 27-08-2020

Je m'étais aussi absenté d'internet quelques jours.

Pas mal de chapitres récemment. Les relations entre Pascal et Alice sont de plus en plus amoureuses.

Par contre au boulot, Marion en fait trop pour dévergonder ses collègues des 2 sexes.

Je ne pensais plus à Camille, mais l'allusion au fait qu'elle reste de marbre me l'a rappelée.


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 27-08-2020

Hello Bech,
Merci pour tes commentaires.
Pour Marion, de mon point de vue, c'est le rôle des épicuriens d'essayer et si ça fonctionne d'aller chercher le plaisir, le cueillir là où il peut encore être enfouis ou même disponible, et le consommer afin de sublimer les sens.
Oui Camille réapparaît de temps en temps, perchée sur son piédestal.
A+
JKF


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - curieux - 27-08-2020

Bonsoir jkf
Belle suite pour ton retour. Mais le cercle de nanas s'agrandit, bientôt il va falloir réfléchir pour les positionner.
C'est toujours aussi beau.


Re : Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 27-08-2020

(27-08-2020, 06:45 PM)curieux link a écrit :Bonsoir jkf
Belle suite pour ton retour. Mais le cercle de nanas s'agrandit, bientôt il va falloir réfléchir pour les positionner.
C'est toujours aussi beau.
Hello Curieux.
Merci pour ton commentaire. Le cercle des nanas est resté tel quel pour l'instant.

Les positionner, les positionner. Bon sang mais c'est bien sûr.

Camille est sur son piédestal, toujours aussi intrépide et lapidaire.
Marion rêve de plaisirs intenses quel qu'en soit l'origine pourvu que ça fasse du bien.
Sarah veut la jouissance exceptionnelle et l'amour, mais surtout la jouissance.
Julie cherche à attraper le bonheur au vol même si ce n'est pas le sien.
Alice ne voit que par Pascal et Pascal ne voit que par Alice. C'est deux là, c'est vraiment quelque-chose.
Johanna est perdu dans les sous-vêtements du magasin dans lequel elle travaille.
Mme Dupont, ça fait un p'tit moment qu'on en entend plus parler.
La serveuse du bar a les tétons excitées par la fraîcheur qui commence à s'installer.

Ben voilà l’échiquier féminin positionné. 8)
A +
JKF


Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 27-08-2020

CHAPITRE XII (Suite)


Dix-huit heures cinq minutes. J’arrive au centre équestre pour mon deuxième cours d’équitation.

- J’en aurais mis ma main à couper que tu serais en retard et pas la peine de me sortir les excuses du genre les touristes, les bouchons ou je ne sais quoi. S’il y a une chose dont j’ai horreur c’est d’attendre. Alors, la prochaine fois tâche d’être à l’heure.
- Bonjour Julie.

La petite Julie tumultueuse vient de se rendre compte de son impolitesse. Elle reste quelques secondes embarrassée.

- Bonjour Pascal. Excuse-moi. Je me suis emportée.
- Il n’y a pas de soucis, Julie. Ça arrive à tout le monde. On y va ?

Julie s’est radoucie et dans mon fort intérieur, je jubile. J’ai marqué un point.

- Aujourd’hui, tu vas monter. Si tu te débrouilles bien, ton challenge a des chances d’être tenu. Dans le cas contraire, ce serait trop dangereux de te laisser partir seul en promenade. Tu comprends ?
- Je ne serai pas seul.
- Ah oui, j’y suis. Tu veux monter avec Alice. Je n’avais pas fait le rapprochement.
- Oui, c’est cela. L’objectif, c’est de pouvoir me balader avec Alice sur la plage. Je voudrais lui faire la surprise la semaine prochaine, un peu avant qu’elle s’absente.
- Je comprends mieux maintenant et tu fais bien de me le dire. J’ai failli gaffer cette après-midi lors de son entraînement. D’ailleurs, je ne sais pas ce que tu lui as fait mais elle a changé du tout au tout. Avant elle était peu expansive, plutôt renfermée sur elle-même, très distante, presque sauvage. Elle ne parlait à personne et là, elle est resplendissante, étincelante, joyeuse, heureuse. Je ne l’ai jamais vue comme ça. Elle m’a dit qu’elle prendra quelques jours de repos la semaine prochaine. Au début, j’ai pensé que vous partiez ensemble et puis lorsqu’elle m’a informée que tu viendras parfois rendre visite à « Voie-Lactée », j’ai compris que tu n’étais pas de la partie. Tu sais où elle va ?
- Elle m’a dit qu’elle passait voir ses parents. Tu crois que ça va être possible qu'on puisse se promener Alice et moi à cheval sur la plage ?
- Ben on va voir ça tout de suite Pascal. Allez, en selle.

