Bonjour Invité

inny-2

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Le septième monde (fantastique avec personnages gays, inachevé)   
Récit initialement publié sur un autre forum sous le nom d'auteur inny du 23 juillet 2011 au 16 mai 2013.

Ce récit est la suite de La Porte des Mondes, qui s'inscrit dans le cycle d'Outremonde commencé avec le récit Deux mondes et qui s'est poursuivi dans Les chroniques d'outremonde.

inny-2

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Prologue

Année 2275, en orbite terrestre.

- VSX-01 à Contrôle, tout est au vert, dis-je après avoir fini la check-list du vaisseau.
Je suis seul aux commandes de ce prototype d'un genre unique. Car il n'est plus question de se traîner dans l'espace pour aller d'une planète à l'autre. Cette fois, nous allons beaucoup plus loin.
- Très bien, VSX-01, vous pouvez commencer la procédure de translation.
Je commence à enclencher un à un les différents systèmes, et à m'assurer que tout se passe bien. Normalement, la procédure aurait dû être entièrement automatique, mais on n'a pas voulu, en haut lieu, laisser faire une machine. L'humanité, à notre époque, a peur de perdre le contrôle. Ça avait bien failli... mais je dois me concentrer sur ce que je fais.
- Opacification de la verrière, terminée. Scanner dimensionnel enclenché. Propulseurs en chauffe, accélération dans le vert. Moteur de translation en veille. Vitesse nominale acquise dans douze secondes... cinq... top ! Activation du moteur de translation. Le scanner indique une déchirure droit devant. Je l'atteins... top !
Voilà. À priori, d'après les scientifiques, je ne suis plus nulle part. J'ai franchi la limite de l'univers, et je suis dans un lieu indescriptible. Le moindre coup d'œil dehors me rendrait fou.

- Le scanner indique l'approche d'un monde, je dois arriver en Aliantiel d'ici une petite heure. Je pousse sa résolution pour voir les autres... voilà, il affiche les noms au fur et à mesure. Outremonde, Æstys, Tenerba, Aldania, et ma destination, Aliantiel. Et... euh... il y en a un septième, beaucoup plus loin, et non identifié. Il est à la limite de portée du scanner.
Eh bien, voilà qui est intéressant. Les crânes d'œuf des labos seront contents.
Il y a des masses de choses à faire, on n'a pas voulu me laisser le temps de m'ennuyer. Mais au bout d'une demi-heure, le radar indique quelque chose qui approche de moi. Et c'est gros. Très gros.
- Oh-oh... Un truc est sur une trajectoire de collision, je modifie ma route.
Mais la chose a changé de trajectoire, elle aussi.
- Je suis poursuivi ! Je lance un flash radar pour identification... si ça peut être identifié.
Une puissante émission radar vient se refléter sur l'objet et renvoie des informations détaillées sur ce qui me suit. J'ai du mal à croire ce qui s'affiche sur mon écran.

- Euh... c'est... un dragon ?
Aucun doute à avoir sur l'image que j'ai.
- Oh, bon sang, je suis censé faire quoi, là ? Il est absolument gigantesque, je ne crois pas que mes armes feront autre chose que de le mettre en colère. Et je suis à mi-chemin de la Terre... et il est rapide. Il se rapproche même très vite...
Mais l'être se contente de m'observer de près avant de repartir. Je n'aurais jamais cru pouvoir me réjouir à ce point d'être considéré comme insignifiant.
Je finis par approcher de la barrière. D'après les techs, dans ce sens-là, ça devrait passer tout seul. J'espère bien, sinon, je n'aurai pas le temps de me rendre compte que je suis mort, à cette vitesse.
Mais tout se passe bien, et je me retrouve de nouveau dans l'espace. Et je suis très certainement le premier humain à aller dans l'espace dans ce système.
- Opération réussie ! Je largue les sondes et je repars.
Ces premiers satellites, qui se mettent en orbite autour de ce monde, vont nous offrir une masse d'informations précieuses.
- C'est reparti, retour sur Terre. Si tout se passe bien...
Le voyage de retour se passe heureusement sans incident. La radio crépite de cris de joie tandis que je rejoins la station pour recharger le vaisseau. C'est qu'il reste cinq... non, six mondes.
- VSX-01 à Contrôle. Préparez un chargement supplémentaire, j'ai découvert un septième monde.

KLO7514

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Ah, bien. D'abord, merci Inny-2 pour ce premier chapitre. As-tu pu te reposer? Notre pilote d'aujourd'hui revient donc porteur d'une nouvelle fort intéressante. Mais que va-t-on découvrir  de neuf dans ce monde inconnu avec un dragon curieux en prime?

inny-2

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1 - Laura

106 ans se sont écoulés, et les terriens se sont largement répandus sur Aldania, exploitant les ressources de ce monde, tout en nouant des relations diplomatiques et commerciales avec les autres mondes. Cela a eu une importante influence sur tous ces mondes, même si Franck et les Coureurs d'Ombre ont veillé à ce que l'impact sur Outremonde soit minimal. Ils aiment ce monde tel qu'il est. Les terriens ont étudié, amélioré et surtout utilisé la technologie des Protecteurs pour voyager dans les autres mondes. C'était chose publique - comment garder secret des choses d'une telle ampleur, quand on s'affaire à coloniser un monde entier, qu'on introduit des technologies effarantes, ou qu'on invite des dignitaires... vraiment étrangers, pour signer des accords ?
Mais les terriens avaient oublié un détail. Ils n'étaient pas les seuls à s'intéresser aux voyages dimensionnels.


Mai 2280, à Paris

La fille était bizarre, du genre mystique, cristaux, ondes positives, ce genre de trucs. Ce genre de choses avait repris de l'intérêt avec la découverte des mondes parallèles et de la magie qui y régnait. Elle venait d'ailleurs, m'avait-elle dit, mystérieuse. Peut-être était-elle née sur Aldania ? Mais à vrai dire, je m'en fichais totalement. Tout ce qui m'intéressait, c'était de la mettre dans mon lit. Et c'était bien parti, car elle était montée dans ma voiture qui nous conduisait chez moi.
- C'est joli.
- Quoi donc, dit-elle.
- Ton collier. C'est un saphir ? Je n'ai jamais vu un cristal aussi gros en médaillon.
- Oh ! Si j'avais un saphir de cette taille, tu crois que je le porterais autour du cou ?
- Je ne pense pas, non, dis-je en riant avec elle. C'est quoi ?
- C'est du Chrystal. C'est magique. Il émet du mana tout autour de lui.
- Oh. Ça tombe bien, je te promets une nuit magique.
- Je n'attend que ça, dit-elle. Mais attention, je ne fais rien tant que je ne suis pas confortablement installée dans un lit. C'est mauvais pour le karma.
- Tout ce que tu voudras.

Arrivé chez moi, je la fais rentrer, sourire aux lèvres, tout en l'admirant. Elle était vraiment canon, et j'allais passer une nuit d'enfer avec elle.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non, pas tout de suite.
- Viens, dis-je après l'avoir débarrassée de son manteau.
Je la conduis jusqu'à ma chambre, et j'active discrètement la caméra qui me permettra d'immortaliser ce qui va suivre. Elle se déshabille devant moi, sensuellement, et j'ôte mes propres vêtements tout en l'admirant. Alors que j'ôte mon t-shirt, elle envoie son jean en plein sur ma caméra, zut ! Je finis de me déshabiller avec l'intention de « ranger » les vêtements pour pouvoir filmer de nouveau, mais elle me plaque sur le lit avant de se jeter sur moi. Tant pis...
- Ouah, tu es froide !
- Ne t'en fais pas, je vais vite me réchauffer.
Elle m'embrasse dans le cou, et je sens soudain une morsure brûlante, suivie d'une sensation d'aspiration tandis que mon sang coule à flots dans sa bouche. Mais que...
- Eh ! Mais qu'est-ce que tu fais ?
Je tente de la repousser, mais c'est impossible, elle me tient fermement, avec une force surprenante. Je sens que je m'affaiblis, la tête me tourne, et elle continue à boire...
- Non...

