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Louklouk

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L'Or des Scythes
« le: 04 novembre 2020 »
L'Or des scythes
 - Nouvelle gay avec ces mots imposés :
Or des scythes
troulala
épiphénomène
reliquat
académicien
veulerie
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 (1/2)

L'Or des Scythes ! Qui n'a rêvé d'aller voir cette prestigieuse exposition ? Or Armel en avait eu l'occasion, totalement inattendue, lorsque que son pote de lycée Vincent lui avait parlé de ladite exposition.
Et lui avait dit qu'il irait seul, lui, car son grand-oncle était un des commissaires de l'exposition. Et qu’il ne se farcirait pas l'expédition prévue par le lycée.
Non que ces jeunes gens se connussent plus que ça, dans la classe de terminale du lycée Amélie Mauresmo. Mais on avait un peu copiné, comme ci, comme ça. Deux profils assez semblables, en vérité. Deux garçons timides, gracieux et souriants, et surtout pas des chefs de bande !
Et des intellos, surtout ! Au point que si l'on s'était parlé, c'était surtout sur le banc de touche du foot, lors des séances de stade du bahut...
— Mais... pourquoi il est commissaire de l'exposition, ton oncle ? demanda Armel.
— C'est un spécialiste... et il est même académicien !
— Hein ?
— De l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
— Ha ! fit Armel, épaté. Mais...
Vincent donna quelques explications, avant de proposer à Armel de profiter de son invitation. Ce qui signifierait qu'il n'aurait pas à accompagner la classe de dessin, avec laquelle cette sortie était prévue... Vincent ayant brandi un joli papier signé d'un académicien.
Certes, la prof avait exigé un rapport détaillé... mais elle n'avait pas osé braver un membre de l'Institut.
Mais il dut se lever tôt, ce samedi-là, Armel ! Car Charles de Patéfin, le savant grand-oncle, allait faire la visite guidée à son petit-neveu et à son copain.
Ce fut un homme dans la soixantaine qui accueillit les jeunes gens devant l'entrée... à neuf heures du matin. Un homme souriant et des plus chaleureux, qui offrit une visite parfaitement compréhensible à des garçons totalement ignorants de ces choses... et qui surtout leur donna quelques documents non destinés au public... et qui devraient jouer leur rôle dans la suite des événements : le rapport exigé par la prof. Qui serait lu en classe.
Trois heures plus tard, le grand-oncle quittait les garçons, non sans avoir déclaré corriger leur exposé...
Et Armel se retrouva chez Vincent. On a dit que ces jeunes gens ne se connaissaient guère ; aussi fit-on de vifs progrès dans le domaine mondain. Où il parut qu'on avait plus d'un point commun, dont le moins important n'était pas un joli goût pour la rigolade. L’esprit, plutôt.
Vincent était d'une famille aisée, et il disposait d'une véritable suite : chambre, salon et salle d'eau. Certes, la famille d'Armel n'était pas sans ressources, mais le luxe où vivait Vincent épata ce jeune homme. Cependant Vincent était la simplicité et la spontanéité mêmes, et Armel ne se sentit jamais gêné céans.
Vincent proposa une tartine de vraies rillettes du Mans, la famille ayant des biens dans ce pays. Et ma foi, la proposition eut le don de faire rire Armel... mais pas longtemps. Car lorsqu'il goûta ce sommet de la charcuterie mondiale, il prit la chose vraiment au sérieux.
Et le coup de cidre du Maine qui accompagna les rillettes donna de la gaieté aux minets, si tant est qu'ils en manquassent.
Armel possédait une plume alerte... et il osa proposer de rédiger le travail commun : aubaine aussitôt acceptée par Vincent, vous pensez !
Puis on continua à causer... et à se découvrir encore des centres d'intérêt communs. Bref, ces garçons trouvèrent que la situation était des plus charmantes. Et il fut décidé que ces jeunes gens passeraient leur dimanche ensemble.
Promenade d'abord, puis déjeuner dans l’appartement de Vincent, puis jeux vidéo et rigolade...
Mais Armel avait déjà commencé la rédaction de l'exposé, qu'on avait d'ailleurs travaillé comme-ci, comme-ça, entre deux éclats de rire.
L'esprit vif de ce garçon fit qu'on n'eut guère besoin d'y travailler, à cet exposé ! Car il fut torché en deux temps, trois mouvements.
Vitement envoyé au grand-oncle académicien, le texte reçut un avis favorable le lundi soir, assorti d'une invitation, « pour mettre les choses au point »...
Où Vincent tordit un peu le nez.
— Ça te chiffonne ? demanda Armel.
— Me farcir le vieux...
— Ben... J'y vais tout seul, pas de problème ! J'me suis bien éclaté sur ce truc, alors... un académicien... Et puis il est sympa, tu grand-tonton, non ?
Ainsi fut donc décidé.
— Frimeur !
— Tu diras pas la même chose quand t'auras un dix-huit et demi grâce à moi... et à ton vieux tonton !