Un cheval, l’air de rien, c’est haut et la première difficulté c’est pour commencer, de grimper dessus. La seconde étant d’y rester. Julie m’aide. Je suis gauche. Elle rit de bon cœur lorsque je manque de m’affaler par terre. Julie est professionnelle et ça se sent de suite. Elle ne me parle pas technique mais communication, rapport de force, perception, compréhension, confiance. Le cheval est au centre de ces ingrédients et pour que la recette fonctionne, l’homme et l’animal doivent être en phase. C’est la solution. La technique vient après. Julie a quitté son air revêche. C’est maintenant une jolie femme qui s’applique, qui recherche la perfection, qui maîtrise l’art de son métier. Elle me fait monter, descendre du cheval, marcher à ses côtés. Elle m’explique comment l’amadouer, le rendre confiant et c’est surprenant de connivence.

Je me rends aussi compte que sous ses airs acariâtres, il y a un cœur d’or et tout ce que Julie avance sur les chevaux correspond presque, point pour point, à ce qu’elle espère un jour rencontrer chez un bipède. Dire que sur cette planète il y a tant de femmes et d’hommes dépariés et qu’il faudrait probablement un tout petit rien pour faire coïncider les uns avec les autres, pour créer un soupçon de bonheur entre eux, quel que soit le mélange.

Pour moi, c’est réglé. Mon cœur est pour Alice. Mon corps est pour Alice, mon esprit est aussi pour elle-même si parfois, volage il est capable de s’évader pour mieux y revenir. Elle est l’élue, l'unique, l'amour de ma vie, l'amour d'une vie. C'est gravé dans mon ADN. Je n'y peux rien, c'est comme cela. Et j’ai conscience qu'il n'y a pas d'autre place libre dans mon cœur. Pourtant, il doit bien y avoir des autres "moi" à proximité pour conquérir les cœurs délaissés, ceux qui le méritent, ceux qui me peinent quand je les regarde, ceux qui comme Julie ou Sarah espèrent et ne trouvent pas. Pourquoi ?

Il est vingt heures. Je prends congé de Julie. Rendez-vous est donné pour demain en fin d’après-midi. Je suis content. Julie m’a dit que je m’étais plutôt bien débrouillé, même si certaines figures relevaient d’un coup de chance inespéré pour éviter que j’aille brouter le gazon. Je ferai mieux demain.


- °° -



Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 28-08-2020

CHAPITRE XII (Suite)


- Bonjour mon chéri. Tu rentres tard, ce soir ?
- Bonjour ma puce. J’ai eu une journée très chargée.
- Moi aussi. C’était une journée compliquée. On commence à avoir des patients en réanimation, avec le Covids-19 qui revient et c’est loin d’être terminé. Je suis fatiguée mais je suis contente que tu sois là. Embrasse-moi.
- C’est bizarre !
- Quoi donc ma chérie ?
- Tu sens le cheval, l’écurie !!!
- Ah oui en effet c’est bizarre. Non en fait pas tout à fait. Je suis passé voir « Voie-Lactée » et je suis tombé sur Julie. Elle m’a dit que tu t’es entraînée cette après-midi. Elle me donnera au besoin des conseils au sujet de ta jument pendant ton absence.
- Conseiller, d’accord mais pas de trop près quand même. Elle a tendance à prendre ses aises avec les mecs des autres, enfin ceux qu’elle trouve à son goût et j’ai cru comprendre que tu rentrais dans cette catégorie.
- Tiens, tiens. Ma puce un tantinet jalouse ? J'adore. Tu sais bien qu’aucune femme n’arrive à ta hauteur et même s’il y avait encore mieux, je suis trop heureux avec toi pour ne serait-ce qu’envisager une aventure avec n’importe quelle autre, aussi sublime soit-elle. Mais c’est rigolo. Bon c’est vrai aussi qu’elle est plutôt mignonne. Humm !
- Oh toi, je vais te mettre un fil à la patte. Tu feras moins le malin.
- Je vais prendre une douche et je te retrouve dans la cuisine pour préparer le repas.
- Le repas, c’est fait mon chéri. Va prendre ta douche vil chenapan et reviens-moi vite. Je t’aime.