Elle cesse soudain, souriante, resplendissante, mais me regardant froidement.
- Tu as été un vilain garçon, Mathieu.
- Hein ?
- Tu fais chanter les femmes avec qui tu couches, parce qu'elles sont riches, qu'elles ont un mari, et que tu verses du Dizomyl dans leur verre, ce qui les rend très... disponibles. Mais ce soir, tu es tombé sur un prédateur, et pas du genre sexuel.
- Comment... comment savez-vous ça ?
- Une de tes victimes m'a recrutée. Je suis une nettoyeuse, je fais disparaître les choses gênantes. Bon, où as-tu mis tes enregistrements ?
- C'est pas possible...
- Regarde-moi bien... c'est mieux. Où sont-ils ?
- Sur un serveur dédié au Panama...
- Donne-moi les accès... merci. Maintenant, monsieur le maître-chanteur, on va faire un gros dodo... du genre définitif.
- Par pitié...
- Je ne connais pas ce mot. Désolée, mais j'ai encore soif...

Laura

Je rentre chez moi, satisfaite. J'aime ce monde, qui, malgré son ouverture aux voyages dimensionnels, ne croit toujours pas en mon existence. J'ai à ma disposition un troupeau se comptant en milliards de têtes, et aucune concurrence pour me voler mon bétail. Et ma nature magique déroute la police. Je n'apparaissait pas sur les caméras de surveillance, ne projetais pas d'ombre ni de reflets, ne laissais pas d'empreintes digitales, et même les plus sensibles des appareils photos ne pouvaient fixer mon image. Si besoin, je pouvais se changer en brume nocturne et s'éclipser discrètement à travers les regards inquisiteurs. J'étais invincible. Du moins, tant que je gardais mes bagues et mon collier, sertis de Chrystal, qui maintenaient autour de moi le champ magique nécessaire à mon existence.
J'avais appris l'existence de la Terre en interrogeant un diplomate terrien en Aliantiel. J'avais tout de suite compris l'intérêt de la chose. Venir avait été facile. Grâce à mes dons hypnotiques, je m'étais jointe à l'équipe du diplomate lors de son voyage de retour, puis m'étais éclipsée. Depuis, je nageais dans le bonheur. Et en choisissant mes victimes parmi la lie de l'humanité, je m'assurais qu'elles ne seraient pas trop regrettées. La police pensait que j'étais un tueur en série particulièrement habile. En vérité, elle était complètement mystifiée. Je choisissais mes victimes totalement au hasard, dans des lieux différents, après les avoir croisées dans la rue et sondé leur esprit ténébreux. Ces criminels trop sûrs d'eux devenaient pathétiques quand ils se rendaient compte que leur vie basculait si radicalement pour les mener droit vers la tombe.

La nuit suivante, je rencontre le premier véritable problème depuis que j'ai posé le pied sur Terre. Dans la foule que je sonde, je tombe sur un esprit puissant, qui détecte son coup de sonde ! Je me pétrifie, et lui aussi. C'est un beau jeune homme, et j'entends son cœur battre régulièrement. Il n'est donc pas un vampire comme moi. Un télépathe ? C'est inquiétant... et dangereux. Je me devais de le tuer à tout prix.
- Bonsoir, dit-il.
- Bonsoir. C'est la première fois que je rencontre quelqu'un... comme moi.
Il renifle. Se moque-t-il de moi ?
- Vous êtes étrange, dit-il alors, avant de préciser, à son grand effroi : D'après votre température corporelle, vous devriez être morte, d'autant plus que je ne capte pas votre pouls. Vous n'émettez aucune odeur de transpiration, mais vous n'êtes pas inorganique, vous n'êtes donc pas un cyborg. Il ne reste comme possibilité qu'un vampire.
- Mais qui êtes-vous ? Ou plutôt, qu'est-ce que vous êtes, vous ? Réponds-je en tentant de masquer ma panique.
- Appelez-moi Franck. Je suis surpris de voir quelqu'un comme vous sur Terre... ce sont vos bijoux de Chrystal qui vous permettent de vous maintenir ici ?

KLO7514

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Sale temps pour Miss Laura, démasquée par l'ami Franck, le Revenant d'extraordinaires aventures lui ayant permis de bien se connaître lui-même et d'acquérir une prodigieuse connaissance utile en tous domaines et tout spécialement en ce moment précis. Que va-t-il donc proposer à cette étrange fille non-terrienne? Ou bien cette dernière se trouvera-t-elle obligée de se soumettre aux désirs de "M. L'Ingénieur"? Nous le saurons très bientôt.

inny-2

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(suite)

Là, c'en est trop. Je passe en vitesse maximale, et me retourne pour fuir. Sauf que je me heurte à lui. Comment a-t-il fait pour se déplacer si vite ? C'est inhumain !
- Je pourrais vous tuer en un clin d'œil. Inutile de tenter de fuir. Il y a une petite allée plus loin qui mène à une cour intérieure des plus tranquilles. Allez-y, je vous suis. Et si vous vous mettez à courir, je serai de nouveau devant vous.
Je me sens soudain dans la peau de mes victimes, et c'est extrêmement désagréable. Mais je suis tombée sur un prédateur nettement plus sérieux que moi. Aussi, j'entre dans la cour intérieure comme une condamnée allant à l'échafaud.
- Bien, dit-il. Vous allez me dire comment vous êtes venue sur Terre.
- Si ce n'est que ça... j'ai hypnotisé la délégation terrienne en Aliantiel.
- Je vois... c'est logique. Et comment êtes-vous devenue un vampire ?
- Un seigneur vampire m'a pris comme maîtresse pendant quelques dizaines d'années avant de se lasser de moi.
- Vous n'êtes pas une Dame, n'est-ce pas ?
- Non. Ça simplifie les choses. Et vous, qu'est-ce que vous êtes ? Vous n'êtes pas humain. Je sens maintenant quelque chose d'étranger dans votre odeur.
- Un peu de sang draconique, c'est tout, fait-il modestement.

Mon inquiétude croît brutalement.
- Qu'allez-vous faire de moi ?
- J'ai plusieurs possibilités. Vous tuer, ou vous soigner.
- Me... soigner ?
- Il existe en Outremonde une technique de tatouages magiques qui restreignent considérablement la soif de sang des vampires. Et de plus, il leur permet d'affronter le soleil sans en être affecté. Depuis combien de temps ne l'avez-vous pas vu ?
- C'est ridicule, pourquoi vous croirais-je ?
- Parce que si je voulais vous tuer, ce serait déjà fait.
Une épée se matérialise soudain dans sa main. La lame brille d'une lumière blanche éclatante qui me fait mal, et je sens d'instinct que tout contact avec cette arme me serait fatal.
- Non, pitié !
- La pitié ? Je ne sais pas si les vampires en sont capables. Alors, quel choix faites-vous ?
- Je suis d'accord, soignez-moi, et qu'on n'en parle plus !
- Bien.
Il range son arme, et prononce un mot inconnu. Une magie, très puissante, me frappe de plein fouet et me plonge dans l'inconscience.

- C'est fait, me dit une voix lorsque je rouvre les yeux.
J'examine le tatouage, un dragon qui déploie ses ailes comme s'il allait prendre son envol. C'est très beau.
- Pourquoi faites-vous ça ?
- Pour pas mal de raisons. L'une d'entre elles est que vous avez droit à une vie meilleure. Je ne peux pas vous ramener à la vie, je n'ai pas ce pouvoir, mais au moins, vous avez désormais une seconde chance. Vous ne serez plus obligée de tuer pour survivre. Une seule gorgée suffira. Et vos talents hypnotiques feront le reste.
- Je ne comprends pas... je... je ne suis pas quelqu'un de bien, vous savez. J'aime tuer les gens.
- Je suis certain que vous valez bien mieux que vous ne le pensez. Pourquoi ne tuer que des criminels ? Pourquoi être honnête avec moi et me dire que vous êtes une si mauvaise personne ?
- Je... je ne sais pas.
- C'est le fait que je vous offre une seconde chance ? Vous ne pensez pas la mériter ?
J'y réfléchis. De par ma nature même, je n'ai jamais eu le choix, j'ai dû mener une existence de prédatrice, éternellement assoiffée de sang. Comment aurais-je pu faire autrement ? Mais maintenant... une autre vie, vraiment ? Était-ce possible ? Ou bien...
- Soyez honnête. Je n'ai jamais vu une démarche aussi désintéressée, et tout dragon que vous soyez, je n'y crois pas. Alors, avouez-le. Vous avez besoin de moi.
- Je constate que vous n'êtes pas seulement jolie, mais intelligente. Et vous n'avez pas froid aux yeux. Vous aimez vivre dangereusement, pourrais-je même dire. Oser aller sur Terre, un monde sans magie, c'était sacrément osé. Je voudrais vous recruter.
- Me recruter ? Moi ?
- Oui. La Garde Bleue est une ancienne et prestigieuse guilde d'aventuriers, et vous pourriez beaucoup nous apporter... en fait, j'ai réellement besoin de personnes talentueuses pour une opération difficile.
- Je dois y réfléchir, c'est... un peu rapide. Hier encore, j'étais une vampire assoiffée de sang, et maintenant vous me proposez un boulot ?
- Je comprends bien. Si je n'étais pas aussi désespéré, j'aurais pris plus de gants. Prenez votre temps.
- Où suis-je ?
- En Outremonde, sur une île déserte. J'ai pas mal de choses à faire, et je dois vous laisser un moment, mais si à mon retour vous déclinez mon invitation, je vous déposerai sur le monde de votre choix. Si mon retard devait se prolonger, vous trouverez des poches de sang dans le frigo.