Ce fut donc seul qu'Armel se présenta en l'hôtel du grand-tonton, le mardi soir, à sept heures. Où, un peu tremblant quand même, il fut présenté à un autre académicien... et au petit-fils d'iceluy.
Le grand-père attaqua tout de suite, la coupe de champagne en main :
— J'ai aussi lu votre excellent texte, jeune homme, et j'ai tenu à le faire lire à mon Antoine préféré... ici présent... mon petit-fils.
Le garçon sourit, l’air gêné ; il rougit même. Ce qui n’empêcha pas Armel de le trouver bien de sa personne…
— Mon Antoine, poursuivit le pépé vient de commencer des études d’histoire de l’art, et je me suis dit en vous lisant que, bien qu’il soit un peu plus âgé que vous, vous pourriez avoir intérêt à échanger des idées, des connaissances… Tout, quoi !
— Mais… avec plaisir, Monsieur, fit Armel, intimidé… tout autant que le lui semblait ledit Antoine !
— Bien sûr que vous ne ferez que ce que vous voudrez, précisa l’oncle de Vincent. Nous avions pensé, mon ami et moi, que… Mais bon ! La science n’a peut-être pas besoin de nous ! fit gaiement le vieil homme.
On parla alors d’autres choses, tout en picolant. Les vertus bien connues du champagne détendirent ces jeunes gens, et nul ne moufta quand ces Messieurs déclarèrent avoir importante affaire à régler… mais qui ne concernait pas le public.
Les minets sourirent et Antoine entraîna Armel à la cuisine, au motif d’y quérir de quoi boire encore, et manger aussi. L’endroit était une vaste et superbe pièce du XVIIIème siècle sise au sous-sol de l’hôtel.
— Tu es ici comme chez toi… remarqua Armel.
— J’y suis, chez moi… sais-tu ?
— Pardon ?
— Faut que je te parle, viens.
On se posa face à face, sur une grande table ancienne, tandis que le garçon ouvrait une bouteille de champagne, et une petite terrine délicate.
— Bon ! T’es assis ? J’y vais ! En fait… mon grand-père veut absolument me marier.
— Ah ! Et alors ?
— Avec un garçon dans ses idées : un intello, artiste et non-conformiste, etc., etc. Et surtout : beau.
— Mais tu… toi…
— Je suis gay, oui. Et toi, tu serais parfait, dans le rôle du mari.
— Quoi ? s’écria Armel en se soulevant du banc.
— Calme-toi ! Je te dis seulement les choses qu’ils pensent, les deux vieux ! T’as quand même compris qu’ils étaient ensemble ?
— Hein ? sursauta Armel, mais non, non, rien du tout !
— Eh ben voilà. D’abord ils ont voulu me marier à ton pote Vincent, mais ça a raté, puisqu’il a même pas voulu me rencontrer, et puis ils t’ont trouvé, alors…
On se regarda une seconde… avant d’éclater de rire. C’était trop, tout ça !
Antoine parla donc longuement. Oh ! Rien de scandaleux en cette histoire, nenni ! Juste deux gays soucieux du bonheur intellectuel de leurs jeunes proches.
— Ils sont touchants, avec leurs petites manœuvres, dit enfin Antoine. Moi j’y ai droit depuis mes dix-huit ans !
— Hein ? Et…
— Rien à leur reprocher : ils ont mis dans mon lit des tas de gentils minets plus sérieux les uns que les autres, et supercalés en tout… et je me suis bien amusé, ça oui ! Mais ils ne m’ont pas marié.
— Mais… hasarda Armel, t’as… quelqu’un ?
— Non. Le comble, c’est que je vois par-ci, par-là des mecs qu’ils m’ont présentés, et qui ne sont pas casés non plus ! Mais toi, Armel… t’en es où, avec Vincent ?
— Maiiis ! bêla Armel, désarmé. Nulle part ! On se connaît pratiquement pas et…
— Et au fait : vous êtes gays, tous les deux ?
— Ben… j’en sais rien, moi !
— Même pour toi ? insista doucement Antoine.
— Ben… fit Armel, affreusement gêné.
— En tout cas… tu mériterais de l’être, tellement t’es beau, et gentil, tu sais ?
— Oh ! fit Armel en rougissant fortement. Je sais pas… Je sais pas, vraiment !
Antoine le regarda gravement un instant, et Armel frémit.
Le sourire délicat d’Antoine le calma doucement. Il se sentit en confiance avec ce joli, très joli garçon. Lui qui était puceau jusqu’à la moelle…
— Tu me dis pas ce que tu veux pas, Armel. Je te trouve sympa et… si vous voulez, Vincent et toi, je relirai encore votre exposé. Même si je ne suis toujours pas de l’Académie !
On se sourit largement ; on prit une gorgée de champagne, et Armel se sentit heureux d’être là, soudain : il était… étonnant, cet Antoine-là !
Qui venait pourtant de mettre le doigt sur un point important de sa vie : une gaytitude non vécue… Et il eut envie d’en parler. Il osa :
— Tu crois que Vincent est…
— Gay ? Oui. Mais si tu ne veux pas de lui…
— Oh ! Mais c’est pas le sujet, ça ! Moi, je suis pas…
— On est ce qu’on est… mais on aime qui l’on aime. Laisse ton cœur parler, c’est lui qui a raison !
— Ah !
— Et puis… si c’est ta bite qui te donne son avis… songe qu’elle a peut-être aussi ses raisons…
Armel rougit derechef, et il accepta la main d’Antoine, qui le ramena au salon. Où la suite fut des plus tendres. Armel découvrit les délicats plaisirs qu’offrent les bras d’un gentil garçon. Il découvrait tout, en fait !
Mais il ne fut pas prévu qu’on se reverrait, si l’on restait en contact. Et puis… à une question d’Antoine, Armel répondit ne rien dire à Vincent. Antoine en promit autant.