- °° -



Re : Une femme ordinaire (hétéro) - jkf - 28-08-2020

CHAPITRE XII (Fin du chapitre)

Juste après le repas, Alice me regarde. Je lui connais ce regard sérieux. Celui qui ne laisse plus court à l'humour. Elle prend son courage à deux mains. Je sais qu'elle va m'annoncer quelque chose d'important, de difficile. Je sais aussi que je vais souffrir pour elle et j'ai juste le temps de m'attacher pour éviter de plonger mes yeux dans les larmes de mon corps.

- Je t’avais promis une soirée coquine ce soir mais je suis fatiguée et je n’ai pas trop le moral. Je suis convoquée pour mercredi en huit. Je suis super angoissée. Avant je n’avais pas peur de mourir mais depuis que tu es là, je me dis que ce serait vraiment trop injuste. Un bonheur comme celui que tu me donnes, ça n'a pas de prix et ça ne peut pas être que pour quelques mois. C’est juste pas possible. Je ne sais pas comment gérer ce stress, vivre avec autant d’incertitudes sur l’avenir. Je voudrais comme les autres pouvoir me projeter en avant mais je n’y arrive pas ou je n’ose pas. Je voudrais des enfants, une jolie maison et un compagnon pour partager toute cette joie de vivre. Le compagnon, j’en suis certaine maintenant, c’est toi. C’est ce que j’ai de plus précieux à ce jour, et je me dis à deux, qu’on a déjà fait le plus compliqué, celui de s’être trouvés l’un l’autre. La maison, les enfants, tout cela reste accessoires et même si on en a pas, on fera sans. Mais partir alors que je viens à peine de goûter au bonheur, c’est juste impensable. Je me dis aussi que si ça tourne mal, je vais te laisser, toi sur le bord de la route, tout seul comme un grand. J’ai peur Pascal que tu ne sois pas suffisamment préparé pour le mal que je risque de te laisser en héritage. Je suis terrorisée par cette idée même si j’essaye de ne pas trop y penser.

Elle continue.

- Le cancer que j’ai, c’est une rechute. C’est plus compliqué. C’est aussi beaucoup plus hasardeux pour la guérison. Le corps humain dispose d’un certain nombre de défenses, des boucliers qui le protègent des agressions. Ces protections, je n’en ai plus beaucoup. On m’a retiré les principales la première fois. Et maintenant, que la tumeur est réapparue, on ne sait plus dire si les cellules malignes se sont propagées ou non dans mon organisme. Il faudra attendre l’opération chirurgicale. Quoi qu’il en soit, il faut faire vite. Chaque jour qui passe me condamne un peu plus. Si les cellules cancéreuses sont restées cantonnées dans les seins, l’ablation va régler le problème et je pourrais continuer à vivre. Dans le cas contraire, les métastases vont se répandre un peu partout dans mon corps et me grignoter de l'intérieur. On peut médicalement ralentir le processus mais ce n’est qu’un répit de quelques jours, quelques semaines voire un ou deux mois tout au plus. Selon les organes touchés, ça peut être très rapide ou ça peut prendre un peu plus de temps. On ne sait pas encore prévoir à l'avance.

Alice poursuit.