Je restai longuement assise à méditer, avant de sortir. J'eus un réflexe de frayeur devant la lumière du soleil, mais je me rendis compte qu'il ne me faisait rien. Peu à peu, je sortis de l'ombre, et sentis pour la première fois depuis des décennies la chaleur du soleil sur ma peau. Je ferme les yeux, m'abandonnant à cette sensation que j'avais oublié. C'était bon. Le monde avait un autre aspect sous la lumière du soleil, un aspect vivant, rieur, qui m'avais été interdit par ma condition. J'avais passé trop d'années dans l'ombre de la mort.
Lorsque Franck revint, tard le soir, je l'attendais dans le salon. Je lève les yeux vers lui, l'évalue.
- Ça a été ? Demande-t-il.
- Très bien. Je vous dois quelque chose et je veux bien vous aider, mais j'aimerais savoir dans quoi je vais m'embarquer.
- J'ai besoin de personnes à même d'aller là où le peuple dragon, dont je fais partie, ne peut pas aller, même s'il unissait tous ses pouvoirs.
- Et où est-ce ?
- Sedrayn, le monde caché. Les dragons disent que seuls eux peuvent aller sur ce monde, mais ce n'est vrai qu'à moitié. Ce monde a deux visages. Les dragons vont sur l'un des aspects, et les humains sur l'autre. J'ignore totalement comment ça se fait, mais tel est le fonctionnement de ce monde.
- Et pourquoi avez-vous besoin que j'y aille ?
- C'est une longue histoire, et j'aimerais attendre d'avoir rassemblé tout le monde pour la raconter. Vous aurez toujours la possibilité de refuser après ça.
- D'accord, je vais prendre mon mal en patience, mais je dois avouer que vous avez piqué ma curiosité.
- Bien... même si c'est la curiosité qui a tout déclenché.
- Vous en avez trop dit, ou pas assez.
- Alors disons que j'en ai trop dit et restons-en là, dit-il avec un sourire.
- Quand arriveront les autres, alors ?
- Dès que possible. Si tu es prête, je vais nous téléporter dans le hall de la guilde.
- Quoi, maintenant ? Je ne me suis même pas maquillée !
- Oh, euh, je n'ai pas...
- Je plaisante. L'avantage d'être une vampire, c'est qu'on est parfaite en toutes circonstances.
- Vous êtes vraiment curieuse...
- Et si on se tutoyait ?

KLO7514

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Ah, voilà que les choses de la collaboration se précisent. Un "rachat" est donc possible pour Miss Laura-la-froide. Comme pour ce jeu de chasse au trésor, je la sens déjà un peu tiédie. Pour qu'elle devienne vraiment "chaude", il faudra certainement du temps et qu'elle puisse se débarrasser pleinement du vampirisme.
N.B : je ne peux m'empêcher de penser au général N. Bonaparte, le fondateur du Premier...vampire!  :D

inny-2

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2 - Christian

Le Havre, sur Terre

- Jean ?
- RAS.
- Marc ?
- RAS.
- Michel ?
- J'ai du mouvement à la fenêtre G7. Une, peut-être deux personnes. Les autres sont RAS.
- Central ?
- L'alarme a été neutralisée, et j'ai pris le contrôle des caméras. C'est vert pour vous.
- OK, on y va, à tous, on y va !
Nos combinaisons dévient la lumière, nous rendant difficiles à percevoir, nous permettant d'entrer dans le bâtiment sans être vus par les sentinelles. Nos armes, silencieuses, neutralisent les gardes sans que l'alarme ne soit donnée. Ils sont armés, ce qui est suffisant au regard de nos ordres pour que nous tirions les premiers. Pour le moment, tout va bien...
- Rez-de-chaussée pacifié. Beta, escalier sud, Delta et Gamma, vous faites le ménage derrière nous. Alpha, avec moi, on monte jusqu'au septième.

Nous grimpons jusqu'à l'étage cible sans rencontrer de résistance. Je fais une pause devant la porte pour lancer un nouveau message.
- Alpha en position.
- Beta en position.
- Go !
J'ouvre la porte et regarde, en quête de cibles, le couloir sur lequel il donne. Je vois deux gardes qui se sont retournés, et les abats silencieusement. Je cours jusqu'à eux, couvert par mes hommes, et m'assure qu'ils sont bien morts. Étonnant, avec tous les moyens qu'a mis le gouvernement pour lutter contre le grand banditisme, qu'il y ait encore des volontaires pour se mettre sur le chemin de nos balles. Ils savent pourtant qu'on ne fait plus de cadeau depuis des décennies, mais la seule chose qui a changé, c'est qu'ils sont beaucoup plus disposés à tuer qu'avant, sachant qu'ils n'ont plus rien à perdre. C'est devenu une véritable guerre, obligeant la police à réaliser de véritables opérations militaires. Il y a une organisation puissante derrière, et elle est prête à tout pour reprendre la main.

- J, K, à droite. S, avec moi.
Je me dirige vers la fenêtre G7 pour neutraliser les personnes qui y ont été repérées. Le plan de l'étage s'affiche sur ma visière, et je cours jusqu'à la porte de la pièce, couvert par Stéphane. J'ouvre violemment la porte, et découvre cinq hommes assis à une table, qui se tournent vers moi en levant leurs armes. Trop lents.
Je fais la jonction avec Beta sans avoir trouvé quoi que ce soit de significatif.
- J'avais raison, c'était bien au cinquième ! Delta, Gamma, vous en êtes où ?
- On s'apprête à nettoyer le quatrième.
- Ok, vous attendrez les autres au cinquième après ça, on fait le ménage en descendant vers vous. Bordel ! Sigma, vous voyez quelque chose ?
- Rien du tout. S'il y a du monde au cinquième, ils sont dans la salle de réunion, au centre.

Nous nettoyons le sixième étage avant de redescendre l'escalier pour rejoindre Delta et Gamma.
- Alpha, Central. On nous signale une faille dimensionnelle en formation en plein sur votre position.
Nous ressentons une vibration émaner du sol, tandis que les lampes se mettent à clignoter.
- Tu parles d'une coïncidence ! Go, on y va !
- Alpha, non ! Le niveau d'énergie est très élevé, la faille va être très importante !
- Oui, mais c'est eux qui sont en train de l'ouvrir ! Coupez le courant !
La porte de la salle de réunion jaillit de ses gonds sous la poussée des explosifs que nous y avons mis. Nous déboulons derrière en tirant sur tout ce qui bouge, tentant d'arrêter ce qui est en train de se passer.
Il y a à l'intérieur une quantité de machines qui vibrent puissamment, générant une lueur bleue au centre de la pièce. Devant se tient un homme, au torse nu, puissant et tatoué en bleu phosphorescent. Wow. Il n'est pas armé, aussi nous nous contentons de le maintenir en joue. Mais il lève une main, dans laquelle apparaît... une boule de feu ?! J'ouvre le feu sur lui avant qu'il ne fasse quoi que ce soit avec, mais mes balles crépitent sur un mur invisible juste devant lui. Sa boule de feu, par contre, traverse sans problème !
- À terre !
Une énorme explosion balaie tout dans la pièce, la plongeant dans un enfer de flammes. Heureusement, nos combis nous ont protégé, et je relève la tête juste à temps pour voir disparaître l'homme dans la lueur bleue. Les machines rendent l'âme un instant plus tard, et la lueur s'éteint. Il a disparu avec elle...