Vint le jour où l’exposé de ces jeunes gens était programmé. Nul n’avait parlé des académiciens, bien sûr ! Armel le débita le plus sûrement du monde, et il parut que cela avait fait son effet sur la classe.
D’ailleurs, l’exposé terminé, il y eut un blanc. La prof ouvrit le débat :
— Des questions ? Sur le fond comme sur la forme.
Il y en eut, des questions, pas trop, et dont Armel se sortit avec brio. Ce qui fit que la prof en posa, des questions… et toujours Armel y répondit.
— Merci, Armel, dit enfin la prof. Vous avez travaillé remarquablement, tous les deux.
— Madame ! fit Vincent en levant le bras. On a bossé tous les deux sur le texte, mais l’écriture, et la mise en forme sont d’Armel. Et bien sûr l’exposé.
— Merci, Vincent. Alors… je vais donc vous donner 19, à vous… et 19,5 à votre ami.
— Oh ! fit la classe, étonnée.
— C’est un très beau travail de synthèse et de composition : j’aimerais que tout le monde relise votre exposé. Cela vous servira en français aussi, et ailleurs !

— Me présenterez-vous un jour qui vous a… possiblement aidé en ce travail de… professionnel ? demanda la prof en retenant les garçons à la fin du cours.
— Oui, Madame, dit froidement Vincent, mais… vous le savez déjà.
— J’en serais curieuse… et honorée, tout aussi.
— Merci, Madame, dit alors Armel.

— On l’invite à la Mazarine, ça va lui couper la chique ! déclara Vincent en quittant la prof.
— La quoi ?
— La Bibliothèque Mazarine, celle de Mazarin, et qu’il a léguée au Roi. Elle est à l’Académie. Et même… on va faire venir nos vieux pédés en costume d’académicien, un jour de séance ! J’te raconte pas le triomphe !
— Ah ! fit Armel, baba. T’es… T’es…
— Un génie, oui, merci ! conclut Vincent, tout sourire.