- Dans mon cas, ils ont plusieurs options. Soit diminuer l’étendue des tumeurs par chimiothérapie pour tenter de préserver mes seins mais en situation de récidive, ils ne sont pas chauds. Soit procéder à l’ablation pure et simple. Si je dois passer par la chimio - c'est là où je devrais commencer à perdre mes cheveux - je partirais pour huit à dix mois de traitement sans aucune garantie sur mes chances de succès. Et si au final ça ne marchait pas, je devrais quand même me les faire enlever. L’ablation, c’est l’option radicale. Je n’aurai plus de sein. C’est une amputation physique et morale. J’avais déjà du mal avec ma poitrine déformée et là, je m’aperçois que tout compte fait, même s’ils sont horribles, j’y tiens encore beaucoup. Quand tu poses ta main sur eux, j’adore. Je me dis qu’il faut que j’en profite parce qu’après, ce sera définitivement terminé. Je n’aurai plus de sensation. Il faudra bien que je m’y fasse là aussi. Mes démons vont probablement revenir au galop. Moi, j’y arriverai. De toute façon, je n’aurais pas réellement le choix mais toi, devant mon corps encore plus meurtri qu’il ne l’est déjà, je ne sais pas. J’ai confiance mais j’ai peur aussi de ne plus être désirable à tes yeux. Pour l’instant, ils ne savent pas me dire si je pourrais bénéficier d’une reconstruction immédiate des seins au moment de l’opération. Ce serait la solution idéale. Mais si la reconstruction est différée, il me faudra vivre une ou deux années sans seins. Je n’ose même pas y songer.

Un éclair illumine la tristesse qui a envahie son visage d'Alice.

- Après, si tout va bien, si tu es dégourdi, et si tu en as toujours envie, tu pourras commencer à m’acheter des sous-vêtements grandes tailles. Évite les strings. Même si j’y prends goût, avec un gros ventre ça pourrait vite devenir compliqué. En attendant, je suis en ménopause forcée de ce côté. Je plaisante mais j’ai une trouille bleue de ne pas avoir le temps de voir tout ça. J’avais besoin de t’en parler, Pascal. J’ai cru que je n’y arriverai pas. Et puis tout compte fait, c’est factuel, sans larme, sans dramatiser. Tu es la seule personne avec qui j'évoque ce sujet. Même mes parents n’en savent pas autant, d’ailleurs ils ne savent presque rien parce que je ne veux pas les inquiéter. Ils ont déjà beaucoup donné eux aussi. Maintenant, j’ai vraiment envie d’être tout contre toi. Laisse-moi une petite place. Oui, là. Pousse-toi gros coquin, tu prends toujours toute la place.

J’ai écouté Alice sans rien dire. Chaque mot est un nouveau pieu qu’on martèle dans mon esprit, dans mon corps tout entier. J'avais prévu que ce serait difficile et j'ai réussi à ne pas craquer, à rester stoïque. Je me pousse un peu juste pour la faire râler. J'aime quand elle râle, c'est toujours avec une délicatesse somptueuse.

- Tu sais ma puce, tes seins, je comprends que c’est important pour ta féminité. Mais ce qui compte le plus à mes yeux, c’est toi, ta guérison, ton sourire, ta bonne humeur, ta joie de vivre malgré le glaive qui tourne au-dessus de ta tête. Pour moi ta force est réconfortante parce que je sais que tu vas te battre. Et j’admire ta sérénité mentale. Ce qui peut arriver dans les mois qui viennent, j’y pense mais ce n’est pas ça qui m’empêche de continuer à vivre avec toi une aventure hors du commun. Et j’espère bien que cette aventure pourra consolider les fondements même de notre couple pour encore très longtemps. Je suis content que tu en parles. J’y vois plus clair moi aussi et ensemble, main dans la main, nous allons pouvoir poursuivre le chemin. Je t'aime. Ne crois pas que je radote même si ça fait au moins dix mille fois que je te le dis. Je t'aime très fort ma puce.

- On va essayer de dormir mon chéri sinon demain on aura une tête de déterré tous les deux. Serre-moi fort dans tes bras.
- Bonne nuit ma princesse.
- Bonne nuit mon amour, fais de beaux rêves.


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Re : Une femme ordinaire (hétéro) - bech - 28-08-2020

Alice a très bien senti que Pascal a passé du temps avec un cheval (ou plusieurs).

Elle fait le point de manière pragmatique sur les risques des prochains mois.

Pour le projet de la maison avec des enfants, c'est du long terme. Donc, si elle est en vie dans un an ou deux, il sera plus facile de se projeter vers l'avenir.