- On sort tous d'ici ! À tout le monde, on évacue, tout de suite !
Nous fuyons par l'escalier, et j'entends mes hommes discuter de ce qu'ils ont vu, avec un subtil relent de panique dans la voie.
- Bordel, c'était quoi, ça ?
- De la magie ! Ce mec nous a balancé une putain de boule de feu !
- C'est pas possible, la magie ne fonctionne pas ici !
- Il était juste devant la déchirure, elle menait vers un des autres mondes, n'est-ce pas ?
- C'est possible, dis-je, les lois physiques on dû être changées localement quand le portail s'est ouvert.
- Maintenant, c'est foutu, il nous a filé entre les pattes, on ne sait même pas vers où il s'est tiré.
- Central, vous avez une idée ?
- Il y a une conjonction en cours avec Outremonde.
- Voilà. C'est à eux de jouer, maintenant. Envoyez une communication à nos gars de l'autre côté.
- C'est en cours, je leur envoie également les visuels enregistrés par vos caméras.
- Appelez les pompiers. Bon, les gars, on n'a plus rien à faire ici, on dégage de là.

Central, Paris

- C'était quoi ce bordel ?
- Calme-toi, Chris, ça ne sert à rien. On est aussi étonné que toi. Et même plus. Les scientifiques de l'institut de physique dimensionnelle sont formels : ce qui s'est passé est impossible.
- Je le sais bien ! J'ai raconté des salades à mes hommes pour les calmer, mais moi, je suis tout sauf calme !
- J'avais remarqué...
- Si des criminels commencent à pouvoir utiliser de la magie sur Terre, tu sais ce que ça signifie ?
- S'il n'y avait que ça... on a maintenant la preuve que l'Organisation fricote avec les autres mondes, et je peux te dire que ça transpire sévère en haut lieu. Tiens, d'ailleurs, quand on parle du loup...
Effectivement, le directeur entre dans la salle de débriefing et il a une tête qui n'annonce pas de bonnes nouvelles. Il est accompagné d'un visiteur, qui me lance un long regard. Au hasard, services secrets ?

- Messieurs, l'affaire est remontée jusqu'au Président, et il n'a pas apprécié la nouvelle, je peux vous le dire. Le général Bruand, ici présent, a décidé de prendre en main cette affaire côté Outremonde.
- Monsieur Barthomier ?
- C'est moi, dis-je.
- Beau boulot.
- Non, monsieur. Cela aurait pu être mieux mené.
- Vous avez ramené tous vos hommes en vie, et avec de solides informations. C'est ce qu'il y a de plus important. Nous allons avoir besoin de quelqu'un comme vous, là-bas.
- Je vous demande pardon ?
Le directeur m'explique :
- La Garde Bleue a reconnu l'importance de cette affaire et a accepté de nous aider. Vous les assisterez sur place.
- Je pars là-bas ?
- Un problème ?
- Absolument pas, monsieur.
- Très bien.
- Mes hommes ?
- Nous en aurons hélas besoin ici.
- Je comprends.
- Bien, reprend le colonel. Pas de temps à perdre, la conjonction est toujours active, mais ça ne durera pas. Si vous voulez bien me suivre...
Je le suis jusqu'au toit, où une navette m'emmène à grande vitesse vers une base militaire, où je suis pris en charge et emmené jusqu'à une vaste pièce souterraine emplie d'appareils étrangement familiers.
- Ces machines, il y avait les mêmes dans l'immeuble que nous avons pris d'assaut.
- Les mêmes ?
- Plus petites, mais l'aspect en est familier, oui.
- C'est de la technologie des Protecteurs...
- Je pensais qu'ils avaient été anéantis ?
- Le multivers est vaste, très vaste... nous n'avons jamais tenu pour acquis à 100% qu'ils avaient tous disparu.
- Contact ! Dit un technicien.
Une lueur bleue apparaît au fond de la salle. Je m'assure que mon sac est bien arrimé sur mon épaule, tandis que le colonel me fait signe.
- Ils vous attendent. Bonne chance.
- Merci, mon colonel.
Tandis que je m'avance, je ne cesse de me dire que quelque chose cloche fortement dans cette histoire. Ils ont des tonnes d'hommes à eux, très compétents. Pourquoi moi ?

J'éprouve une sensation de chute avant de me retrouver dans un petit parc, non loin d'un bâtiment de marbre. Un jeune couple m'attend.
- Bonjour, vous devez être Christian ?
- Oui, c'est moi.
- Je suis Franck, et voici Laura. Venez, dit-il en m'indiquant le bâtiment.
- D'accord.
Je regarde autour de moi tout en les suivant. C'est la première fois que je vais sur un autre monde, et je dois bien avouer que c'est quelque chose !
- C'est moi qui vous ai demandé spécifiquement, dit Franck.
- Moi ? Pourquoi ?
- J'ai besoin de vous. Et comme la prochaine conjonction avec la Terre sera dans six mois, ça vous laissera amplement le temps de nous rendre ce service.
- Six mois ?!
- Ne vous en faites pas, vous ne verrez pas le temps passer...
- Pourquoi moi ?
- Parce que vous êtes doué, que vous avez un talent rare, et que nous avons besoin de gens comme vous.
- Attendez un peu, vous croyez vraiment que je vais accepter ça comme ça ? Je suis là pour une mission précise, et je repartirai dès que ce sera terminé.
- Vous condamneriez votre monde en faisant ça.
- Pardon ?
- Ce n'est pas pour rien que j'ai besoin de vous. Les Terriens ont fait une belle connerie sur Sedrayn, il y a cinq ans, et vous allez devoir réparer ce que vous avez fait.
- Sedrayn ?
- Le septième monde. J'aurais voulu vous y envoyer au plus vite, mais cette nouvelle affaire m'inquiète beaucoup. J'ai invoqué des traqueurs pour localiser votre tatoué. Il est à Kar Dashrin, une forteresse du royaume de Keissios, sur le continent Nudérien. Et ça me dérange beaucoup...
- Pourquoi ?
- Elle est très fortement défendue, tant sur le plan physique que magique ou spirituel. C'est l'archimage Cédric qui l'avait fait bâtir, et je sais de quoi il est capable.
- Je pourrais m'y infiltrer, dit Laura.
- Oh, il sait très bien de quoi un vampire est capable. Non, il faudra un travail d'équipe pour l'infiltrer.
- Si seulement j'avais mon équipe ! Dis-je, énervé.
- Ils ne sont pas préparés à une telle infiltration. Non, désolé, mais c'est un travail pour la Garde Bleue.
- Bon, dis-je, je pourrai au moins vous aider. Mais je voudrais votre avis sur cet homme...
J'installe mon ordinateur portable sur la table et génère un hologramme de l'homme tatoué.
- Bordel, dit Franck.
- Tu le connais ? Demande Laura.
- Oui... c'est un des petit-fils de Cédric. Il a mal tourné, on dirait. Son grand-père serait furieux.
- Il a dû apprendre de son grand-père, si c'était un archimage...
- Non, Alvar n'a pas le don. Il devrait être incapable de lancer le moindre sort, et encore moins sur Terre ! Je ne comprends pas.
- Que signifient ces tatouages ?
- Ils augmentent les capacités du porteur, mais... attendez, je vais chercher un spécialiste de la question. Vous avez raison, c'est important.
Il revient quelques minutes plus tard avec un homme assez âgé, qui examine l'hologramme avec attention.