Le plus épatant fut que ça marcha, cette affaire-là ! Mais heureusement qu’ils étaient pressés, les vieux, car la prof en avait, des questions à leur poser !
— Vous m’avez bluffée, Messieurs ! avoua la prof, alors qu’on sortant de l’Institut de France, où sont logées les Académies. Mais du coup… je ne suis pas sûre que vous méritiez vos notes…
— Madame ! Je vous jure… sur la mémoire du cardinal Mazarin… que c’est réellement Armel qui a tout écrit ! Il a juste été relu par mon grand-oncle, et aussi par son ami, mais… aucun n’a retouché quoi que ce soit !
— Bien ! fit la prof en souriant. Après tout… je n’ai pas souvent des élèves comme vous !
On l’invita en un huppé salon de thé. Où Madame osa une dernière question, juste avant qu’on se séparât :
— Ne me répondez pas si cela vous gêne… et ceci restera entre nous… Vous êtes en couple, non ?
— Oh ! firent les garçons, non, non !
— Pardonnez-moi, Messieurs… mais permettez-moi de vous dire que… vous allez si bien ensemble que… Pardonnez mon indiscrétion, Messieurs.
— Oh… C’est rien… fit alors Vincent, ça doit être un… épiphénomène de je sais pas quoi, ça ! Parce que… les deux académiciens que vous venez de rencontrer ont justement la même idée que vous !
La prof éclata d’un joli rire clair, suivie par les garçons.
— Ne ratez pas votre chance, jeunes gens ! fit la prof en les quittant.

Louklouk

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Re : L'Or des Scythes
« Réponse #1 le: 04 novembre 2020 »
L'or des Scythes (2/2)


— Qu’est-ce qu’elle a voulu dire, là ? demanda Armel quand elle les eut quittés.
— Qu’elle se mêlait de nos oignons… comme les vieux ! Troulala, troulala, marie-te, marie-tu, avec mi, avec moi !... chanta alors Vincent sur un air sûrement de sa composition.
— Oh ! T’es fou, toi !
— On a le droit de se marier, non ? Et on est majeurs, non… itou ?
— Ben oui, mais… c’est à l’Université et à l’Institut d’en décider ?
— Un point pour toi !... On est libre de pas s’aimer, c’est vrai aussi.
Il y eut lors un petit silence vaguement gêné. Enfin rompu par Vincent :
— Mais on est libre d’être amis, aussi, non ?
— Ben… murmura Armel, non, on n’est pas libres, parce que… on est obligés d’être amis, justement !
— Oh, toi ! fit vivement Vincent en passant le bras sur l’épaule d’Armel (car on était posés sur la banquette), et en tournant vers lui un visage rayonnant. Oui, amis !
— T’es pas obligé, pourtant, souffla Armel.
— Quoi ? Refuser ton amitié ne serait que faiblesse et même… veulerie de ma part !
— Pas de grands mots…
— Le pire des grands mots serait : « Non » ! J’ai eu la meilleure idée de ma vie en te proposant cette expo, et si j’ai maintenant le moindre reliquat d’intelligence, alors je suis obligé de t’offrir mon amitié… et je le fais avec plaisir, tu sais !
Armel ne sut que dire, alors… On ne se regardait pas, et Vincent enfin osa :
— On va ailleurs ?
— Où ?
— Dans notre nouvelle vie ?
Armel dut réprimer un immense frisson. Ce dont il avait envie, alors, alors… il ne pouvait se le dire, mais…
On quitta le salon de thé, et l’on marcha un temps au bord de la rivière, sans parler. Et là… Là !
On tomba sur le nommé Antoine. Saisi, Armel fit les présentations, et Antoine pria immédiatement ces jeunes gens chez lui, à deux pas… tandis que Vincent faisait un peu la gueule.
Mais Armel lui tapota l’épaule, de façon à le rassurer… Chez Antoine, on n’eut pas droit au thé, mais au champagne.
— Je comprends maintenant ce que m’a dit le grand-père, vous concernant : vous allez vraiment bien ensemble !
— Toi aussi ! fit vivement Vincent. L’Académie, l’Université, et même le privé !
— Pardon ? sursauta Antoine.
Et Vincent, remonté, d’éclairer le fin Antoine, qui s’excusa en rigolant.
— Du coup… ça me donne le droit de vous faire la cour… séparément… ou ensemble ?
Les minets se regardèrent, saisis. Ils ne s’attendaient pas à celle-là !
Antoine resta discret et parla des deux académiciens en des termes fort comiques, ce qui détendit l’atmosphère. Et puis on lui raconta le succès de l’exposé. Il en fut hautement réjoui, et la séance ne s’éternisa pas.
Mais, au moment de partir et de se faire la bise, Antoine souffla à Armel :
— On s’appelle ?
Un sourire lui répondit.
— Comment tu le trouves, ce mec ? demanda Vincent, dans la rue.
— Très charmant, oui ! Et super sympa, oui aussi !
— Et… s’il te fait la cour… tu marches ?
— Faudra qu’il assure ! Et qu’il me convainque que je suis gay, surtout !
— Parce que…
— Ben non, pas du tout ! Et… toi ?
— Pareil. Alors… on pourrait s’amuser à le voir venir.
— Ouais, pourquoi pas ? C’est pas le genre à nous casser la gueule, je crois !
— Tu… me raconteras ? demanda Vincent.
— Ouais… si toi aussi !