- Je n'ai jamais vu une encre pareille, dit-il. Aucune de celles que je connais ne brille ainsi. Mais ce sont là des tatouages de sorts, ils stockent la connaissance d'un sort particulier, permettant à son porteur de le lancer comme s'il était magicien.
- Oh, c'est donc ça ! Quels sorts identifiez-vous ?
- Mur de force, boule de feu, éclair, guérison, téléportation, ténèbres.
- Rien que ça...
- Il en a peut-être sur les jambes, mais je ne saurais pas le dire.
- Mais ça n'explique pas le reste.
- C'est du Chrystal, dit Laura qui fixe l'hologramme depuis un bon moment. L'encre a été mélangée à de la poudre de Chrystal.
- Oh, ça c'est mauvais. Ça pourrait apporter la magie sur Terre, sans qu'il y ait besoin de mana ambiant. Et les gens ne sont vraiment pas préparés à ça.
- Surtout si ce sont des criminels qui en ont l'usage.
- Ouais.
- C'est moins grave que vous pouvez le penser, dit le tatoueur. L'encre ne peut contenir beaucoup de ce Chrystal, et il ne doit pouvoir lancer qu'un sort ou deux de chaque s'il n'y a pas de mana ambiant.
- Merci pour votre aide. Je vais vous ramener. Aram !
Un jeune homme entre, vêtu d'une tenue de cuir brun, un air trop sérieux sur son visage.
- Préparez-vous, on a une grosse mission d'infiltration. Présente-leur l'équipe.

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Hé bé...Voilà encore beaucoup de grain à moudre pour le Chef d'Équipe Chris. Quel dommage que le jeune Avar se soit fait l'allié des "méchants" : il est passé du côté "obscur de la Force"! Nouvelle rassurante : Laura la «plus tout à fait froide» est en voie de rachat et propose son aide, c'est bon signe pour M. L'ingénieur génial l'ami Franky.

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3 - Aram

Je conduis les deux invités à la salle d'appel, où je sonne la grande cloche, une fois. Les amulettes de tous les membres de la Garde Bleue s'activent un bref instant. Une sonnerie, seuls ceux qui sont dans le bâtiment de la Guilde ou à proximité sont appelés. Deux, et tous ceux disponibles, partout en Outremonde peuvent utiliser leur amulette pour se téléporter auprès de la cloche. Trois, et même ceux qui sont en mission doivent revenir immédiatement. Mais il n'y a pas d'urgence cette fois-ci.
Quelques minutes plus tard, tout le monde est là. Je les salue d'un simple signe de tête. Je n'ai jamais été bavard ou expansif. Plus depuis l'accident.
- Garde Bleue, nous avons une nouvelle mission prioritaire. Une forteresse magique à investir. Ces deux personnes nous accompagneront. Préparez-vous.
Je regarde tout le monde partir vers les quartiers et l'armurerie. Je suis fier d'eux. Il avait fallu du temps, mais l'entraînement, l'esprit d'équipe, les dangers partagés en avaient fait une équipe soudée qui représentait bien plus que la somme de ses individualités.

Dès leur retour, je démarre le briefing.
- Je n'ai pas eu d'informations sur la mission, cette fois, dis-je en me tournant vers les deux inconnus.
- Bonjour, dit l'homme, je suis Christian. Je viens de la Terre...
Tout le monde l'écoute raconter son histoire, très concentré.
- La forteresse de Kar Dashrin, je la connais, dit Yuma. Je l'ai visitée du temps où Darun en était le commandant, peu de temps après la mort de son père.
- Nous n'avons pas été dans ce pays depuis trop longtemps, dis-je. Nous ignorons la situation politique actuelle. Nous ne devons pas exclure une implication du royaume dans cette histoire.
- Alors, il nous faudra trouver des preuves, dit Christian. Documents, correspondances...
- Oui, par contre, ne touchez à aucun document, Christian. S'ils sont importants, ils seront probablement protégés par magie et pourraient exploser au moindre regard posé dessus. Je ne plaisante pas.
- Compris. Comment allez-vous investir une telle forteresse ?
- Yuma ?
- Frontalement, c'est impossible. Elle est bien trop défendue. Nous allons devoir nous faire inviter et briser les défenses de l'intérieur. À moins que Franck n'utilise la magie draconique pour entrer...
- On fera les deux, dit Franck en arrivant. Je ferai diversion, ça devrait vous permettre d'agir. Mais dites-vous bien qu'après sa fuite, Alvar se doute bien qu'il sera poursuivi en Outremonde. Il s'est préparé, et ce ne sera pas facile.
- On est les spécialistes de l'impossible, non ? Sourit Yéléna.

Nous regardons Franck lancer un puissant sort. La forteresse apparaît devant nous, au centre de la salle, et nous nous pressons autour pour l'examiner, ainsi que ses environs. Franck nous a expliqué que cette magie était l'exact opposé d'une illusion : la représentation était la réalité, et nous pouvions voir les gardes faire leur ronde sur les remparts.
- La herse est fermée et le pont-levis relevé, dit Yéléna. Ils ne veulent plus de visiteurs.
- On peut oublier l'idée de se faire inviter.
- Alors je vais me la jouer façon bourrin. Attaque aérienne, pluie de sortilèges et de feu, je fais le ménage sur les remparts tout en neutralisant les défenses magiques. La herse et le pont-levis ne devraient pas me résister longtemps. Dès que le passage sera ouvert, vous entrerez.
- Les fortifications sont bien pensées, nous serons criblés de flèches, dit Yuma. Et ils utilisent des carreaux perceurs pour briser les boucliers magiques.
- Je vais vous métamorphoser en trolls. Les flèches vous chatouilleront.
L'idée ne fait pas plaisir à tout le monde. La métamorphose, ce n'est pas un domaine de magie que Franck maîtrise, et c'est peu de le dire. Il lui avait fallu cinq jours pour ramener Yuma à la forme humaine la dernière fois, et pour se venger, il faisait mine par moment de se croire encore un chat et de lorgner les souris avec intérêt... Franck, qui est pourtant assez perspicace d'habitude, tombe dans le panneau à chaque fois et affiche un air désespéré. Le jour où Yuma lui révélera sa supercherie, on se tapera tous une bonne crise de rire.

Franck réfléchit encore un moment, puis ajoute :
- Thénal, je veux dès l'aube le brouillard le plus épais que tu aies jamais fait de toute ta vie. Et Alsidia...
- Je sais, dit-elle, un enchantement d'œil sur tout le monde. Œil d'aigle ou de faucon ?
- Œil de Dragon.
- Tu tapes dans le haut de gamme, il y a beaucoup de monde, je ne serai plus d'aucune utilité après ça.
- Pas le choix. Tu resteras ici et prépareras notre retour.
- Très bien, dit-elle en soupirant.
- Tu veux refaire le coup de la citadelle d'Ishinir ?
- Oui, mais en mieux.
- En mieux ? Vu comment ça s'était passé, ça pourrait difficilement être pire !
- Comment aurais-je pu deviner qu'ils avaient un Djinn ? Enfin bon, on s'en est malgré tout tiré et...
Je vois Franck, qui s'est interrompu, regarder dans le vide.
- Toi, la fée inspiration t'a touché.
- Oh que oui. J'ai une meilleure idée que les trolls. On va retourner les défenses de la forteresse contre eux.
- Et comment tu comptes faire ça ?
- Écoutez bien...

Non loin de la forteresse de Kar Dashrin
- Il s'implique toujours autant ?
Je me tourne vers Christian, qui m'a posé cette question.
- Quand il s'attend à des difficultés, ou que l'enjeu lui semble important, oui. Et ça me rassure pas mal qu'il soit de la partie. Vous le connaissez ?
- Pas du tout, non.
- Il vient de la Terre, il est venu en Outremonde il y a plus d'un siècle. Il fait partie des membres fondateurs de la Garde Bleue. C'est une vraie légende parmi nous.
- Plus d'un siècle ? Il ne les fait vraiment pas ! C'est quoi votre secret ?
- Il n'est pas humain, réponds-je avec un sourire.
Je lui tends la lunette et il pousse une exclamation de surprise en le voyant sous sa forme naturelle.
- Et il vient de la Terre ?
- Il y a bien plus dans votre monde que vous-même l'imaginez.
- Il faut croire.
J'observe avec une lunette magique l'approche aérienne de Franck. Les gardes l'ont détecté, et utilisent des armes magiques pour cribler le ciel d'éclairs. Ceux-ci s'interrompent à quelques mètres de Franck, qui frôle le bouclier principal de la forteresse, faisant mine de rebondir dessus, avant de s'éloigner et de s'attaquer à la tour principale, amenant tout le monde à garder le regard tourné vers le ciel. Mais la perle qu'il a lancé à travers le bouclier doit déjà commencer à faire effet...