Pourquoi Armel sut-il qu’il mentait, à cet instant ? Oui, le grand, fin et bel Antoine avait tout pour lui plaire, ou du moins pour l’entraîner sur des chemins… où il avait déjà posé le pied, en son élégante, délicate… et bien montée compagnie.
Et sûr qu’il n’avait pas envie de s’en priver, de ces plaisir-là ! Au reste, il avait un message d’Antoine avant de rentrer chez lui. Avec rendez-vous immédiat… et chaud.
— Tu vas draguer aussi Vincent ? demanda Armel, après la douche.
— Oui, bien sûr ! Il est craquant, non ? Sauf… Sauf si… t’as des vues sur lui. Comme tout le monde… je crois que vous allez bien ensemble, mais que vous ne vous êtes pas encore rencontrés.
— Et… si on n’était pas gay, nous ?
— Ah ! Ah ! Ah ! explosa Antoine. Ça ferait la une du journal de vingt heures, toutes chaînes confondues, ça, ah ! Ah ! Ah ! Même en Mongolie Extérieure, ah ! Ah ! Ah !
Armel baissa le nez, et Antoine lui prit la main.
— T’embête pas, mon grand garçon. Je me mêle de ce qui ne regarde personne d’autre que vous, mais… je crois que vous vous rencontrerez, Vincent et toi.
— Alors tout le monde pense que nous sommes gay, n’est-ce pas ?
— Ce n’est pas à tout le monde de penser à votre place, et… encore moins d’aimer !
— Aimer !… Oh…
Antoine se r’empara de la fluide beauté d’un Armel un peu désemparé, et ce jeune homme en aima la douceur.
— Armel… Je dis rien à Vincent, si tu veux pas.
— Oh… Si !
— Sûr ?
— Moi… jamais j’oserai lui parler de quoi que ce soit, et si toi… sans parler de moi…
— Compris.
Et ce fut en de bien tendres effusions qu’on se sépara. Mais Armel n’était pas à son aise : il venait de déléguer à un autre le soin de faire ses propres aveux à… À qui, d’ailleurs ? L’aimait-il, ce Vincent qu’il ne connaissait mie, après tout ?
Certes, ce garçon avait tout pour enflammer une jeune âme comme la sienne, si vierge de tout emportement, mais… Vincent !
Il eut du mal à s’endormir, ce soir-là, ce fin jeune homme. Car il regretta d’avoir donné mandat à Antoine…
Le lendemain, en début d’après-midi, il voyait évidemment Vincent… où l’on ne se parla de rien. On causa de mille choses intéressantes, pour les deux, mais… Enfin, alors qu’on se quittait, Vincent souffla, en regardant ailleurs :
— Des nouvelles d’Antoine ?
— On s’est vus hier. Sympa, oui. Tu… vas le voir, toi ?
— S’il m’en prie. Mais tu as l’avantage, je crois !
— Non ! Je crois pas !
À cet instant précis zinzinula le portable de Vincent… Antoine. Qui priait Vincent à l’instant même, si possible.
— Je… Je… bafouilla Vincent, suis avec Armel.
Et Vincent interrogea Armel du regard, et Armel lui fit « oui ».
— Il veut qu’on vienne tous les deux, fit Vincent.
— Ah ! J’avais pas compris ça…
— Viens ! Sinon jamais j’oserai, moi !
— Vincent ! C’est un mec super sympa et super réglo et... tu risques rien, si tu veux rien !
— Oh, ça… Je sais pas franchement ce que je veux, là… avoua Vincent en baisant le museau.
— Je viens avec toi, bien sûr. Vincent… Tu comptes sur moi, hein ? Il me passera sur le corps avant de te violer !
— Oh !... Ah ! Ah ! T’es fou, toi !
— On fait comme ça.