- Thénal, maintenant ! Dis-je.
Un brouillard de plus en plus important s'élève alors du sol tandis que résonne dans l'air l'incantation de notre élémentaliste.
Nous progressons vers la forteresse à grande vitesse avant d'arriver près des défenses extérieures. Franck a bien préparé le terrain, un grand pan de sol a subi un violent tremblement de terre qui a détruit tous les pièges et comblé la douve. Le mur de la forteresse, lui, est intact, signe de la force des enchantements qui le défendent. La poussière contenue dans la perle devrait avoir fini de se répandre dans la cour intérieure, traçant un cercle de runes contenant le nom secret du Djinn que Franck a capturé il y a quelques années. Nous entendons un roulement de tonnerre, signe que les choses vont devenir agitées là-dedans. Le Djinn, invoqué, se déchaîne à l'intérieur de la forteresse. N'étant pas contrôlé, il cherche tout de suite à partir... et se rend compte qu'il est pris au piège par les défenses de Kar Dashrin. Il va du coup suivre leurs flux de magie et les retrace vers les runes et sorciers responsables de leur maintien. Ça ne devrait pas prendre longtemps : les Djinn, venus du Royaume de l'Air, sont les cousins des Iffrits, et sont aussi puissants, bien que plus rusés. Ils bénéficient de grands pouvoirs magiques et personne n'a envie de les mettre en colère. En enfermer un est le meilleur moyen de le rendre fou de rage. Oh, il pourrait facilement traverser la barrière, mais pas sans laisser vivre un mortel qui aurait voulu l'emprisonner...

La forteresse tremble sous la colère de l'esprit, qui se déchaîne avec la violence d'un ouragan contre tout ce qui passe à sa portée.
- Les défenses faiblissent, préparez-vous !
Chacun lève un bras équipé d'un lance-harpon, et au signal de Thénal, nous les déclenchons simultanément. Les gardes sur les remparts ont d'autres préoccupations, comme apprendre à voler, et nous ne rencontrons aucune difficulté pendant notre ascension. Le vacarme cesse soudain, faisant place à un grand silence. Thénal lève une main, et nous stoppons tous, suspendus au-dessus du vide, pendant qu'il sonde les environs. Un geste de la main. Ça tourne mal. Je monde jusqu'à lui pour comprendre ce qui se passe.
- Le Djinn a été banni. Il y a un sorcier très puissant ici.
- C'était prévu, non ?
- Même Cédric aurait eu du mal à bannir un Djinn en si peu de temps.
- Je vais voir. Ne bouge pas.
Je me hisse jusqu'au sommet des remparts et jette un coup d'œil prudent. Rien en vue. Je me dirige vers l'autre côté et découvre la cour intérieure.
C'est un carnage. Le Djinn n'a pas fait dans le détail. La cour n'est plus qu'un cratère jonché de corps. La porte du donjon a été arrachée de ses gonds. Je vois plusieurs personnes en bas, dont Franck. Ils ont l'air de discuter... puis se lancent dans un combat magique assez violent. Je regarde autour de moi... Franck les occupe, dois-je continuer l'assaut comme prévu ? Je jette un nouveau coup d'œil au combat puis focalise mon regard sur le donjon. L'esprit a abattu les défenses !

Je fais signe à mes compagnons de monter me rejoindre. Nous courons, baissés, vers la tour la plus proche et déverrouillons la porte. Des gardes qui s'étaient mis à l'abri se jettent sur nous. Nous en venons rapidement à bout (je regarde maintenant l'arme de Christian avec respect) et revenons sur le rempart, à destination de la tour suivante. Nous devons nous écarter du combat pour éviter de prendre un sort perdu.
- Quelqu'un lutte pour dissiper mon brouillard. J'arrive à tenir bon pour le moment. Je sens qu'il est expérimenté mais affaibli.
- Bannir le Djinn a dû pas mal épuiser ses forces.
L'angle de la nouvelle tour est suffisamment bon pour moi, et j'indique la trappe permettant d'accéder au toit. Celui-ci est dégagé, en dehors de deux balistes dirigées vers la campagne environnante.
Nous nous mettons aussitôt au travail, dirigeant l'une des balistes vers le donjon et enchantant le carreau. Nous visons soigneusement et tirons. Le carreau, rapidement enchanté, file vers le mur du donjon, entraînant une corde, et s'y plante.

Aussyn, notre acrobate, se lance sur la corde une fois qu'elle a été assurée et court dessus. Je serais bien incapable de faire la même chose. Je la vois planter des pitons et assurer notre point d'arrivée, installant des cordes et descendant déjà vers la meurtrière la plus proche. Je glisse un mousqueton sur la corde et me laisse glisser vers la paroi, me réceptionnant souplement. Le sort qu'a planté Aussyn dans le mur en dessous de nous fait son œuvre, volatilisant silencieusement une partie de la paroi. Étonnamment, personne ne nous a encore tiré dessus... le Djinn aurait-il fait le ménage ?
En entrant dans la pièce, je constate que c'est le cas. Bien. Nous montons à l'étage, cherchant quelque chose d'intéressant, et retournons à l'escalier. Nous montons les étages, petit à petit, sans trouver quoi que ce soit. En bas, assourdis, résonnent les échos du combat de Franck. Qu'il ait du mal à vaincre ses adversaires est très inquiétant... aurais-je fait une erreur en décidant d'entrer dans le donjon ?

Nous arrivons à une vaste pièce sans que j'aie trouvé une réponse satisfaisante. Elle s'élève jusqu'au toit du donjon, auquel on accède via un second escalier, sur le côté. Mais ce qui nous intéresse le plus est un homme accroupi, les yeux fermés, se concentrant au milieu d'un cercle magique dessiné sur le sol. Il y a autour de lui tout ce qu'il faut pour rendre heureux un mage. Et derrière nous, une partie de la pièce sert de bureau. J'y envoie trois de mes hommes s'en occuper en vitesse pendant que nous nous approchons du mage. Celui-ci sursaute soudain, et se tourne vers nous. Je le crible de carreaux d'arbalète, mais ils ricochent contre son bouclier d'énergie. Thénal se concentre aussitôt pour lutter contre lui pour l'abattre, tandis que je dégaine mon épée. Un bruit derrière moi, la trappe du toit : il y avait des renforts en attente. Je laisse mes gars s'en charger, ne quittant pas des yeux le sorcier. Lorsque le duel magique atteint son point culminant, je serre mon gantelet gauche fortement, prononçant son mot de commande, et frappe le sol. Une vague d'énergie jaillit du gantelet et fonce vers le sorcier, frappant le cercle magique et le faisant exploser. Déconcentré, le sorcier est renversé par l'attaque de Thénal qui brise son bouclier. Je plonge sur l'homme et le frappe de mon épée, le neutralisant enfin. Un de moins... je me retourne, mais mes hommes sont retournés à la fouille du bureau et de la bibliothèque, et à la surveillance des escaliers. Les renforts n'ont pas tenu le choc...

- Grimoire ! Dit Aussyn. Thénal repose un parchemin et se précipite vers lui, ouvre le lourd volume avec précaution et regarde ses pages. Il pâlit, referme le livre et se tourne vers moi.
- On a un gros problème... c'est de la magie draconique !
- Il y a un dragon ici ? Oh, c'est pour ça que Franck est toujours en train de se battre !
Je serre mon amulette, espérant ne pas déconcentrer mon ami.
Franck, c'est un dragon !
- Vous trois, continuez à fouiller. Sord et Narmyn, sur le toit ! Les autres, avec moi ! Si l'homme que nous cherchons n'est pas au sommet, il est dans les caves...
Je m'apprête à partir, mais me retourne vers le sorcier mort. Je veux juste être sûr, me dis-je en levant mon épée une nouvelle fois et en l'abattant de toutes mes forces. Mais l'homme est bien mort, ce n'est pas une ruse. Rassuré, je descends les escaliers vers la base du donjon.
Alors que nous arrivons au rez-de-chaussée, Franck y est catapulté. Un homme s'engage dans l'entrée à sa suite, nous ignorant pour le moment. Je dois avouer que j'ai peur. Je n'ai encore jamais vu quelqu'un lui tenir tête à ce point. Je prends un carreau gravé de runes dans un de mes carquois et l'engage sur mon arbalète de poignet et remonte le mécanisme, tandis que Franck se relève.