Une petite demi-heure plus tard, on se présentait, dans ses petits souliers, en le bel appartement d’un Antoine qui reçut tout sourire. Champagne, évidemment, puis…
— Si j’ai bien compris, fit soudain Antoine, vous n’avez jamais fait l’amour… ensemble, tous les deux ?
— Hein ? sursauta Vincent. Mais non, non !
— Et si les vieux académiciens avaient raison, et que vous étiez faits pour vous aimer ?
— Mais… bêla Vincent en regardant Armel.
— On n’est peut-être pas obligé de faire l’amour, pour s’aimer, d’abord ? objecta Armel.
— Oui ! Très bonne remarque ! Et c’est exactement ça qu’il fallait penser : et si vous vous parliez, doucement, et de plus en plus doucement ?...
— Oh… soupira Vincent.
— J’ai affaire en ville : vous restez ici pendant deux heures… ça vous va ? Le frigo contient des bulles… et les verres sont déjà sortis dans la cuisine. Aimez-vous, les mecs ! fit Antoine en se levant, pour planter là les minets.
Ouh ! Un silence un peu plus frais qu’un seau à glace s’abattit soudain sur le joli salon.
— Bon, osa enfin Armel, qui avait effectivement l’avantage, sur ce coup-là, eh ben… je nous ressers ? Je crois qu’on en a besoin !
— Oui, vraiment !
On retrinqua en silence, sans oser se regarder, et Vincent demanda pourtant :
— Mais… vous avez parlé de quoi, quand vous vous êtes vus ?
— On a… Eh ben… on a fait l’amour, lâcha Armel d’une voix blanche, regardant le fond de sa coupe.
Silence. C’était dit, et si le cœur d’Armel battait à tout rompre, il ne regrettait pas de l’avoir prononcé.
— Ah !... Ah… murmura Vincent, sidéré… non tant par la chose, qu’il subodorait, mais par l’aveu lui-même. Tu… Vous…
— Oui.
— Et…?
— Super.
Nouveau silence. Mais Vincent osa aller plus loin, encore :
— Bref, je passe pour un nul, moi…
— Ah non, tu dis pas ça ! s’écria Armel en reposant son verre presque brutalement sur la petite table de marbre bleu.
— T’es gentil, mais…
— J’te dis tout, Vincent !
Où Armel conta ses deux rendez-vous avec Antoine. Sans s’étendre sur les détails, certes, mais en faisant comprendre que décidément… c’étaient les garçons qui l’intéressaient, désormais.
— Oh ! Jamais j’oserai, s’il m’invite tout seul ! fit enfin Vincent, quand Armel eut vidé son sac… et sa coupe.
— Tu sais quoi ? Je l’appelle, il revient, et je me tire juste avant !
— Oh ! Mais non, non ! Reste, Armel !
— Tu voudrais… qu’on le fasse à trois ?
— Oh non, non !
On se regarda par-dessous, intimidé. Et l’on poussa ensemble un immense et profond soupir. Renversant la tête et fermant les yeux, Vincent murmura enfin :
— Est-ce que… tu pourrais pas… m’apprendre, toi ?
Sûr que Vincent entendait son cœur battre, Armel vint pourtant alors, le plus délicatement du monde, poser les lèvres sur celles de Vincent.
Vite, les langues fraîches de ces garçons se rencontrèrent ? Et bientôt l’innocence céda la place à la gourmandise. Pas besoin de vous faire un dessin : la suite fut chaude. Ces deux minets étaient de semblable gabarit, y compris pour le kiki… deux longs, fins et jolis rondins qui ne chômèrent point !
Certes, on n’alla pas jusqu’à d’olympiques exploits, m’enfin on avança assez loin sur le chemin ardu de la connaissance ! Jusqu’à exploser chacun sur la pâle poitrine de l’autre, avant de se r’embrasser fort bavouilleusement.
— Bravo, les garçons ! Je suis arrivé au bon moment !
Antoine était nu… et la queue un peu bien raide.
— J’allais me doucher quand j’ai entendu quelques décibels qui… Bref, j’ai vu que tout allait bien. On va se doucher ensemble ?
Les minets durent sourire, et l’on suivit le bel Antoine. Qui ne débandait point, lui ! Dans sa douche italienne, il prit la main de Vincent pour la mettre autour de son beau chibre, tandis qu’il insérait un doigt d’Armel en son petit trou…
Gentil moment, oui-da ! Armel montra le mouvement à Vincent, et ces jeunes Messieurs sucèrent leur hôte comme des grands. Avant qu’il leur arrosât le museau… pour venir les lécher promptement… et en profiter pour leur rouler de vifs patins.
Bref, ce fut un des sommets de la saison mondaine.
Antoine proposa à ces jeunes gens de venir chez lui dès qu’ils en auraient besoin, si les choses étaient compliquées chez eux. Et l’offre fut acceptée : dans un premier temps, on ne savait de quoi l’avenir serait fait…
Ainsi, les mercredis et samedis après-midi, on venait faire l’amour chez Antoine… qui se contentait, une fois sur deux d’apparaître juste avant l’explosion finale.
On s’aima donc. On sut, peu avant le bac, qu’Antoine avait rencontré un mec dans son genre… une autre trouvaille de l’Académie !
Et le dernier samedi avant le début du bac, ce jeune homme fut présenté aux jeunes baiseurs : une longue et belle, et très pâle chose… Un rouquin de la plus belle eau et… monté comme jamais !
La fusion entre ces quatre garçons fut immédiate, et ne furent pas ces Messieurs des Inscriptions et Belle-Lettres qui s’en plaignirent ! Avec l’autorité de leur superbe habit vert, ils en imposèrent aux familles, et ma foi, tout se termina dans la joie. D’autant que les bacheliers eurent la mention « Très bien ».
2. XI. 2020

fablelionsilencieux

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Re : L'Or des Scythes
« Réponse #2 le: 06 novembre 2020 »
Tous les ingrédients – en plus des mots imposés – de la Loukloukitude sont réunis, avec un petit plus… je pense. ;D

Trompe-je-me ou nous as-tu fait un clin d’œil sur tes racines familiales !?  ??? ???

 :-*

KLO7514

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Re : L'Or des Scythes
« Réponse #3 le: 07 novembre 2020 »
Fichtre, je me serais cru avec monsieur le capitaine des Eaux-et-Forêts et des Chasses de Sa Majesté pour la province de  Picardie, plus précisément autour de Château-Thierry, lorsqu'il se trouvait lui-même dans le salon de sa protectrice madame de la Sablière. Le cher Jean qui, selon son propre dire, "passait la moitié du temps à rêver et l'autre à ne rien faire..., lisait  à l'envi, l'un de ses petits contes si coquinet et si bien tourné que les assistants  en riaient  aux éclats.
J'ai, pour ma part, fait mon profit ô combien de cette courte histoire, m'en régalant l'esprit. Les allusions  bien documentées aux mœurs de certains parisiens, aux lieux bien discrets mis en scène me font ressouvenir d'endroits  naguère visités. Je repense, en particulier, au château de Maisons, pas encore Laffitte, lorsque M. de Longueil le fit édifier dans ce grand parc avec les somptueuses écuries. Les cuisines, en sous-sol par rapport à la façade mais en rez-de-chaussée côté Seine (terrain en pente) semblent s'apparenter à celles décrites plus haut, si brillamment.
Alors, cher auteur, "encore, encore" fais-je (comme à Vienne pour le Concert du Nouvel An!). Nous exauceras-tu? D'avance, grand merci.
KLO.

Louklouk

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Re : L'Or des Scythes
« Réponse #4 le: 07 novembre 2020 »

Merci, Messieurs !

Fab' ! Oui, je suis bien du comté que tu as repéré...
Et merci d'avoir redirigé le monde sur "BWV 654"... ce qui m'a déjà valu 14 clics de plus !

Klo7514 !

Quel dithyrambe !
C'est drôle que tu évoques La Fontaine et ses contes, car j'en ai justement publié un (en vers) sur Scribay (l'autre refuge des naufragés de Docti)...
Et tu me donnes envie de relire ceux de ce génie.
Ah ! Le château de Maisons ! La classe absolue ! Sais-tu qu'il en existe une réplique en Chine, construite pour un milliardaire ?
Concernant mes écrits... tu n'as aucune chance d'y échapper, car j'écris une nouvelle par semaine.
Et dans le genre de celle-ci, j'en ai fait des douzaines... Alors bon courage pour la suite !