- Avoue-toi vaincu, dit l'homme. Tu ne peux rien contre toi.
- Désolé, j'étais juste en train de m'échauffer.
- Ça tombe bien, je n'avais pas mis toutes mes forces dans ce combat. Prépare-toi à mourir.
- Désolé, mais c'est fini, dit Franck en matérialisant son arme la plus puissante, la lame de lumière.
- C'est avec ça que tu comptes me tuer ? Contemple l'arme la plus puissante qui soit, pauvre fou !
Franck regarde avec étonnement l'homme sortir une petite lame qu'il pointe vers lui.
- Un... couteau à beurre ?
- Exactement ! Alzarim'dah !
Un éclair rouge jaillit, relie les deux armes... et les échange ! La lame de lumière est apparue dans la main du sorcier, tandis que Franck regade stupidement le couteau à beurre qu'il brandit maintenant.
- Merci pour ceci, vraiment. Ça aura été un plaisir de vous attirer dans ce piège ! Adieu !
Mon carreau runique ne frappe que le vide. L'homme s'est téléporté avec la lame de lumière.
Franck pousse un cri de colère, tandis que je sens ma gorge se serrer.

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Ah ça, ce n'est pas de chance pour le combat. Mais, quant à la confection des sandwichs, tout à l'heure, ce sera parfait! (À condition de disposer d'une livre de bon beurre terrien breton demi-sel!*).
------------------------------------------
*On trouvait principalement le beurre demi-sel à la sortie des églises après les messes du dimanche chez nos frères et sœurs de Bretagne d'après Gwenn Le Coz, renommé historien de Quimper.

bech

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Ça viendrait de là ? J'avais pensé qu'en Bretagne, on donnait aux vaches à boire de l'eau de mer  :D et quand j'ai dit ça à un Breton, il m'a répondu que lui pensait qu'on trafique le beurre dans les autres régions.

Le saumon (frais) vendu en suède est salé et je m'étais demandé ce qui est naturel entre salé ou pas. Comme ça doit être plus facile de saler que de dessaler, je pense que les poissons de mer n'ont pas beaucoup de sel dans leur chair.

Sinon deux missels, ça peut servir pour la messe.

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4 - Corriger ses erreurs

Christian

Franck se calme très vite et se dirige droit vers moi.
- Christian, je ne t'ai pas choisi pour rien. J'ai invoqué des esprits pendant des années pour les envoyer à la recherches d'hommes et de femmes hors du commun et les recruter, et tu es l'un d'eux. Tu es même probablement le plus talentueux d'entre eux.
- Que... non, vous n'allez pas me demander de...
- Il le faut ! Tu n'imagines pas les horreurs qui pourraient être relâchées sur les six mondes avec la puissance de cette arme ! Il y a des milliards de vies dans la balance, Christian !
- Mais je ne comprends rien au fonctionnement de mon pouvoir ! Il ne s'est déclenché que deux fois, et rien ne me prouve que ça va marcher cette fois-ci !
- Je te garantis qu'il fonctionne. Mais je comprends que ce soit dur à accepter... veux-tu que je t'aide ? Tu ne sentiras rien.
- Euh... je ne sais pas...
- Si ça n'était pas si important, crois-moi, je ne te demanderais pas une chose pareille. Mais cette arme ne doit pas tomber entre de mauvaises mains, et surtout pas d'aussi puissantes !

Je mets un moment avant de soupirer, vaincu.
- Ah, bon, jurez-moi que ça va marcher !
- Je te le jure, Christian, sinon tu ne serais pas ici avec moi. Les esprits qui t'ont trouvé sont formels.
Tous les autres se rassemblent autour de nous, tentant de comprendre ce qui se passe. Je repousse la pensée qui me vient souvent - il vont très bientôt tous cesser d'exister.
- Si vous avez pu découvrir mon don, d'autres le pourront aussi.
- Oui, mais ce n'est pas à moi qu'il faut le dire, du moins, pas maintenant. Tu es prêt ?
- Je ne le serai jamais ! Allez-y, dis-je en baissant la tête, crispé. Non, ce n'est vraiment pas facile à accepter...
- Tu devras dire à Aram de me prévenir, il m'enverra un message avec son amulette.
- D'accord. Si j'arrive à le convaincre.
- Il est taciturne, mais pas idiot.
- Mais que se passe-t-il ? Demande l'intéressé.
- Il est vraiment inutile de répondre à cette question, répond Franck avant de prononcer un puissant mot de pouvoir.
Thénal pousse une exclamation de surprise en le reconnaissant, et tous se demandent pourquoi Franck a soudain décidé de me tuer. C'est simple, seule ma mort peut déclencher mon pouvoir.
L'obscurité qui s'est emparée de moi fait place à une lueur bleue intense...
Mais bien sûr... j'ai déjà vu cette lueur ! Le portail !

Je cligne des yeux, respirant fortement, et regarde autour de moi.
- Grimoire ! Dit Aussyn. Thénal repose un parchemin et se précipite vers lui, ouvre le lourd volume avec précaution et regarde ses pages. Il pâlit, referme le livre et se tourne vers Aram.
- On a un gros problème... c'est de la magie draconique !
- Il y a un dragon ici ? Oh, c'est pour ça que Franck est toujours en train de se battre !
- Attendez ! Dis-je. C'est un piège ! Le sorcier contre qui se bat Franck en a après son épée !
- Son épée ? D'où tu sors ça ?
- Une épée dont la lame semble faite de lumière ! Le sorcier a... va utiliser un sort qui va l'échanger avec sa propre arme, et se téléporter ailleurs.
- Comment sais-tu ça ?
- Franck m'a choisi parce que j'ai un don particulier, et il vient de se déclencher. Il saura que c'est la vérité ! Contactez-le avec votre amulette, le temps presse !
Je vois Aram hésiter, puis prendre son amulette en main. Il la relâche au bout d'un moment.
- Il nous ordonne d'évacuer immédiatement.

Il reprend son amulette et se concentre, je ressens alors un signal émaner de celle qu'on m'a remise juste avant la mission.
- Concentrez-vous dessus, dit-il, et pensez au hall de notre guilde.
Je fais ce qu'il me demande et éprouve l'impression de me déplacer brusquement. Le décor a radicalement changé, nous sommes de retour à notre point de départ. Franck se téléporte peu après auprès de nous.
- Christian, que s'est-il passé ?
Je lui raconte ce qui a failli arriver, et il m'écoute attentivement.
- Je suis vraiment désolé de t'avoir fait passer par cette épreuve, mais c'était vraiment nécessaire. Cette arme peut briser les sceaux magiques emprisonnant de véritables horreurs. Ouvrir des portes interdites, des passages oubliés, alimenter des armes effroyables, et même détruire un monde.
- Oh... dans ce cas, il ne va pas en rester là. Il va venir la chercher ici, et il est puissant.
- Oui, et de plus, c'est un aîné Drakkh, de la branche grise de mon espèce, laquelle est vouée au mal et rêve de posséder toujours plus de pouvoir.
- Oh. Et vous, de quelle branche êtes-vous ?
- Mithril. Indépendance, esprit d'aventure et rejet de l'injustice sont nos traits de caractère les plus fréquents.
- Comment avez-vous su ?
- Mon père m'a appris tous ce que j'avais besoin de savoir de notre culture. Il m'a fait mémoriser de subtiles variations d'odeurs, notamment, pour identifier les différentes branches de notre peuple.
- Je vois.
- Bon, nous devons parer au plus pressé avant l'arrivée de notre adversaire...
Il prend sa propre amulette et se concentre.
°Evacuation du hall de la guilde ! Immédiatement!°
- Tout le monde dehors !
Nous partons en courant jusqu'à avoir mis une distance suffisante entre le bâtiment et nous, et Franck se retourne avant de lancer une longue et gutturale incantation. Je vois le hall se troubler, onduler, comme s'il était pris dans une gigantesque bulle, qui se fige soudain.
- Bon, nos petits secrets sont mis en stase, cela devrait les protéger de sa curiosité. Vous autres, vous allez évacuer vers le hall d'Aliantiel, à part Christian, Laura, Aram, Thénal, et Aussym. Exécution !
Franck nous téléporte alors vers une plage perdue.

- J'aurais voulu avoir plus de temps pour vous expliquer votre mission, vraiment, mais je ne peux pas prendre ce risque. En gros, les terriens ont mis au point une technologie leur permettant d'aller directement d'un monde à l'autre avec des vaisseaux. Mon père a croisé le premier d'entre eux dans l'intermonde il y a cinq ans de cela. Ils ont tout de suite découvert l'existence d'un septième monde, qui aurait dû rester caché. Ils ont envoyé une équipe pour l'explorer... puis plusieurs autres, au vu de ce qu'ils avaient découvert. Et ils ont fait une erreur - j'ignore laquelle - mais qui risque d'avoir de graves conséquences. Je vous envoie là-bas pour découvrir et corriger cette erreur. Si vous y parvenez, vous pourrez être rapatriés par l'un des vaisseaux terriens.
- Et sinon ?
- Je ne pourrai pas vous ramener.
- Oh...
- Il y a là-bas des forces en sommeil qui pourraient se révéler pires que les ténèbres le furent. Elles le sont toujours, mais si cette erreur n'est pas corrigée, le déséquilibre qu'elle va causer va s'amplifier jusqu'à causer un désastre.
Il ne nous dit pas tout...

- Vous êtes prêts ?
- Il faut bien, dit Aussym.
Franck prononce un mot de pouvoir, et nous sommes plongés dans l'inconscience.
Lorsque je reprends conscience, le décor a radicalement changé. Je n'ai jamais rien vu d'aussi inquiétant. Tout le monde regarde les environs, tandis que Franck reprend la parole.
- Actuellement, je vois une riante plaine parsemée de buissons d'un vert éclatant. Et vous ?
- C'est pas du tout ce que je vois, dit Aram. C'est une plaine rocailleuse, violet sombre. C'est la nuit. Il n'y a aucune étoile.
- Ce monde a deux visages, il montre l'un ou l'autre selon que l'on soit humain ou dragon.
- Mais tu es un peu des deux, non ?
- Je suis un dragon au yeux de ce monde. Nous allons bientôt être séparés. Bonne chance.
- Attends ! Que peux-tu nous dire d'autre sur la mission ? Dis-je.
Il grimace.
- Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça risque d'être la plus dure que vous ayez connue. Vous aurez besoin de tous vos talents.
Je vois qu'il commence à devenir de plus en plus transparent.
- Au revoir ! Dit-il juste avant de disparaître.

Je soupire. Mais qu'est-ce que je fais ici ? Comment ai-je pu me laisser entraîner là-dedans ?
- Il ne nous a pas tout dit, dis-je à haute voix.
- J'ai confiance en lui, dit Aram.
- Bon, autant que l'on connaisse nos talents respectifs, si on doit s'en sortir.
- Pas ici... on ne sait pas si quelque chose peut être à l'écoute.
- C'est vrai... quoique ça m'a l'air bien vide.
La roche devient lentement de plus en plus claire, remontant doucement le spectre lumineux. Original... Les cailloux du coin feraient fureur sur Terre.
- Où allons-nous ? Il n'y a rien ici.
- Je vais tenter une divination, dit Thénal.
Il s'accroupit, et tout le monde fait silence. La magie... Même après plusieurs décennies d'ouverture aux mondes parallèles, les terriens ont encore du mal à y croire. Mais de par mon travail, j'ai été formé à avoir une large ouverture d'esprit. Mais au début, ça a été dur. Des mondes parallèles existaient, avec d'autres cultures, qui avaient perduré pendant bien plus de millénaires que n'en comptait l'histoire humaine, la plupart sans même s'encombrer d'une religion. Pis, elles avaient beaucoup mieux fait, globalement, que les terriens.
La remise en question avait été des plus douloureuses pour l'humanité, mais aussi, des plus salutaires.

- Il n'y a personne, dit Thénal.
- Ils sont tous morts ? S'inquiète Aussym.
- Non, je veux dire qu'il n'y a pas le moindre esprit dans le coin. Désolé.
- Curieux...
- Tu peux le dire.
Je reste pour ma part silencieux, regardant l'horizon sans le voir.
Laura s'approche de moi.
- Il voulait nous protéger, dit-elle.
- Pardon ?
- D'après ce qu'il a dit, les dragons ne peuvent pas aller sur cet aspect du monde. Regarde comme il a protégé le hall de la guilde, mis à l'abri les autres... il craignait clairement que le Drakkh gris s'en prenne à eux. Je pense qu'il a précipité cette mission pour nous mettre à l'abri... et peut-être estimait-il également que notre assaut là-bas nous a fait perdre trop de temps.

- Vous le connaissez bien ?
- Il m'a capturée il y a peu de temps.
- Capturée ?
Elle hausse les épaules.
- Il ne m'a pas vraiment laissé le choix, mais avec le recul, je ne regrette pas d'avoir accepté son offre.
Elle regarde la plaine désolée, puis fait la moue.
- Quoique, à bien y réfléchir...
- Ouais, c'est vraiment mort...
Elle se redresse soudain, fixant le ciel intensément.
- Quelque chose approche, dit-elle.
- Quoi ? Où ça ?
Elle tend le doigt vers le ciel, mais nous ne voyons rien. Puis apparaît un faible éclat de lumière, à peine visible, une étoile solitaire...
- C'est un vaisseau, dit-elle.
- Tu as vraiment de bons yeux ! Je vois juste un point.
Mais le point grandit, suivi d'une traînée de lumière. Il est clairement en descente, et nous le regardons approcher de plus en plus, pour finir par se poser à quelques kilomètres de nous.
- Une expédition de secours ?
- On sera deux, dans ce cas. Espérons qu'ils ne vont pas nous mettre des bâtons dans les roues.
- Ils nous seront utiles, vu qu'on ne sait absolument pas par où commencer, dit Aram. Allons-y. Mais soyons tout de même prudents...
Nous marchons pendant un bon moment sur la plaine. Je ne constate aucun changement sur le vaisseau. Ils procèdent certainement à des analyses, et s'ils sont une expédition de secours, ils doivent être extrêmement prudents. La plaine, qui est passée au rouge orangé, éclaire bien le vaisseau, qui est assez grand. À vue de nez, vingt hommes d'équipage, et une trentaine de passagers, et beaucoup de matériel.
Une large trappe latérale s'ouvre, et une rampe se déploie doucement vers le sol. Plusieurs hommes, portant des masques respiratoires et vêtus d'une combinaison renforcée, descendent vers nous. Ils sont armés, mais leurs armes ne sont pas braquées sur nous. Un bon point.

Les hommes s'arrêtent à deux mètres de nous, nous examinant intensément. L'un d'eux prend alors la parole.
- Bonjour ! Je suppose que vous n'êtes pas d'ici ? On ne s'attendait vraiment pas à trouver quelqu'un...
- Bonjour, non, en effet, répond Aram, nous venons d'Outremonde et de la Terre.
- De... sacré putain de bon sang ! On était tous excités à l'idée d'être les premiers terriens à mettre le pied sur ce monde, et voilà qu'à peine descendus on tombe sur vous ? Mais comment êtes-vous arrivés là ?
- Nous sommes de la Garde Bleue. Un dragon nous a amené ici pour... mener une enquête.
- La Garde Bleue ? On a entendu parler de vous. Bon sang, ça c'est une sacrée coïncidence, tout de même...
- Vous dites que vous êtes les premiers à venir ici ?
- Oui, à part vous, bien sûr.
- Je vois. Mais ce n'est pas une coïncidence. Nous savions que des vaisseaux terriens arrivaient. Voyez-vous, nous n'avons aucun moyen de quitter ce monde par nos propres moyens. Les dragons ne peuvent s'y maintenir, pour une raison mystique qui m'échappe.
J'admire l'aplomb d'Aram, et lui tire mentalement mon chapeau pour son bluff.
- Oh... eh bien, pas de problème, nous vous ramènerons. C'est quoi, votre enquête ?
- Nous recherchons une première expédition qui a disparu. Avez-vous fait un repérage des lieux ? Ça pourrait nous être utile.
- Nous avons des cartes satellites. Venez, je vais vous montrer.
Nous le suivons, tandis que je me perds en conjectures. Qu'est-ce qui se passe ici ?

KLO7514

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Diable : quel est donc le but des arrivants? Pour le moment, pensons qu'il s'agit d'explorateurs ; pourquoi pas? Seront-ils capables d'aider les "missionnés"? (J'allais écrire missionnaires»: C'est un peu ça aussi!).